Quitter Olechky, un parcours à haut risque
Située sur la rive gauche du Dnipro, en face de Kherson, Olechky est occupée depuis les premiers jours de l’invasion à grande échelle. Après la destruction du barrage de Kakhovka, à l’été 2023, l’eau a submergé, selon l’administration militaire de la ville en exil, 80 % de la localité. Le bilan humain de cette inondation reste inconnu. La ville n’a depuis plus d’électricité, de gaz ni d’eau courante.
Les routes menant à Olechky et aux villages voisins ont été minées en décembre 2025, tandis que les entrées et les sorties étaient restreintes. Après un bref assouplissement au début du printemps 2026, le blocus s’est resserré le 26 mai. En juin, deux personnes ont été tuées lorsque leur véhicule a explosé sur une mine en tentant d’apporter de la nourriture. Depuis, les habitants appellent cette route la « route de la mort ».
Lioudmyla et Vasyl Berezka ont décidé de partir au printemps. Le 9 mai 2026, moins de dix kilomètres après avoir quitté leur maison, leur remorque a heurté une mine. Le couple a abandonné ses affaires et s’est enfui à pied. Lioudmyla a été blessée par des éclats lors d’une attaque de drones, selon le récit de son mari. Il a dû rejoindre à pied le village de Mykhaïlivka pour trouver de l’aide, puis payer 3 000 dollars à un chauffeur prêt à aller la chercher.
Le couple a finalement quitté la zone occupée le 30 juin, sept semaines après avoir contacté une bénévole. Après un trajet de 3 748 kilomètres à travers les territoires occupés, la Russie et le Bélarus, il est arrivé dans l’oblast de Volhynie le 3 juillet, avant de s’installer dans l’oblast de Mykolaïv. Le reportage indique que, depuis le 26 mai, aucune autre évacuation réussie d’habitants d’Olechky n’était connue au moment de sa publication.
La nourriture et les soins se raréfient
Selon Kseniia Arkhypova, bénévole qui aide à organiser des livraisons et des départs, la situation alimentaire s’est fortement détériorée. Elle rapporte que beaucoup d’habitants n’avaient déjà plus de nourriture en août et que les maigres récoltes des jardins s’épuisaient. Les prix rapportés à Olechky illustrent la pénurie : un kilo d’oignons ou de pommes de terre y coûtait 1 000 roubles, et dix œufs 1 500 roubles. D’après les responsables locaux cités, les échanges de provisions ont remplacé une partie des achats, tandis que les médicaments manquent également.
La cheffe de l’administration militaire d’Olechky, Tetiana Hassanenko, fait état d’un hôpital presque à court de médicaments. Selon elle, les soignants peuvent surtout tenter d’arrêter les hémorragies. Les sous-sols de l’établissement serviraient de morgue ; l’administration locale estime, sans confirmation, qu’une centaine de corps pourraient s’y trouver.
À Hola Prystan, située une vingtaine de kilomètres plus au sud, la population est elle aussi soumise à de fortes restrictions. Svitlana Linnyk, cheffe de l’administration militaire de la ville, estime qu’il reste moins de 2 000 habitants, contre environ 14 000 avant l’invasion à grande échelle. Le seul minibus reliant la ville à Zaliznyï Port a cessé de circuler en août, selon elle. Les personnes restées sur place sont notamment des personnes âgées et des familles qui hésitent à partir.
Des morts difficiles à enterrer, des évacuations sans accord
Les responsables locaux décrivent également des conditions d’inhumation particulièrement difficiles. Selon Svitlana Linnyk, les corps peuvent rester des mois dans les locaux utilisés comme morgue à Hola Prystan, faute de documents permettant d’organiser les funérailles. Pour les décès survenus hors de l’hôpital, des proches doivent parfois transporter eux-mêmes le corps jusqu’à Kalantchak, à près de 70 kilomètres d’Olechky, afin qu’un médecin légiste l’examine.
Les accusations de répression et les récits d’attaques contre des civils sont attribués dans le reportage à des bénévoles et à des responsables ukrainiens. Ces derniers estiment également que le blocus sert à empêcher les civils de partir. Cette interprétation ne doit pas être confondue avec un constat indépendant établi dans le reportage.
Le 3 octobre, le commissaire ukrainien aux droits de l’homme, Dmytro Loubinets, a déclaré que l’Ukraine était prête à organiser une évacuation et à faire participer le Comité international de la Croix-Rouge, mais que la Russie rejetait les propositions formulées, selon lui. La publication du 15 octobre ne faisait état d’aucun accord russe pour ouvrir un couloir humanitaire. ([en.interfax.com.ua](https://en.interfax.com.ua/news/general/1213869-amp.html))
Source : Voxeurop (voxeurop.eu)
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Auteur : Oleh Batourine



