En Europe, l’installation des jeunes agriculteurs se heurte d’abord à un obstacle matériel : trouver des terres et financer une exploitation. En Espagne, en Grèce, en Bulgarie et en Italie, des professionnels témoignent aussi des revenus incertains et des difficultés à concilier le travail agricole avec une vie personnelle. Certains misent sur la technologie et la diversification pour maintenir leur activité.
La terre, premier obstacle à l’installation
En Cantabrie, dans le nord de l’Espagne, Luis Pérez Portilla, 35 ans, dirige avec son frère Andrés la ferme et fromagerie El Pendo. Après des études et un passage par l’industrie de la viande à Madrid, il a repris l’exploitation de ses grands-parents. Le troupeau et les terres hérités ont rendu cette reprise possible, alors que ses parents ne travaillaient pas dans l’agriculture.
À une vingtaine de kilomètres, Gonzalo Vázquez, 36 ans, a succédé à son père dans une ferme laitière. Il aimerait agrandir son activité, mais explique que les terres voisines ne sont pas disponibles ou ont pris de la valeur. Ces parcours illustrent un frein plus général : pour les nouveaux venus, l’accès au foncier dépend souvent d’une transmission familiale.
En Grèce, Kostas Kafes, vice-président de l’Association agricole de Thèbes, résume la difficulté par une formule frappante : sans héritage de terres, de puits et de tracteur, devenir agriculteur est, selon lui, presque impossible. Il évoque aussi le manque d’accès au crédit. Dans le pays, seuls 7,2 % des chefs d’exploitation ont moins de 40 ans, selon les chiffres cités dans le reportage.
En Bulgarie, Petar Petrov, président de l’Association bulgare des jeunes agriculteurs, décrit lui aussi des difficultés d’accès à la terre et au financement, auxquelles s’ajoute un manque de main-d’œuvre. Il estime qu’un prêt de fonds de roulement plafonnant à 40 000 euros ne suffit pas toujours pour lancer une exploitation ou financer des investissements importants.
Un renouvellement générationnel encore limité
À l’échelle européenne, les moins de 40 ans représentent 12 % des agriculteurs, tandis que l’âge moyen dans le secteur est de 57 ans. La Commission européenne présente le renouvellement des générations comme un enjeu pour la sécurité alimentaire et la vitalité des zones rurales. Elle vise à doubler la part des jeunes et des nouveaux agriculteurs d’ici 2040. ()
Pour faciliter l’installation, l’Italie propose notamment des prêts subventionnés et des aides de l’ISMEA à l’achat de terres. Mais, selon le reportage, seule une partie des demandes aboutit, en raison des budgets disponibles et des conditions d’éligibilité. En Espagne, le texte souligne l’absence de dispositif de transmission foncière destiné à rapprocher les départs à la retraite et l’arrivée de nouveaux exploitants.
Des revenus incertains, des activités diversifiées
L’accès à la terre ne règle pas toutes les difficultés. Les agriculteurs interrogés évoquent des prix qu’ils ne maîtrisent pas, des coûts de production difficiles à absorber et des aléas comme les parasites, les infections ou les fortes températures. Gonzalo Vázquez indique que le stress thermique subi par ses vaches affecte sa production. En Grèce, Kostas Kafes souligne que les dépenses engagées pour une culture ne garantissent pas un retour financier.
La diversification devient alors une manière de compléter les revenus. À El Pendo, Luis fabrique plusieurs fromages, vend du lait et du bétail, produit du nougat à Noël et accueille des visiteurs. L’une de ses variétés a remporté une médaille d’or aux World Cheese Awards. En Toscane, Jacopo Trasolini, 32 ans, associe la gestion de la ferme familiale à un agritourisme et à une gamme de cosmétiques élaborés à partir de kiwis cultivés sur place. Le reportage indique qu’en Italie, entre 30 % et 35 % des exploitations dirigées par des jeunes complètent leurs revenus grâce à l’agritourisme.
La modernisation constitue un autre levier. Dans sa ferme laitière, Gonzalo utilise des machines de traite reliées à des puces et des outils numériques pour suivre la production de chaque vache, ainsi que des robots de nettoyage. Il présente la mécanisation non seulement comme un moyen d’améliorer le suivi de l’élevage, mais aussi comme une façon de préserver du temps pour la vie personnelle.
En 2025, l’agriculture de l’Union européenne a généré une valeur ajoutée brute estimée à 251,8 milliards d’euros, soit 1,3 % du PIB européen, selon Eurostat. () Mais les témoignages recueillis montrent que l’importance économique du secteur ne garantit pas, à elle seule, que les jeunes puissent y entrer ou y rester. Pour ceux qui poursuivent, l’héritage, l’innovation et la diversification contribuent à rendre l’exploitation viable, sans effacer les obstacles liés au foncier, au crédit et à la rentabilité.
Source : Voxeurop (voxeurop.eu)
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Auteur : Ana Somavilla



