Gaza : en août 2025, l’IPC n’a pas abaissé ses critères de famine, mais appliqué un autre seuil de mesure
En août 2025, après la déclaration de famine dans le gouvernorat de Gaza, des responsables israéliens ont accusé l’IPC d’avoir assoupli ses critères. La controverse porte notamment sur deux seuils de malnutrition, 30 % et 15 %. Mais ils correspondent à deux méthodes de me différentes, toutes deux prévues par le cadre de classification de l’IPC.
Deux seuils, deux méthodes
Le 22 août 2025, l’IPC — la Classification intégrée de la sécurité alimentaire par phase — a conclu à une famine dans le gouvernorat de Gaza. Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Oren Marmorstein, a contesté cette évaluation. Il a affirmé que l’IPC avait ramené de 30 % à 15 % le seuil de malnutrition aiguë chez les enfants de moins de cinq ans et écarté le critère de mortalité. Le ministère israélien et l’ambassade d’Israël en France ont également relayé ces critiques.
Le chiffre de 15 % ne remplace toutefois pas celui de 30 %. Selon le manuel technique de l’IPC, publié en 2019, ces seuils se rapportent à deux façons de mer la malnutrition aiguë globale chez les enfants.
La méthode poids-taille évalue le poids de l’enfant par rapport à sa taille. Pour cette me, le seuil associé à la famine est de 30 % d’enfants de moins de cinq ans en situation de malnutrition aiguë globale.
L’autre méthode, appelée MUAC, me le périmètre brachial, c’est-à-dire la circonférence du bras. Le seuil correspondant est de 15 %. Cette me, reconnue par l’Organisation mondiale de la santé depuis 2009, est plus rapide à effectuer sur le terrain. Elle permet notamment de repérer les enfants dont le périmètre brachial est inférieur à 11,5 centimètres, signe d’un risque important de mortalité, selon l’experte en sécurité alimentaire Adrienne Daudet, de l’ONG Solidarités International.
Une évaluation fondée sur plusieurs éléments
Le seuil de malnutrition ne suffit pas, à lui seul, à déterminer si une situation relève de la phase 4 — l’urgence alimentaire critique — ou de la phase 5, qui correspond à la famine. Le cadre de l’IPC prévoit de croiser les résultats des méthodes poids-taille et MUAC avec les informations disponibles sur la situation et la convergence des éléments de preuve.
Dans son rapport du 22 août 2025, l’IPC indique qu’aucune enquête nutritionnelle récente à Gaza ne permettait de comparer directement les deux méthodes. L’évaluation s’est donc appuyée sur des études existantes, dont une étude menée au Moyen-Orient en 2019. Celle-ci suggérait que les résultats obtenus par MUAC étaient généralement deux fois moins élevés que ceux de la méthode poids-taille. L’IPC a ainsi retenu le seuil de 15 % mesuré par MUAC, qu’elle estime correspondre à environ 30 % selon la méthode poids-taille.
Le rapport faisait aussi état d’une forte accélération de la malnutrition infantile dans le gouvernorat de Gaza : la proportion aurait doublé environ toutes les quatre semaines au cours des mois précédents. À la date de publication du rapport, l’IPC projetait que, si cette tendance se poursuivait, plus de la moitié des enfants de moins de cinq ans pourraient être touchés d’ici à la fin septembre 2025. Cette projection était liée à la situation observée alors et ne constitue pas un constat ultérieur.
Le critère de mortalité, évalué malgré le manque de données
Les autorités israéliennes ont également soutenu que l’IPC avait ignoré la mortalité, dont le seuil associé à la famine est fixé à plus de deux décès par jour pour 10 000 personnes, liés à la faim, à la malnutrition ou aux maladies qui en découlent. Le rapport reconnaît que les experts n’ont pas pu recueillir de chiffres précis sur la mortalité à Gaza.
L’IPC affirme cependant avoir pris ce critère en compte en s’appuyant sur le lien entre malnutrition aiguë et hausse des décès. Le comité d’examen des famines (FRC) a conclu que les seuils de mortalité étaient dépassés dans le gouvernorat de Gaza, tout en indiquant que la situation était moins critique dans d’autres gouvernorats, dont Deir al-Balah et Khan Younès.
La contestation israélienne met donc en regard deux pourcentages associés à des méthodes différentes. Pour l’IPC, le seuil de 15 % n’est pas un abaissement improvisé : il correspond à la me MUAC, et la déclaration de famine s’est appuyée sur plusieurs éléments, malgré l’absence de données directes sur la mortalité et d’une enquête permettant de comparer les deux méthodes sur place.
Source : Les Observateurs de France 24. Filmer, vérifier, témoigner. (f24.my)
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