Ukraine et Pologne : quand la mémoire historique devient l’arme des extrêmes en politique.
La montée de la haine anti-ukrainienne en Pologne
La présence des Ukrainiens en Pologne est devenue un sujet hautement sensible, alimenté par un climat de discours de haine et de désinformation. Daryna Sydorenko, conseillère principale à l’ONG Alliance 24/08, souligne que les commentaires négatifs à l’égard des Ukrainiens ont explosé sur les réseaux sociaux, révélant un lien inquiétant entre ces discours et des actes d’agression dans la réalité.
Ce qui s’est passé
Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, le soutien à l’accueil des réfugiés ukrainiens avait atteint des sommets, avec 94 % de la population polonaise favorable. Cependant, cette solidarité s’est largement érodée, et en juillet 2026, 52 % des Polonais s’opposaient à l’accueil des réfugiés. Les tensions se cristallisent autour de questions historiques, notamment les massacres de Volhynie, où des violences passées continuent d’affecter les relations présentes.
Le contexte
Les massacres de Volhynie, commis entre 1943 et 1945, ont laissé des cicatrices profondes. Les forces ukrainiennes ont tué près de 100 000 Polonais, tandis que des représailles ont causé la mort de 20 000 Ukrainiens. Aujourd’hui, la mémoire de ces événements est ravivée par des groupes d’extrême droite qui utilisent ces atrocités pour justifier des sentiments hostiles envers les Ukrainiens contemporains. Depuis 2016, la Journée nationale du souvenir du 11 juillet a contribué à populariser ce sujet, entraînant une prise de conscience croissante des atrocités passées.
Les chiffres à retenir
- 94 % de soutien à l’accueil des réfugiés ukrainiens en 2022.
- 52 % d’opposition à l’accueil des réfugiés en juillet 2026.
- 100 000 Polonais tués durant les massacres de Volhynie.
- 20 000 Ukrainiens tués en représailles.
- 64 % des Polonais se disent bien informés sur les massacres de Volhynie en 2023.
Ce que cela révèle
Cette évolution des opinions publiques met en lumière une contradiction frappante : alors que la Pologne se présente comme un bastion de soutien à l’Ukraine, elle se laisse entraîner par un discours de haine qui rappelle les pires heures de son histoire. Les groupes d’extrême droite exploitent habilement la mémoire des massacres pour attiser la peur et justifier un rejet des Ukrainiens, les présentant comme une menace plutôt que comme des victimes d’une guerre. La désinformation, souvent alimentée par des acteurs pro-russes, contribue à cette spirale toxique.
Ce qu’il faut retenir
La Pologne se trouve à un carrefour délicat, où la mémoire historique façonne les perceptions contemporaines. La haine anti-ukrainienne, alimentée par des discours extrêmes, menace non seulement la solidarité entre les deux nations, mais aussi la cohésion sociale en Pologne. Dans un contexte où l’intégration et la compréhension mutuelle sont plus nécessaires que jamais, la société polonaise doit faire face à ses démons passés pour avancer vers un avenir commun.
Source : Alliance 24/08, VoxEurop
