Le 12 octobre 2026, un collégien de 14 ans a ouvert le feu au collège Joseph-Lakanal, à Aubagne, blessant une enseignante et le principal. Les premiers éléments rapportés par le parquet national antiterroriste font état d’une possible proximité avec la True Crime Community (TCC), une mouvance en ligne fascinée par les tueries de masse. Au-delà de cette attaque, les enquêteurs s’inquiètent de réseaux qui mêlent glorification de la violence, recrutement de mineurs et chantage.
Une fascination pour les tueurs de masse
Selon les éléments rapportés après les tirs, l’adolescent avait dissimulé le fusil de chasse de son père dans une housse de guitare. Il a tiré à quatre reprises dans l’établissement. La piste d’un lien avec la TCC est examinée par les enquêteurs, mais elle ne doit pas être confondue avec une appartenance établie à un groupe précis.
La TCC — pour True Crime Community — rassemble des internautes fascinés par des criminels, des tueurs de masse et des attaques commises dans des établissements scolaires. Certains admirateurs reproduisent les codes associés à ces crimes et peuvent envisager de passer eux-mêmes à l’acte. La tuerie de Columbine, aux États-Unis, en 1999, demeure une référence de cette culture, selon les informations rapportées par le JDD.
Une note confidentielle de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), consultée par le journal, recense sept tueries scolaires inspirées par la TCC dans le monde en 2024, contre 17 en 2026. D’après cette même note, les projets d’attaques scolaires sont en hausse en France, où les armes blanches restent les plus souvent privilégiées.
Des adolescents exposés à des contenus violents
Les jeunes concernés sont souvent âgés de 11 à 15 ans. La mouvance glorifie les auteurs de tueries et présente parfois leurs crimes comme une forme de revanche personnelle. Le sentiment d’isolement, ainsi que des situations de harcèlement vécues ou supposées, peuvent constituer des facteurs de vulnérabilité, souligne Véronique Béchu, directrice de l’Observatoire d’e-Enfance/3018, citée par le JDD.
Le recrutement peut commencer sur des plateformes de jeux ou des réseaux sociaux, avant de se poursuivre dans des groupes privés, notamment sur Discord. Les membres y partagent des contenus extrêmement violents et peuvent imposer des épreuves pour gagner en statut : humiliations, automutilations ou violences envers des personnes et des animaux. Europol décrit également The Com comme un réseau nihiliste qui cible et recrute des mineurs vulnérables, avec des sous-groupes associés à l’extorsion et à la promotion de violences. (europol.europa.eu)
La répétition de ces images peut contribuer à banaliser leur contenu, selon Véronique Béchu. Dans certaines ramifications, le chantage à partir d’images intimes sert à contraindre des victimes à s’automutiler ou à accomplir d’autres actes violents. Certaines peuvent ensuite être poussées à recruter à leur tour, explique-t-elle.
Des précédents et une enquête en cours
Le JDD rappelle plusieurs affaires survenues en France : en 2017, un lycéen fasciné par Columbine avait blessé cinq personnes avec des armes à feu familiales. À Nantes, en avril 2025, un adolescent de 15 ans avait tué une élève et blessé trois autres personnes au couteau. En août 2025, une enfant de 11 ans avait préparé un projet de tuerie, rédigé un manifeste et constitué un autel dédié aux tueurs de Columbine. En juin 2026, un collégien avait lancé un engin explosif artisanal dans une classe ; un autre élève préparait, selon le récit du journal, une attaque simultanée dans un établissement différent.
Le 9 octobre 2026, Rohan Rane a été condamné à vingt ans de réclusion dans le premier procès français présenté comme lié à cette mouvance. Administrateur du sous-groupe CVLT, il avait contraint des adolescentes à des actes de torture sexuelle et d’automutilation filmés. (lemonde.fr)
Dans l’affaire d’Aubagne, le lien éventuel entre l’adolescent et la TCC reste un élément de l’enquête. Les informations disponibles décrivent une mouvance protéiforme, dont les groupes peuvent emprunter à différentes idéologies, mais dont le dénominateur commun est la valorisation de l’ultraviolence et la déshumanisation des victimes.
Source : Toute l'actualité du Journal du dimanche (www.lejdd.fr)
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Auteur : leJDD






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