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Culture

Dans son essai, Sarah Schulman défend les alliances militantes et sa solidarité avec Gaza

Dans Solidarité, entre fantasme et nécessité, Sarah Schulman examine ce qui rend les alliances politiques possibles — et ce qui les fragilise. L’essai, paru en anglais en 2025, arrive en traduction française aux éditions B42 en septembre 2026. À partir de luttes queer, féministes et palestiniennes, l’autrice défend une idée exigeante : agir ensemble ne suppose ni de penser pareil ni de faire disparaître les désaccords.

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Un livre récent en français, pas un essai inédit

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La précision compte : Solidarité, entre fantasme et nécessité est la traduction de The Fantasy and Necessity of Solidarity, publié aux États-Unis en avril 2025. L’édition française, traduite par Stéphanie Lux, paraît chez B42 en septembre 2026. Cette chronologie évite de présenter comme une nouveauté absolue un texte déjà paru outre-Atlantique — même si sa traduction lui ouvre un nouveau lectorat francophone. La fiche de l’éditeur précise que le volume compte 256 pages.

Schulman ne traite pas la solidarité comme un réflexe généreux ou une simple déclaration d’intention. Elle s’intéresse aux attentes qui l’accompagnent : l’espoir, pour les personnes opprimées, qu’un témoin intervienne ; celui, pour les allié·es, que leur geste soit efficace, sans coût personnel et récompensé par la gratitude. Ces espérances peuvent être déçues. Les reconnaître, suggère l’essai, aide à penser l’engagement sans le réduire à une posture morale confortable.

Des luttes différentes, des outils à partager

Le livre met en regard plusieurs expériences : les mobilisations pour le droit à l’avortement dans l’Espagne postfranquiste, la lutte contre le VIH et le sida à New York dans les années 1990, les protestations étudiantes contre la guerre menée par Israël à Gaza, ainsi que le parcours de Schulman comme artiste queer dans des milieux culturels dominés par les hommes. Ces rapprochements ne signifient pas que les situations soient identiques. Ils servent plutôt à repérer des mécanismes communs : qui est entendu, qui prend des risques, et comment les groupes peuvent agir sans exiger une analyse unique de chacun.

Cette démarche prolonge le travail historique de l’autrice sur ACT UP-New York, mouvement auquel elle a participé. Dans un entretien publié par El País en octobre 2026, Schulman souligne que le groupe pouvait accueillir des stratégies différentes autour d’un objectif partagé : mettre fin à la crise du sida. Elle y défend des alliances ciblées, construites avec celles et ceux avec qui un accord est possible sur un enjeu donné, plutôt qu’une unité de façade imposée à tout un mouvement. L’entretien en anglais éclaire ainsi l’un des fils politiques du livre.

Une prise de position située

Schulman écrit aussi depuis une position qu’elle revendique : celle d’une juive états-unienne solidaire avec Gaza. Cette voix n’est pas séparée de son analyse des alliances ; elle en est une composante. L’essai relie son expérience personnelle à des exemples historiques et à des mouvements contemporains, sans faire de l’identité une garantie automatique d’accord politique. Le pari est plutôt de bâtir des solidarités à partir d’engagements concrets, tout en reconnaissant les désaccords et les rapports de pouvoir.

Pour les lecteur·ices intéressé·es par l’activisme, l’apport du livre tient à cette distinction : faire alliance ne veut pas dire effacer les divergences, mais décider où elles empêchent l’action — et où elles peuvent coexister avec un objectif commun. Cette proposition ne promet pas une stratégie universelle. Elle invite à regarder de près les conditions réelles de l’engagement, notamment son coût et ses limites. À l’heure où les mouvements politiques sont souvent sommés de parler d’une seule voix, Schulman rappelle qu’une coalition peut tenir sans unanimité.


Source principale : Libération (www.liberation.fr)

Article original : Consulter la source originale

Auteur : Adrien Naselli

Sources complémentaires

Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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