Dans un entretien publié le 20 octobre par Alternatives économiques, le sociologue Camille Peugny analyse l’extension de la mobilisation lycéenne aux étudiants et à des établissements de profils variés. Il y voit l’expression d’un malaise face aux inégalités scolaires, aux conditions d’étude et à un avenir incertain. Selon lui, l’absence de réponse concrète des responsables politiques a renforcé la colère.

Des difficultés qui dépassent les quartiers populaires

Le mouvement a commencé dans des quartiers populaires, où les conditions d’enseignement sont, selon Peugny, particulièrement dégradées. Mais les problèmes matériels ne s’arrêtent pas là : des élèves ont aussi signalé des locaux en mauvais état et des équipements défaillants dans des lycées parisiens réputés.
Cette diversité des établissements mobilisés a, selon le sociologue, donné au mouvement une portée plus large. Des lycéens de quartiers favorisés et des élèves de grandes écoles se sont joints aux contestations au nom de l’égalité. Certains étudiants ont expliqué vouloir que les avantages dont ils bénéficient soient mieux partagés.
Les revendications portent aussi sur l’accès à l’enseignement supérieur. Peugny évoque des jeunes qui connaissent des proches restés sans place après la procédure Parcoursup et ayant dû attendre une affectation par leur rectorat. Il souligne également que le manque d’enseignants concerne des établissements de centre-ville, où des élèves estiment ne pas disposer des conditions nécessaires pour rivaliser à armes égales.
Des parcours scolaires vécus comme une compétition
Le sociologue relie une partie du malaise à la réforme du baccalauréat mise en place en 2019. Le choix des spécialités et des options, ainsi que les contraintes d’emploi du temps, peuvent, explique-t-il, alourdir les journées et imposer des cours le mercredi après-midi ou le samedi matin lorsque les locaux ne sont pas adaptés.
Plus largement, Peugny critique la précocité des choix demandés aux élèves. Ceux-ci doivent construire leur parcours tout en étant mis en concurrence pour accéder aux formations supérieures. Il décrit un décalage entre l’injonction à prouver sa valeur et le sentiment, chez de nombreux jeunes, de ne pas avoir les mêmes chances de départ.
À ces inquiétudes scolaires s’ajoutent, selon lui, les incertitudes liées à l’insertion professionnelle : des diplômes plus élevés sont demandés, tandis que de nombreux emplois se précarisent. La crise environnementale et les crises internationales nourrissent également les préoccupations des jeunes. Peugny décrit un sentiment de ne pas être entendus dans une société vieillissante.
Une colère que l’absence de mesures aurait accentuée
Peugny estime que l’allocution d’Emmanuel Macron, le 18 octobre, n’a pas apporté de réponse concrète aux revendications des jeunes. Il juge que cette fin de non-recevoir a aggravé la colère. Le sociologue oppose cette séquence aux périodes où, selon lui, des délégations lycéennes étaient reçues à l’Élysée. Des comptes rendus de l’allocution ont également relevé l’absence de solutions concrètes aux problèmes soulevés par les manifestants. (lemonde.fr)
Interrogé sur les violences du week-end du 17 octobre, Peugny appelle à ne pas confondre les débordements avec les objectifs de la mobilisation. Il précise ne pas être spécialiste du maintien de l’ordre et estime que des enquêtes sont nécessaires pour comprendre ce qui s’est passé dans les cortèges et les différentes villes.
Selon lui, les demandes exprimées par les jeunes concernent d’abord des moyens pour l’école : des enseignants, des salles et des ordinateurs. Il considère que les images de réponses policières jugées disproportionnées, lorsqu’elles circulent sur les réseaux sociaux, peuvent aussi tendre les relations entre jeunes et forces de l’ordre.
Source : Alternatives économiques (www.alternatives-economiques.fr)
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Auteur : Naïri Nahapétian






