Dans un entretien publié le 26 octobre 2026, Henri Giscard d’Estaing défend une conception du leadership qui complète le management classique : donner du sens, écouter et mobiliser les équipes. L’ancien dirigeant du Club Med revient aussi sur la transformation de l’entreprise, son attachement à son ancrage français et son souhait de transmettre son expérience aux nouvelles générations.

Donner du sens au-delà des procédures

À l’origine de son livre Clés pour une montée en gamme, Henri Giscard d’Estaing dit vouloir contribuer à une réflexion française et européenne sur le leadership, un domaine qu’il estime largement marqué par les travaux des universités américaines. La création de l’École du Leadership de Paris s’inscrit dans cette démarche.
Selon lui, les méthodes traditionnelles de management, fondées sur des règles et des processus, restent nécessaires mais ne suffisent plus à engager et fidéliser les jeunes générations. Il estime que celles-ci veulent comprendre le sens des tâches qui leur sont confiées, au-delà de la réception de consignes. Pour lui, le leadership consiste précisément à donner ce sens et à entraîner les autres.
Il distingue cinq qualités chez les personnes responsables d’une équipe : le courage d’affronter les problèmes et de faire évoluer les organisations, l’écoute, la capacité à garder une vision large tout en restant proche du concret, l’aptitude à toucher les équipes par le récit et l’émotion, enfin l’équilibre entre confiance en soi et humilité. Il considère que ces compétences peuvent s’acquérir.
La montée en gamme du Club Med, un choix difficile
Henri Giscard d’Estaing présente le repositionnement du Club Med vers le haut de gamme comme une transformation longue et éprouvante, mais nécessaire selon lui. Il explique que le modèle de l’entreprise comportait des coûts élevés, liés notamment à la taille des villages et à la présence des G. O., en plus du personnel hôtelier.
À ses yeux, le groupe ne pouvait ni se développer simplement en devenant plus grand et moins cher, ni rester dans le moyen de gamme alors qu’il en était devenu l’un des acteurs les plus coûteux. Il jugeait qu’en l’absence de changement, l’entreprise risquait de disparaître. Il associe aussi cette évolution à l’internationalisation de sa clientèle et à l’attrait d’une offre tout compris haut de gamme, portée par l’esprit propre au Club Med.
Il souligne que les crises — catastrophes naturelles, tensions géopolitiques ou pandémie de Covid — ont régulièrement soulevé des questions sur l’avenir du tourisme. Il estime néanmoins que l’envie de partir en vacances et de se retrouver demeure, particulièrement pour les familles, tout en reconnaissant que les crises n’affectent pas toutes les entreprises de la même manière.
Préserver une identité française et transmettre
L’ancien dirigeant défend le maintien en France et en Europe des centres de décision des grandes entreprises touristiques. À ses yeux, le Club Med est associé à une histoire et à un esprit français qui participent à son identité et à son attractivité. Il estime que préserver cet héritage suppose de le prendre en compte dans les choix stratégiques, au-delà de la seule localisation du siège social.
Il indique avoir décliné la présidence du comité d’organisation des Jeux olympiques d’hiver de 2030. Il dit avoir été honoré par la proposition, mais ne plus souhaiter exercer de fonction opérationnelle. Il a toutefois proposé son aide aux responsables du projet et dit vouloir désormais transmettre son expérience et aider les nouvelles générations à prendre confiance en elles.
Sur son départ du Club Med, il affirme qu’un dirigeant doit savoir passer la main et veiller à la continuité de ce qui a été construit. Il souhaitait notamment que le groupe conserve son ancrage français, bénéficie d’un outil financier de développement avec une recotation à la Bourse de Paris et organise une transition permettant aux talents internes de progresser. Il précise ne pas avoir été entendu sur ces deux derniers points.
Clés pour une montée en gamme, d’Henri Giscard d’Estaing, est publié chez Télémaque. L’ouvrage compte 119 pages et est annoncé au prix de 15 euros.
Source : Toute l'actualité du Journal du dimanche (www.lejdd.fr)
Article original : Consulter la source originale
Auteur : leJDD







