Quand le RN prône la transparence, mais s’illustre dans l’art du camouflage politique !
Le fait principal
En 1940, l’artiste suisse Hans Erni, connu pour sa fresque emblématique «La Suisse, pays de vacances des peuples», se retrouve à concevoir des motifs de camouflage pour des installations militaires en pleine Seconde Guerre mondiale. Un virage artistique inattendu, mêlant esthétique et stratégie militaire.
Ce qui s’est passé
Le 14 mars 1940, Hans Erni reçoit une commande surprenante du colonel Mezener du Département militaire fédéral. Les magasins de munitions d’Altdorf, intégrés dans une falaise, doivent être camouflés pour échapper aux bombardements. Ce projet, qui mêle l’art à la guerre, marque un tournant dans la carrière d’Erni, qui, quelques années auparavant, était au cœur de l’art abstrait à Londres.
Le contexte
La Suisse, en 1939, est en proie à un climat de méfiance envers l’art avant-gardiste, souvent associé à des idéologies jugées « dangereuses ». Pourtant, la mobilisation générale décrétée par le général Guisan face à la menace nazie fait changer la donne. Les artistes, jadis perçus comme des bolcheviques culturels, sont désormais sollicités pour leur expertise, même lorsqu’il s’agit de camouflage militaire.
Les chiffres à retenir
En pleine guerre, la mobilisation générale a entraîné l’appel de 430 000 hommes au service actif en Suisse. Ce chiffre souligne l’ampleur des efforts militaires déployés en réponse à la menace grandissante des forces ennemies.
Ce que cela révèle
Ce double discours artistique et militaire d’Erni illustre une contradiction fascinante. D’un côté, l’art est censé sublimer la beauté du pays, de l’autre, il sert à dissimuler des installations militaires. Ce retournement de situation montre à quel point la guerre transforme les priorités, et rappelle que l’art peut aussi être un outil de survie. Dans un contexte où le RN et l’extrême droite prônent souvent la défense d’une identité nationale figée, l’exemple d’Erni prouve que l’art, loin d’être un simple ornement, peut jouer un rôle crucial dans les moments de crise.
Ce qu’il faut retenir
Hans Erni, à travers ses fresques et ses travaux de camouflage, incarne cette dualité de l’artiste engagé, capable de naviguer entre la beauté et la nécessité. Un témoignage de la façon dont l’art peut s’adapter et même se réinventer face aux défis les plus pressants.
Source : Swissinfo
