Le meurtre de Robert Kabera, ancien militaire rwandais réfugié en Ouganda et critique du pouvoir de Paul Kagame, laisse de nombreuses questions sans réponse. Son corps sans tête a été découvert le 17 octobre dans le village de Luwala. Le mobile reste inconnu, tandis que des journalistes en exil et des observateurs s’inquiètent de la sécurité des opposants rwandais hors de leur pays.

Un critique du régime retrouvé mort en Ouganda

Ancien sergent de l’armée rwandaise, musicien et instructeur militaire, Robert Kabera avait quitté le Rwanda en 2020. Réfugié en Ouganda, il s’était fait connaître par ses prises de position contre le régime de Paul Kagame. Sur sa chaîne YouTube, qui comptait plus de 140 000 abonnés, il dénonçait régulièrement des violations des droits humains au Rwanda.
Sa dépouille a été retrouvée le 17 octobre à Luwala. La police indique que la tête n’a pas été retrouvée. Le frère de Kabera affirme que celui-ci avait déjà échappé à plusieurs tentatives d’enlèvement et d’agression.
Les circonstances du meurtre et son mobile ne sont pas établis. Le gouvernement rwandais n’avait pas commenté la mort de l’ancien militaire au moment de la publication de l’article de DW, le 20 octobre 2026. Les autorités rwandaises sollicitées par le média n’avaient pas répondu.
Des précédents qui ravivent les inquiétudes
La mort de Kabera rappelle plusieurs affaires concernant des personnalités rwandaises en exil. Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements devenu opposant à Paul Kagame, avait été retrouvé étranglé dans un hôtel en Afrique du Sud en 2014. Sept ans plus tard, l’opposant Seif Bamporiki avait été abattu dans ce même pays.
Au Mozambique, l’ancien officier Revocat Karemangingo a également été tué par balles. Faustin Kayumba Nyamwasa, ancien général et cofondateur du Congrès national rwandais (RNC), a, lui, survécu à plusieurs tentatives d’assassinat.
La journaliste britannique Michaela Wrong estime que ces précédents justifient d’examiner plusieurs pistes dans l’affaire Kabera. Elle évoque une série d’assassinats, de tentatives d’assassinat et d’enlèvements visant, selon elle, des dissidents rwandais partis demander l’asile à l’étranger. Ces éléments ne permettent toutefois pas, à ce stade, d’établir qui est responsable de la mort de Kabera.
La protection des exilés en question
Samuel Baker Byansi, journaliste rwandais d’investigation en exil, souligne les risques auxquels peuvent être exposés les dissidents. Il rappelle qu’en mai 2022, Kabera avait été arrêté à son domicile par les forces de sécurité ougandaises, dans une période de rapprochement entre les gouvernements rwandais et ougandais. Selon Byansi, certains observateurs estiment que ce type de rapprochement peut accroître les risques pour les opposants réfugiés.
Le journaliste considère que l’affaire constitue un signal d’alerte pour le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et pour les pays d’accueil, appelés à assurer la protection des réfugiés et des demandeurs d’asile. Cette inquiétude s’inscrit dans un contexte où plusieurs décès de personnalités critiques du pouvoir rwandais restent entourés de zones d’ombre. Dans certains cas, les autorités rwandaises ont contesté les accusations d’implication les visant.
Source : DW-WORLD´s French Homepage (www.dw.com)
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