À Saint-Denis, les lycéens bloquent Paul-Éluard pour dénoncer le manque de moyens
Le mardi 29 septembre 2026, le lycée Paul-Éluard de Saint-Denis a connu une troisième journée de blocage. Les élèves dénoncent le manque de moyens, les locaux dégradés et des enseignants absents non remplacés. Après les affrontements de la veille, la mobilisation s’est déroulée sous une forte présence policière, sans heurts signalés dans la matinée.
Des revendications sur les conditions d’étude
Dès 10 heures, des policiers et des gendarmes étaient postés devant l’établissement. Des lycéens, réunis près de la grille, ont pris la parole au mégaphone. Sur leurs pancartes, ils dénonçaient notamment le manque de considération pour les jeunes des quartiers populaires et réclamaient davantage de moyens pour l’éducation.
Le mouvement, lancé en Île-de-France la semaine précédente, s’est étendu à plusieurs villes. Les revendications portent sur les ressources des établissements, le remplacement des enseignants absents, les emplois du temps et l’état des locaux.
Nour*, élève de terminale, décrit des classes parfois surchargées et un manque de chaises. Elle affirme aussi que les murs s’effritent, que les sanitaires sont dégradés et que l’établissement ne dispose ni d’assistante sociale ni d’une infirmière à temps plein. Elle dit avoir passé deux mois sans professeur de français l’année précédente, alors qu’elle préparait le bac de français.
Mohammed, 19 ans, étudiant en BTS, rapporte une expérience similaire : selon lui, il n’a pas eu de professeur de philosophie pendant sept mois en terminale. Il évoque également la présence de rats dans les salles de classe.
Les tensions de la veille restent dans les esprits
La mobilisation intervient au lendemain d’une journée marquée par des affrontements entre lycéens et forces de l’ordre. Yousra, ancienne étudiante du lycée venue soutenir les élèves, raconte que des personnels et des enseignants s’étaient donné la main la veille pour protéger les jeunes. Un membre de l’administration, identifié sous le prénom de Lila*, évoque des violences policières et rappelle que les élèves sont mineurs.
La situation est ensuite montée en tension par moments. Mohammed a signalé qu’un canapé avait été brûlé. Un assistant de prévention et de sécurité du lycée, surnommé « Tonton Redouane » par les élèves, a pour sa part déploré la destruction de la grille, tout en disant soutenir les revendications et appeler à ne pas dégrader l’établissement.
Lila estime que les réseaux sociaux peuvent contribuer à amplifier les mobilisations et que des personnes extérieures au lycée ont parfois attisé les tensions. Elle distingue ces comportements des revendications des élèves, qu’elle juge compréhensibles et liées à des difficultés qui, selon elle, ne se limitent pas à Paul-Éluard.
Un mouvement qui dépasse Paul-Éluard
D’autres établissements de Saint-Denis se sont également mobilisés, dont le lycée professionnel Frédéric-Bartoldi et le lycée Suger, dans le quartier du Franc-Moisin. En début d’après-midi, des étudiants de l’université Paris 8 ont rejoint le rassemblement avant de poursuivre leur cortège sur l’avenue Jean-Moulin.
Pour Nour, les difficultés scolaires s’ajoutent au sentiment d’être stigmatisée en raison de son voile. Elle dit vouloir devenir médecin et envisage de poursuivre ses études à l’université Sorbonne-Paris-Nord, sur le campus de Bobigny. Elle redoute toutefois que son lycée et son origine géographique pèsent sur ses possibilités d’orientation.
La lycéenne présente sa mobilisation comme une manière de défendre les ambitions des élèves de banlieue, malgré les obstacles qu’elle décrit. Les prénoms de Nour et de Lila ont été modifiés.
Source : France 24 – Infos, news & actualités – L'information internationale en direct (www.france24.com)
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Auteur : Pauline ROUQUETTE
