À Tilden, dans le comté texan de McMullen, l’exploitation du pétrole et du gaz a profondément transformé l’économie locale depuis le début des années 2010. La production a ralenti après son envolée, mais le secteur reste la principale ressource du territoire et a financé des équipements publics. À l’approche des élections de mi-mandat, le comté conserve aussi un ancrage républicain marqué.

Un boom qui a bouleversé le quotidien

Situé à environ 130 kilomètres au sud de San Antonio, McMullen abrite la formation géologique d’Eagle Ford Shale, riche en pétrole et en gaz. Repérée en 2008, elle est devenue exploitable à grande échelle avec les progrès du forage et le recours à la fracturation hydraulique, une technique qui consiste à injecter sous pression un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques afin de fissurer la roche.
La production de pétrole du comté est passée de 2,2 millions de barils en 2010 à 48,3 millions en 2014. L’afflux d’entreprises et de travailleurs a alors dépassé les capacités d’une petite communauté qui compte aujourd’hui officiellement quelque 600 habitants. Le juge du comté, James Teal, se souvient d’une période où la circulation était devenue si dense que trois feux tricolores avaient été installés en urgence à Tilden.
L’activité s’est depuis calmée et le rythme est, selon James Teal, plus facile à gérer. Mais l’industrie reste au cœur de la vie locale. En 2025, McMullen a produit plus de 29 millions de barils. Plus de 3 000 chevalets de pompage jalonnent le territoire, et les ouvriers du secteur comptent parmi les habitués du Max Café, l’un des principaux restaurants de Tilden.
Des revenus concentrés, des équipements financés
Les retombées n’ont pas été réparties uniformément. Les propriétaires fonciers qui louent leurs terres aux compagnies pétrolières perçoivent des redevances liées à la production. En 2015, McMullen a affiché un revenu moyen de 303 717 dollars et figuré parmi les comtés les plus riches des États-Unis, selon les données fiscales citées dans le reportage. Ce niveau exceptionnel s’expliquait notamment par la faible population et les gains importants de certains propriétaires au début du boom.
Les revenus des puits sont toutefois les plus élevés durant leurs deux premières années d’exploitation, avant de diminuer. Le revenu moyen du comté est depuis revenu à un niveau plus ordinaire. Kimberley Kreider-Dusek, procureure du comté, décrit encore des habitants devenus fortunés sans changer radicalement leur mode de vie. Sa propre famille a bénéficié de la manne pétrolière par les terres détenues par la famille de son mari.
Le comté a également tiré des recettes fiscales de cette activité : plus de 13 millions de dollars en 2025, contre 2,5 millions en 2009. James Teal cite parmi les investissements réalisés un centre de santé, des terrains de sport, des améliorations dans les établissements scolaires et la création du McMullen County Heritage Park. À ses yeux, l’exploitation pétrolière a apporté des bénéfices tangibles à la communauté.
Un bastion républicain face à l’après-pétrole
Le poids économique du secteur s’accompagne d’une forte continuité politique. Donald Trump a recueilli 92 % des voix dans le comté en 2024, après 90,5 % en 2020 et 91 % en 2016. La procureure Kimberley Kreider-Dusek estime que les habitants soutiennent d’abord le Parti républicain, auquel elle appartient elle-même. Un agent d’entretien de Tilden, démocrate et originaire d’un comté voisin, décrit lui aussi un environnement où cette étiquette politique est peu appréciée.
James Teal évoque une communauté attachée à un mode de vie conservateur et relativement éloignée des débats de Washington tant qu’ils ont peu d’effets locaux. Le juge, qui occupe son poste depuis vingt ans, devait se représenter pour un cinquième mandat le 3 novembre, sans adversaire déclaré au moment du reportage.
Une question demeure néanmoins au-delà du scrutin : la dépendance du comté à une ressource qui ne sera pas éternelle. James Teal dit s’interroger régulièrement sur l’avenir de McMullen lorsque l’ère du pétrole prendra fin. Il évoque une possible transition vers une autre activité, tout en reconnaissant que la communauté n’a guère envie de modifier son mode de vie.
Source : RFI – Actualités, info, news en direct – Radio France Internationale (www.rfi.fr)
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Auteur : Pierre Fesnien







