La Corée du Nord est mise en cause dans le vol de 6,3 milliards de dollars de cryptomonnaies sur Binance, survenu le 29 octobre. Selon les chiffres de TRM Labs, ce piratage porte à 12,8 milliards de dollars le montant des cryptoactifs dérobés dans une centaine d’attaques attribuées au pays depuis 2017. Les méthodes décrites par les médias sud-coréens reposent autant sur la manipulation d’employés que sur des techniques de blanchiment rapides.

Une part croissante des vols mondiaux

Le rapport de TRM Labs, publié le 31 octobre, estime que la Corée du Nord est responsable de 85 % de la valeur des cryptomonnaies volées dans le monde en 2026, contre 7 % en 2020. Le total de 12,8 milliards de dollars — environ 11,4 milliards d’euros — inclut le piratage de Binance. Ces montants et estimations sont ceux de la société d’analyse, repris par la presse sud-coréenne. (trmlabs.com)
La tendance à la hausse apparaît aussi dans les données de Chainalysis : l’entreprise évalue à 2,02 milliards de dollars les vols imputés à des hackers nord-coréens en 2025, soit une progression de 51 % sur un an. En février 2025, la plateforme Bybit avait déjà été frappée par un vol estimé à 1,5 milliard de dollars (1,3 milliard d’euros), alors considéré comme un record. (chainalysis.com)
La confiance comme porte d’entrée
Le FBI attribue au groupe TraderTraitor une série de cyberattaques visant le secteur des cryptomonnaies. Selon le quotidien sud-coréen Hankyoreh, ses membres chercheraient à approcher des employés en se faisant passer pour des recruteurs ou des partenaires commerciaux, avant de les inciter à télécharger des logiciels malveillants. Le groupe bénéficierait du soutien de l’État nord-coréen et aurait été créé en 2016 ou 2017, selon le journal.
Dans le cas du vol de Bybit, des pirates auraient d’abord pénétré les systèmes d’un prestataire externe jugé moins sécurisé, rapporte Seoul Shinmun. Cette méthode illustre l’importance, dans les attaques décrites, des relations de confiance avec les personnes et les entreprises qui travaillent pour les plateformes.
Des fonds difficiles à récupérer
Une fois dérobés, les cryptoactifs sont dispersés rapidement entre différents portefeuilles, puis blanchis et convertis en espèces. Lim Eul-chul, professeur à l’Institut des études sur l’Extrême-Orient de l’université Kyungnam, estime que les fonds servent directement à financer les programmes nucléaire et balistique de Pyongyang. Hankyoreh rapporte également que des courtiers chinois, qui rachèteraient les cryptomonnaies à prix réduit, pourraient jouer un rôle dans leur conversion.
Les attaques ne se limitent pas aux plateformes d’échange. Selon le quotidien JoongAng Ilbo, plus de 4,4 millions de tentatives d’accès provenant d’adresses IP nord-coréennes ont visé le secteur financier sud-coréen à partir du 21 octobre. Le journal rapporte aussi que des élèves particulièrement doués en mathématiques et en informatique seraient formés intensivement, certains étant envoyés à l’étranger pour développer leurs compétences.
Source : Courrier international – Actualités France et Monde, vidéos, infographies (www.courrierinternational.com)
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