Allemagne : L’extrême droite en embuscade, mais qui a vraiment peur des fantômes du passé ?
Le fait principal
Les élections régionales de septembre 2026 en Allemagne ont révélé une dynamique politique troublante : le parti d’extrême droite, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), a triomphé en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, tandis que la gauche radicale, Die Linke, a pris le dessus à Berlin. Ces résultats fragilisent le chancelier Friedrich Merz et son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU).
Ce qui s’est passé
Les résultats des élections dans les Länder de Saxe-Anhalt, Mecklembourg-Poméranie et Berlin sont frappants. L’AfD a obtenu des scores de 43,8 % et 38,2 % dans les deux premiers, tandis que Die Linke a remporté 25,7 % à Berlin. La CDU, quant à elle, a atteint un niveau critique, ne réalisant que 4,9 % en Mecklembourg-Poméranie, ne pouvant même pas siéger au parlement régional pour la première fois depuis 1949. Le SPD, autre grand parti traditionnel, a également souffert, enregistrant des scores décevants.
Le contexte
Ces élections s’inscrivent dans un paysage politique en pleine mutation. La montée de l’AfD s’explique en partie par un sentiment d’abandon ressenti par les électeurs de l’Est, où 63 % se considèrent comme des « citoyens de seconde classe ». Les écarts économiques entre l’Est et l’Ouest continuent de creuser le fossé, alimentant le mécontentement. Par ailleurs, le SPD, longtemps perçu comme le champion de la justice sociale, perd des voix au profit de l’AfD, notamment parmi les ouvriers.
Les chiffres à retenir
– AfD : 43,8 % (Saxe-Anhalt), 38,2 % (Mecklembourg-Poméranie), 16,2 % (Berlin)- CDU : 4,9 % (Mecklembourg-Poméranie)- SPD : 9 % (Saxe-Anhalt), 12,1 % (Berlin), 35,5 % (Mecklembourg-Poméranie)- Die Linke : 25,7 % (Berlin)- 63 % des Allemands de l’Est se perçoivent comme des « citoyens de seconde classe ».
Ce que cela révèle
Les résultats des élections ne sont pas seulement des chiffres : ils témoignent d’une crise profonde au sein des grands partis traditionnels. Friedrich Merz, qui espérait réduire l’AfD à néant, se retrouve affaibli et contestant la stratégie du « cordon sanitaire » qui l’isole de l’extrême droite. Alors que 27 % des Allemands se disent favorables à une coopération avec l’AfD, la CDU risque de se fragmenter. Le double discours sur la question identitaire et sociale est de plus en plus difficile à maintenir.
Ce qu’il faut retenir
L’Allemagne est à un tournant. La montée de l’AfD et la percée de Die Linke mettent en lumière un paysage politique en pleine recomposition. Les partis traditionnels, à la recherche de solutions, semblent de plus en plus tentés par des alliances controversées, tandis que les électeurs, désillusionnés, se tournent vers des options radicales, laissant présager une instabilité politique durable.
Source : Jacques-Pierre Gougeon, IRIS
