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Politique

Baptiste Detombe alerte sur l’isolement social et la précarité affective à l’ère numérique dans son nouvel essai.

Dans son dernier livre, La Révolution affective, Baptiste Detombe analyse les effets dévastateurs du numérique sur nos relations interpersonnelles. Publié chez Albin Michel, cet essai s’inscrit dans la collection « L’Atelier du Présent » et s’intéresse à l’obsolescence du lien social dans un monde où l’individualisme prime de plus en plus.

Group of friends enjoying leisure time at an outdoor cafe in Bordeaux.
Borja Lopez · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Le diagnostic du lien social en crise

Classic Parisian street scene in black and white showcasing Le Fumoir café and pedestrians.
Matteus Silva · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Detombe met en lumière un paradoxe : malgré une connectivité omniprésente grâce aux technologies numériques, les interactions humaines semblent s’amenuiser. L’auteur souligne que 32 % des Français se déclarent en situation d’isolement, une problématique qui touche toutes les couches de la société, bien que les plus vulnérables soient les plus affectées. En 2020, seulement 55 % des moins de 30 ans vivaient en couple, contre 70 % en 1990. De plus, la fréquence des relations amoureuses parmi les jeunes décroît, avec 28 % des jeunes de 18 à 24 ans n’ayant pas eu de relation sexuelle l’année précédente.

Les nouvelles formes de précarité affective

Detombe décrit cette évolution comme une entrée dans l’ère de la « précarité affective », caractérisée par des relations éphémères et des amitiés à durée limitée. Il explique que cette situation est exacerbée par la montée du nomadisme numérique et la commercialisation des relations, où la rencontre devient un bien de consommation. Les individus sont exposés à une multitude de choix relationnels, mais cette abondance crée une forme de dépréciation des liens existants, rendant chacun de plus en plus insatisfait de sa réalité.

Les écrans comme catalyseurs d’isolement

Selon Detombe, davantage que d’être la seule cause de l’isolement, les écrans représentent un facteur aggravant au sein d’un processus déjà engagé. La présence d’un simple smartphone peut réduire considérablement les échanges et accroître les tensions interpersonnelles. De plus, le concept de « technoférence » – l’effet de la technologie sur nos interactions – est devenu courant, où même un téléviseur allumé diminue drastiquement la communication verbale entre les personnes présentes.

Un paradoxe industriel

L’un des aspects les plus percutants de l’ouvrage concerne ce que Detombe qualifie d’« arsenal du pompier pyromane ». Alors que l’industrie numérique participe au délitement des liens sociaux, elle se pose en salvatrice des personnes qu’elle a isolées, en proposant une gamme de services allant des applications de rencontre aux jouets sexuels. Ces outils, tout en trompant par leur promesse d’établissement de relations, contribuent à enfoncer davantage les individus dans leur isolement.

Réflexion sur l’avenir des relations humaines

L’ouvrage aborde également les implications des évolutions technologiques sur les relations émotives et intellectuelles. Avec l’augmentation rapide des technologies avancées, Detombe s’inquiète de la tendance à chercher du réconfort et de l’intimité auprès de machines plutôt qu’auprès d’autres individus. Ce tournant pose des questions essentielles sur l’avenir des interactions humaines dans un monde de plus en plus dominé par le numérique.

Un appel à l’action politique

Detombe n’e veut pas se limiter à un constat amer. Il prône un retour à une politique qui reconnaît l’importance des rencontres humaines. Selon lui, il est nécessaire de rétablir des structures et des normes qui favorisent les interactions, tout en plaçant les plateformes numériques sous la régulation de l’intérêt général. Il avertit que pour réellement changer la donne, il faut dépasser une simple nostalgie pour un monde relationnel plus fort et se concentrer sur des solutions concrètes.

Des signes d’espoir

Malgré la gravité de son analyse, Detombe observe des signes encourageants. Divers pays commencent à encadrer l’usage des nouvelles technologies et à limiter le temps d’écran, en particulier chez les jeunes. Certains rapportent une diminution de l’usage des applications de rencontre et un recul du temps passé sur les réseaux sociaux. Detombe insiste sur le fait que le besoin humain de lien et d’attachement perdurera, peut-être jusqu’à catalyser un regain d’intérêt pour les interactions interpersonnelles authentiques.


Source : Fondation Res Publica (fondation-res-publica.org)

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Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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