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Le Parlement algérien autorise l’envoi de soldats au Niger, entre sécurité et intérêts économiques

Le Parlement algérien a approuvé, dimanche 25 octobre, l’envoi d’unités militaires au Niger, une première depuis 1973. Le président Abdelmadjid Tebboune a formalisé la décision le lendemain, en présentant la protection d’intérêts énergétiques et économiques communs comme son objectif. Ce déploiement traduit un rapprochement entre Alger et Niamey, mais répond aussi à des enjeux de sécurité et d’influence au Sahel. (aps.dz)

Camels and people in traditional attire at a desert festival in Ingall, Niger.
André · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Une rupture dans la pratique militaire algérienne

An outdoor scene showing a boy near a makeshift shelter in Idlib, highlighting living conditions.
Ahmed akacha · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Depuis son indépendance, l’Algérie privilégiait le dialogue et les mécanismes diplomatiques plutôt que l’envoi de troupes hors de ses frontières. La révision constitutionnelle de 2020 a toutefois ouvert la possibilité de déployer des unités militaires à l’étranger, sous réserve d’une approbation parlementaire. Le vote du 25 octobre marque donc la première mise en œuvre de cette possibilité depuis plus d’un demi-siècle, selon les éléments rapportés par France 24.

Pour l’historien Emmanuel Alcaraz, cette décision tranche avec l’héritage anticolonialiste et la tradition de non-intervention du pays. L’analyste Geoff Porter y voit également un changement de méthode : selon lui, Alger mise désormais davantage sur une présence concrète pour défendre ses intérêts régionaux, après avoir longtemps privilégié les voies diplomatiques.

Le nombre de soldats concernés et le calendrier de leur déploiement n’ont pas été précisés publiquement dans les informations disponibles. (apnews.com)

Protéger des intérêts énergétiques

La coopération économique constitue l’un des motifs avancés. L’Algérie et le Niger entendent poursuivre leurs échanges dans les secteurs de l’énergie, des hydrocarbures et des mines. Les deux pays sont aussi associés au projet de gazoduc transsaharien, qui doit acheminer du gaz du Nigeria vers l’Europe en passant par le Niger et l’Algérie.

La mission envisagée doit notamment contribuer à protéger des investissements de Sonatrach International au Niger. Sa filiale Sipex est impliquée dans le champ pétrolier de Kafra, dans le nord du pays, à environ 85 kilomètres de la frontière algérienne. Les activités reposent sur un contrat de partage de production conclu en 2022 avec le ministère nigérien du Pétrole. Les estimations citées par France 24 évaluent à plus de 2,5 milliards de barils les ressources du gisement.

Emmanuel Alcaraz estime que l’objectif d’Alger est de défendre ses intérêts économiques et stratégiques, plutôt que d’imposer un gouvernement allié au Niger. Le fait qu’une présence militaire accompagne la protection d’investissements économiques souligne néanmoins l’évolution de la posture algérienne.

Un partenariat dans une région bouleversée

Le projet intervient après le retrait des forces françaises du Sahel et d’Afrique de l’Ouest, achevé entre 2022 et 2025, et dans un contexte où des troupes russes de l’Africa Corps sont présentes dans la région depuis 2023. Selon Emmanuel Alcaraz, la coopération avec la Russie n’a pas apporté les résultats espérés contre les groupes islamistes, et Alger préfère sécuriser la zone avec un partenaire voisin.

Le Niger est aussi devenu un interlocuteur privilégié alors que les relations entre l’Algérie et le Mali restent tendues. L’accueil en Algérie de l’imam Mahmoud Dicko, opposant au pouvoir malien, puis la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne en avril 2025 ont contribué à dégrader les rapports entre Alger et Bamako.

Avec Niamey, la détente s’est manifestée par la visite du président nigérien Abdourahamane Tiani à Alger en février, puis par l’envoi d’hélicoptères et d’avions de combat algériens en août, après une mutinerie au Niger. Le ministre nigérien de la Défense, Salifou Mody, s’est ensuite rendu à Alger le 20 octobre pour discuter de coopération sécuritaire.

Sécuriser les frontières et les routes sahéliennes

Les deux pays partagent près de 1 000 kilomètres de frontière. Alger s’inquiète de l’implantation au Sahel d’anciens groupes armés algériens et de leurs alliances locales, explique Emmanuel Alcaraz. Selon lui, une déstabilisation des pays sahéliens pourrait avoir des répercussions sur le territoire algérien.

La zone de la passe de Salvador, au nord-ouest de Madama, concentre aussi des enjeux régionaux. Situé dans le désert du Ténéré, ce passage se trouve à la jonction des frontières du Niger, de la Libye et de l’Algérie. Pour l’historien, une présence algérienne à proximité adresserait également un signal aux forces du maréchal Khalifa Haftar, présentes dans le sud libyen. Plus largement, le Sahel est traversé par des flux de migrations, d’armes et de trafics, dans une région fragilisée notamment par les conséquences de la chute de Mouammar Kadhafi.


Source : France 24 – Infos, news & actualités – L'information internationale en direct (www.france24.com)

Article original : Consulter la source originale

Auteur : Aude MAZOUÉ

Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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