Les violences faites aux femmes ne s’arrêtent pas avec l’âge, mais les enquêtes et les dispositifs d’aide les repèrent encore difficilement chez les femmes âgées. Dans un rapport transmis à l’Assemblée générale de l’ONU, la rapporteuse spéciale Reem Alsalem appelle les États à mieux documenter ces abus et à rendre la protection accessible sans porter atteinte à l’autonomie des personnes concernées.

Des abus parfois difficiles à repérer

Le rapport A/81/133, publié en 2026, considère généralement comme âgées les femmes de 60 ans et plus, tout en soulignant que les effets de l’âgisme peuvent se manifester plus tôt selon les situations. Il décrit des violences physiques, psychologiques et sexuelles, mais aussi des formes moins visibles : contrôle de l’argent, appropriation d’une pension ou de biens, privation de soins, négligence et abandon.
Ces abus peuvent survenir au domicile, dans une structure de soins ou dans d’autres lieux où une femme dépend d’autrui. Cette dépendance peut aussi compliquer la recherche d’aide : signaler les faits risque, dans certains cas, de menacer le lien avec la personne qui apporte les soins ou l’assistance quotidienne.
La rapporteuse relève également des obstacles pratiques au signalement : isolement, difficultés de déplacement, manque d’information, dépendance financière ou exclusion numérique. Les femmes vivant en milieu rural, migrantes, veuves, handicapées ou apatrides peuvent rencontrer des difficultés particulières, sans pour autant former un groupe homogène.
Le manque de données entretient l’invisibilité
Les statistiques disponibles ne rendent pas toujours compte des violences subies après certains âges. Le rapport indique que, parmi 392 études repérées par l’Organisation mondiale de la Santé dans une revue mondiale sur les violences sexuelles, 66 seulement incluaient des données concernant des femmes de 50 ans ou plus. Ce constat porte sur les études recensées, et non sur la proportion de femmes victimes.
Un document d’ONU Femmes publié en 2024 apporte un autre éclairage : dans les estimations fondées sur des données de 2018, 11,5 % des points de données éligibles sur les violences conjugales concernaient les femmes de 50 ans et plus. Cet indicateur mesure la place de ce groupe dans les données mobilisées, pas la prévalence des violences parmi ces femmes. Les deux chiffres ne sont donc pas directement comparables. (lszoszk.github.io)
Au-delà de ces lacunes, l’ampleur de la population concernée va croître. Selon le Département des affaires économiques et sociales de l’ONU, le nombre de femmes âgées de 60 ans ou plus était estimé à 664 millions en 2025 et pourrait atteindre 1,13 milliard en 2050. (desapublications.un.org)
Préserver l’autonomie et faciliter les recours
Le rapport appelle les États à mieux intégrer les femmes âgées dans les politiques de prévention et de lutte contre les violences, à recueillir des données ventilées par âge et à former les professionnels de la justice, de la police, de la santé et de l’accompagnement social. Il préconise aussi des moyens de signalement accessibles, notamment pour les personnes qui ne peuvent pas utiliser les services en ligne ou se déplacer facilement.
Ces recommandations figurent dans un rapport de la rapporteuse spéciale de l’ONU : elles ne constituent pas, à elles seules, une nouvelle loi applicable dans les États. L’experte souligne également que la réponse ne peut se limiter aux poursuites judiciaires. Des revenus, un logement, des soins et des services d’aide accessibles peuvent contribuer à réduire certaines situations de dépendance, tout en respectant les choix des femmes concernées.
Le rapport aborde enfin les pressions pouvant peser sur les décisions médicales ou de fin de vie, en particulier lorsqu’une femme est pauvre, isolée ou dépendante. Son message est de ne pas confondre le besoin de soutien avec une perte d’autonomie ou une moindre valeur accordée à la vie. Rendre ces violences visibles suppose donc aussi d’écouter les femmes âgées et de leur permettre de décider avec qui elles souhaitent être accompagnées.
Source : ONU Info – L'actualité mondiale Un regard humain
Article original : Consulter la source originale







