La prise de position de Marine Le Pen sur la crise du Tribunal constitutionnel polonais a déclenché des réactions à Varsovie comme en France. En dénonçant une possible prise de contrôle de l’institution, la dirigeante du Rassemblement national soutient les critiques de la droite polonaise contre le gouvernement de Donald Tusk. Une intervention qui contraste avec le principe de non-ingérence qu’elle défendait en 2017.

Un conflit autour de l’indépendance du Tribunal

La crise porte sur le Tribunal constitutionnel, chargé d’examiner la conformité des lois à la Constitution polonaise. Le parti Droit et justice (PiS), au pouvoir de 2015 à 2023, a nommé des juges dont l’indépendance a été contestée par la Commission européenne. Le Rassemblement national avait signé une déclaration commune avec le PiS en 2021.
Arrivé au pouvoir en 2023, le Premier ministre Donald Tusk a promis de rétablir l’État de droit. Son gouvernement conteste les nominations effectuées sous les précédentes majorités. La suspension du président du Tribunal, Bogdan Święczkowski, a ravivé l’affrontement entre les camps politiques polonais, dans un contexte de cohabitation tendue avec le président Karol Nawrocki, issu du PiS. (apnews.com)
Le professeur de droit européen Laurent Pech estime, dans une déclaration rapportée par RFI, que le Tribunal n’est plus une juridiction indépendante et que son président a été nommé illégalement. Ces appréciations juridiques s’inscrivent dans un conflit plus large entre Varsovie et les institutions européennes sur l’indépendance de la justice et la place du droit européen.
Marine Le Pen dénonce une « prise de contrôle »
Le 1er novembre, Marine Le Pen a exprimé son inquiétude sur X au sujet de la suspension de Święczkowski et de la présence des forces de sécurité autour de l’institution. Elle a estimé que ces événements pouvaient s’apparenter à une « prise de contrôle forcée » et reproché à l’Union européenne et aux médias leur silence.
Cette intervention rejoint les accusations de « coup d’État » formulées par des responsables de droite et d’extrême droite polonais contre le gouvernement. Elle tranche aussi avec une déclaration de Marine Le Pen à Nantes, en 2017, où elle défendait le principe selon lequel chaque pays doit pouvoir régler ses affaires sans ingérence extérieure.
Des réactions à Varsovie et en France
Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, lui a répondu : « La Pologne ne s’immisce pas dans votre politique. Veuillez nous respecter en n’interférant pas dans la nôtre. » Il a également souligné que la dirigeante du RN se retrouvait aux côtés de responsables qu’il qualifie d’europhobes, dont Viktor Orbán et Nigel Farage.
En France, Raphaël Glucksmann a défendu la position du gouvernement polonais. Selon lui, les atteintes à l’État de droit ont été commises sous les gouvernements du PiS, et l’exécutif actuel cherche à revenir sur la transformation du Tribunal en instrument du parti. Le ministre chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, a lui aussi accusé Marine Le Pen de contester les contre-pouvoirs avant de dénoncer un coup de force.
Le débat polonais fait écho aux critiques répétées du RN contre le Conseil constitutionnel, les magistrats et le Conseil d’État. Le programme de Marine Le Pen prévoit notamment des changements en matière de droit du sol, de regroupement familial et de priorité nationale dans l’accès aux aides sociales. Selon l’analyse rapportée par Le HuffPost, ces mesures nécessiteraient une révision de la Constitution ; le président du Conseil constitutionnel, Richard Ferrand, conteste qu’un référendum puisse suffire à la réaliser.
En prenant position dans la crise polonaise, Marine Le Pen dénonce une atteinte aux institutions tout en s’opposant régulièrement à des contre-pouvoirs en France. Ce parallèle nourrit les critiques de ses adversaires, qui y voient un signe de la confrontation institutionnelle qu’elle pourrait mener si elle accédait au pouvoir.
Source : Le HuffPost : actualités et infos décalées en continu, en France et dans le monde (www.huffingtonpost.fr)
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Auteur : Romain Herreros







