Titre de séjour algérien : le préfet se donne deux mois, mais qui a vraiment le dernier mot ?
Le fait principal
Un Algérien de 35 ans, marié à une Française et père d’une petite fille française, attend désespérément depuis juin 2024 une décision sur son titre de séjour. Face à l’inaction de la préfecture de police de Paris, il a saisi le tribunal administratif, qui a ordonné un réexamen de sa situation dans un délai de deux mois. À ce jour, son titre n’est toujours pas accordé.
Ce qui s’est passé
M. B., dont le nom reste anonymisé, a déposé sa demande de titre de séjour en juin 2024. Depuis, il n’a reçu que des attestations de prolongation d’instruction, sans que la préfecture ne demande de pièces complémentaires. Son avocat, Me Sabeg, a souligné que cette situation le maintient dans une précarité insupportable, l’empêchant même de voyager. Bien que M. B. ne soit pas un « sans-papiers », les prolongations successives de son dossier n’apportent aucune sécurité juridique.
Le contexte
Les délais d’instruction des titres de séjour sont un véritable fléau en France. Selon le rapport du Défenseur des droits, 41 % des saisines en 2025 concernaient le droit des étrangers, un chiffre en nette augmentation par rapport aux années précédentes. Les Algériens, en vertu de l’accord de 1968, bénéficient d’un régime particulier, mais les règles de procédure demeurent les mêmes que pour les autres étrangers. En théorie, le silence de l’administration après quatre mois vaut décision implicite de rejet, mais dans la pratique, les attestations de prolongation semblent suspendre cette règle.
Les chiffres à retenir
– 41 % des saisines du Défenseur des droits en 2025 concernaient le droit des étrangers, contre 10 % en 2019.- En volume, les réclamations sont passées de 6 000 en 2019 à plus de 50 000 en 2025.- Plus de trois quarts des réclamations portent sur le renouvellement des titres de séjour et les dysfonctionnements de la plateforme ANEF.
Ce que cela révèle
La situation de M. B. est emblématique d’un système à bout de souffle. Alors que le gouvernement prétend œuvrer pour une immigration maîtrisée, les faits montrent une réalité bien différente : des milliers d’étrangers se retrouvent piégés dans un cycle d’attente sans fin. Pendant ce temps, l’extrême droite, représentée par le RN, continue de stigmatiser les étrangers tout en ignorant les dysfonctionnements administratifs qui les maintiennent dans l’incertitude. Le discours d’un contrôle accru s’oppose à la réalité d’une administration débordée et inefficace.
Ce qu’il faut retenir
L’affaire de M. B. illustre les failles d’un système d’immigration français en crise. Alors que les délais d’instruction explosent, les promesses politiques de régularisation rapide semblent n’être qu’un mirage. Les Algériens, comme tant d’autres, méritent une réponse claire et rapide. Le temps de l’attente est révolu ; il est temps d’agir.
Sources : Rapport du Défenseur des droits, Code de justice administrative.
