La stratégie européenne de réduction des pesticides a connu un coup d’arrêt politique, tandis que les ventes sont reparties à la hausse en 2024. Cette année-là, les volumes vendus dans l’Union ont progressé de 8 % par rapport à 2023, selon Eurostat. Les chiffres ne ment toutefois ni la toxicité des produits ni leur usage réel sur le terrain.
Un objectif de réduction rejeté
En 2022, la Commission européenne avait proposé de réduire de moitié, d’ici à 2030, l’utilisation et les risques associés aux pesticides chimiques, en prenant pour référence la période 2015-2017. Le projet visait à remplacer la directive de 2009, dont l’application n’avait pas permis d’atteindre les objectifs de réduction, selon la Cour des comptes européenne.
Le 22 novembre 2023, le Parlement européen a rejeté le texte amendé : 299 élus ont voté contre, 207 pour et 121 se sont abstenus. La Commission a ensuite retiré sa proposition en 2024. Des élus écologistes et de gauche jugeaient notamment que le texte avait été affaibli sur la protection de la santé et de la biodiversité ainsi que sur le soutien aux agriculteurs. ()
La question reste sensible, car les ventes ne suivent pas toutes la même évolution. En 2024, l’Espagne, la France, l’Italie, l’Allemagne et la Pologne représentaient ensemble 76 % des ventes de pesticides dans l’UE. Dans ces cinq pays, les volumes vendus étaient près de 10 % plus élevés qu’en 2023, selon l’analyse publiée par Voxeurop.
Des évolutions contrastées selon les pays
Par rapport à la moyenne de référence de 2015-2017, les ventes ont augmenté d’environ un quart en Bulgarie et en Autriche en 2024. Elles ont aussi progressé en Estonie, en Lettonie et en Lituanie, de respectivement 15,50 %, 15,35 % et 18,90 %. À l’inverse, elles ont diminué dans 20 États membres. L’Italie a enregistré la baisse la plus importante, avec un recul de 33 %.
À l’échelle de l’Union, Eurostat estime les ventes à environ 316 000 tonnes en 2024, soit 8 % de plus que l’année précédente. Cette hausse est intervenue alors que l’objectif de réduction était encore débattu. L’office statistique rappelle que ces données portent sur les produits vendus, et non sur la quantité effectivement appliquée dans les champs. ()
Les ventes de pesticides classés comme hautement dangereux ont, elles, augmenté de 27 % entre 2023 et 2024, selon les données citées par Voxeurop. Le glyphosate illustre cette évolution : ses ventes dans l’UE ont progressé de plus de 44 % entre 2015 et 2024. Ces volumes ne suffisent toutefois pas, à eux seuls, à mer l’exposition des personnes ou les dommages environnementaux.
Des résidus dans les cours d’eau
L’analyse souligne que les pesticides sont associés à des risques pour la biodiversité et pour des espèces aquatiques. Elle relève aussi des dépassements des seuils de résidus dans de nombreux cours d’eau européens. En 2023, seules la Lituanie et la Slovénie déclaraient rester dans les limites recommandées. Au Danemark, en Lettonie et en Hongrie, les concentrations dépassaient les seuils de sécurité d’au moins 50 %.
Les comparaisons doivent être interprétées avec prudence : les ventes ne renseignent pas sur la toxicité des substances ni sur leur mode d’application. Elles donnent donc un indicateur limité des risques sanitaires et environnementaux.
Une nouvelle orientation réglementaire
Après l’échec du projet de réduction, la Commission européenne a présenté, fin 2025, un ensemble de mes visant notamment à simplifier les règles applicables aux produits phytosanitaires. Voxeurop rapporte que la proposition prévoit de modifier les procédures de renouvellement des autorisations, avec pour effet possible de prolonger la présence de certains produits sur le marché sans nouvelle évaluation à l’issue de leur autorisation initiale.
La Commission présente cette simplification comme un moyen d’accélérer l’accès aux produits de biocontrôle et d’alléger les démarches, tout en maintenant les critères d’approbation et les exigences d’autorisation. Des associations de défense de l’environnement contestent toutefois l’orientation prise et s’interrogent sur sa compatibilité avec l’engagement européen de réduire de moitié les risques liés aux pesticides d’ici à 2030. ()
Source : Voxeurop (voxeurop.eu)
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Auteur : Adrian Burtin



