Les attaques à l’aide de drones se multiplient-elles dans le conflit armé colombien ? L’affirmation formulée par Les Observateurs de France 24 le 30 juin 2025 résiste à la vérification : des données institutionnelles publiées depuis confirment une forte hausse. Mais cette méthode n’est pas apparue en 2024, et les chiffres de victimes cités dans l’article initial ne doivent pas être lus comme un bilan définitif.
L’affirmation vérifiée
Dans un article consacré notamment au Catatumbo, Les Observateurs de France 24 écrivent que « les attaques avec des drones se multiplient, depuis 2024 ». C’est cette progression qui est vérifiable. Le titre, « Drones : la nouvelle facette du conflit armé en Colombie », ne signifie pas nécessairement que le premier drone armé y aurait été utilisé en 2024 : le texte mentionne lui-même des faits antérieurs. L’article a été publié le 30 juin 2025 ; ses décomptes de victimes s’arrêtent, selon les cas, au 13 ou au 20 mai 2025. (defensoria.gov.co)
Ce que montrent les faits
Un rapport de la Défensoría del Pueblo, institution colombienne chargée de la défense des droits, fournit un point de comparaison postérieur à l’article. Reprenant les données du commandement des forces militaires, il recense 394 attaques par drone entre avril 2024 et le 21 décembre 2025, dont 275 en 2025. Par soustraction, 119 relèvent donc de la période allant d’avril à décembre 2024. La hausse des faits recensés est nette. Il faut toutefois conserver les dates à côté des chiffres : neuf mois de 2024 sont comparés à presque douze mois de 2025, et la série ne permet pas, à elle seule, de mesurer l’évolution depuis les années précédentes. (defensoria.gov.co)
Une autre source, indépendante de ce décompte militaire, va dans le même sens. Dans son bilan de 2024, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) signalait déjà un recours accru aux explosifs lancés notamment par drone dans plusieurs départements colombiens. Son bilan de 2025 indique que l’emploi de drones pour larguer des explosifs s’est encore intensifié. Le CICR ne donne cependant pas, dans ces bilans, une série annuelle d’attaques par drone directement comparable aux 394 faits rapportés par la Défensoría. (icrc.org)
La vérification
« Nouvelle facette » ne veut pas dire « première apparition ». L’armée colombienne a publié en juillet 2021 un compte rendu sur la découverte, près de Tumaco, dans le département de Nariño, de deux drones chargés d’explosifs. Il s’agissait d’une saisie, pas de la preuve que ces deux appareils avaient mené une attaque. La Défensoría mentionne pour sa part, d’après des informations militaires, une attaque à Barrancominas dès 2018. Nous n’avons pas retrouvé de dossier opérationnel public permettant de vérifier indépendamment les circonstances précises de cet épisode. Ces éléments suffisent néanmoins à écarter l’idée que les drones chargés d’explosifs seraient arrivés en Colombie seulement en 2024. (ejercito.mil.co)
Le Catatumbo illustre le coût humain de cette évolution, sans représenter à lui seul l’ensemble du pays. Dans son rapport établi après la crise de 2025, la Défensoría fait état de neuf morts liés à ces attaques dans cette région, dont cinq civils et quatre membres de la force publique, selon les données des autorités départementales. Ce bilan, établi plus tard que celui de France 24, ne contredit pas mécaniquement le minimum de six morts que le média avait estimé pour toute la Colombie jusqu’au 13 mai 2025 : les périodes et les périmètres diffèrent. Il ne permet pas non plus de reconstituer, à partir du seul total publié, le bilan national exact à la date retenue par France 24. (defensoria.gov.co)
La prudence vaut aussi pour les vidéos citées dans l’article initial. Sa description d’une séquence diffusée en mars 2025 dans le Catatumbo et la géolocalisation qu’il attribue à un journaliste constituent des indications utiles, mais nous n’avons pas retrouvé dans les sources consultées le fichier original ni une chaîne de provenance permettant de confirmer séparément la date du tournage, l’auteur du largage et la nature exacte du projectile. La tendance nationale ne dépend pas de l’authentification de cette seule vidéo.
Les sources et les données
Cette vérification distingue trois ensembles qu’il serait trompeur d’additionner ou d’interchanger : les attaques recensées par les forces militaires et reprises par la Défensoría ; les victimes d’attaques par drone, selon un lieu et une date d’arrêt précis ; et les victimes de tous types d’engins explosifs suivies par le CICR. Un bilan global des explosifs ne constitue pas un bilan des seuls drones. Les données institutionnelles et humanitaires convergent sur l’intensification de leur usage, mais leurs méthodes et leurs populations couvertes ne sont pas identiques. (defensoria.gov.co)
Verdict
Verdict : vrai, pour la multiplication des attaques documentées à partir de 2024. Les chiffres repris par la Défensoría et les constats du CICR étayent cette progression. En revanche, présenter les drones armés comme une invention apparue en 2024, ou les bilans provisoires de mai 2025 comme des totaux définitifs, irait au-delà de ce que montrent les preuves. (defensoria.gov.co)
Ce qu’il faut retenir
La nouveauté vérifiable tient à l’ampleur prise par les attaques, non à l’existence même de drones susceptibles de transporter des explosifs. Pour juger un chiffre sur ce sujet, trois précisions sont indispensables : ce qui est compté — attaque, victime ou appareil saisi —, le territoire concerné et la date d’arrêt du relevé. (defensoria.gov.co)
Source principale : Les Observateurs de France 24. Filmer, vérifier, témoigner. (www.france24.com)
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