Criminalité : le fantasme du « Français de souche » ne résiste pas aux faits
« Les étrangers sont plus criminels que les Français. »
Vraiment ?
Alors regardons les chiffres officiels, pas les vidéos Facebook ni les histoires qu’on se raconte entre deux meetings.
En 2024, le Casier judiciaire national recense environ 559 400 condamnations concernant 453 600 personnes condamnées.
Et parmi ces personnes :
🇫🇷 82 % sont françaises
🌍 17 % sont étrangères
❓ 1 % ont une nationalité non déclaréeC’est le ministère de la Justice qui le dit. Pas LFI. Pas un militant. Pas un journaliste. Le ministère de la Justice.
Quand les faits divers deviennent une arme politique
À force de répéter que la criminalité serait essentiellement le produit de l’immigration, certains discours politiques finissent par transformer des faits divers en démonstration idéologique.
Le problème est simple : les faits ne fonctionnent pas comme ça.
Un criminel étranger ne représente pas les étrangers. Un criminel français ne représente pas les Français. Et un fait divers, aussi atroce soit-il, ne permet pas de transformer une nationalité en explication générale de la criminalité.
C’est précisément pour cette raison qu’il faut regarder l’ensemble des condamnations plutôt que sélectionner uniquement les affaires correspondant à une opinion politique.
« Français de souche » : une expression sans définition pénale
Avant même de parler de criminalité, il faut régler un problème de vocabulaire.
« Français de souche » n’est ni une catégorie du Code pénal, ni une catégorie utilisée par le Casier judiciaire national, ni une catégorie statistique permettant de classer les condamnés.
Les statistiques officielles parlent notamment de nationalité française ou étrangère.
Le ministère de la Justice indique ainsi que ses statistiques de condamnations permettent notamment de distinguer les personnes condamnées selon leur nationalité.
La nuance est capitale.
On peut documenter qu’une personne est française.
On ne peut pas déduire sérieusement son « origine ethnique », sa « souche », celle de ses parents ou de ses grands-parents à partir de son nom, de son apparence ou de son lieu de naissance.
Le chiffre qui dérange les discours simplistes
En 2024, les juridictions françaises ont prononcé environ 560 000 condamnations, correspondant à 929 000 infractions sanctionnées. Les crimes représentaient 0,5 % des infractions sanctionnées, contre 95,3 % pour les délits.
Et surtout :
17 % des condamnations concernaient des personnes de nationalité étrangère.
Cela signifie que la très grande majorité des condamnations concernaient donc des personnes de nationalité française.
Attention : cela ne signifie pas que les Français seraient « plus criminels » que les étrangers.
Cela signifie quelque chose de plus précis : la criminalité française ne peut pas être expliquée par la seule présence d’étrangers.
Et c’est précisément là que les slogans politiques commencent à avoir un sérieux problème avec les statistiques.
Les crimes les plus terribles ne sont pas une exclusivité étrangère
Le corpus documentaire constitué pour cette série rassemble notamment des meurtres, assassinats, viols, violences sexuelles, actes de torture et violences mortelles contre des enfants.
On y retrouve par exemple :
- Nordahl Lelandais, condamné pour le meurtre d’Arthur Noyer et celui de Maëlys ;
- Jonathann Daval, condamné à 25 ans pour le meurtre d’Alexia Daval ;
- Ludovic Bertin, condamné à la perpétuité pour le meurtre de Victorine Dartois ;
- Sandrine Pissarra, condamnée à la perpétuité dans l’affaire de la mort d’Amandine ;
- Dominique Pelicot, condamné à 20 ans dans l’affaire des viols de Mazan ;
- Dino Scala, condamné pour 54 viols, tentatives de viols et agressions sexuelles ;
- Jean-Baptiste Mentz, condamné en 2026 à 30 ans pour le viol et le meurtre de Loana ;
- Lucas Larivée, condamné pour le viol et le meurtre de Justine Vayrac ;
- Lakhdar Matoug, condamné pour le meurtre et le démembrement de son épouse ;
- Christophe Ruggia, condamné en première instance pour agressions sexuelles sur mineure, avec recours annoncé.
Le corpus fourni pour cette enquête documente déjà plusieurs dizaines d’affaires de cette nature.
Mais il faut garder une règle élémentaire : un criminel français n’est pas la preuve que les Français sont criminels, exactement comme un criminel étranger n’est pas la preuve que les étrangers sont criminels.
C’est pourtant cette règle élémentaire que les débats politiques oublient régulièrement.
La criminalité n’a pas de passeport idéologique
Le ministère de la Justice rappelle qu’en 2024 les condamnations concernaient très majoritairement des infractions délictuelles et que les condamnations pour viol représentaient plus de la moitié des condamnations criminelles de majeurs.
La question sérieuse n’est donc pas :
« Quelle nationalité faut-il accuser ? »
La question sérieuse est :
« Quels sont les faits, qui a été condamné, pour quelle infraction, avec quelle décision de justice ? »
C’est beaucoup moins spectaculaire.
Mais c’est beaucoup plus honnête.
Une liste de 50 affaires particulièrement lourdes
Le corpus fourni contient 50 entrées. Il faut toutefois signaler une faiblesse importante : plusieurs entrées 21 à 50 sont en réalité des volets supplémentaires des mêmes affaires, et non 30 criminels supplémentaires. Le document le reconnaît lui-même en demandant de vérifier nationalité, statut définitif et recours avant publication.
1. Nordahl Lelandais — Arthur Noyer
- Meurtre d’Arthur Noyer, 23 ans. Condamné à 20 ans de réclusion criminelle.
2. Nordahl Lelandais — Maëlys
- Enlèvement et meurtre de Maëlys, 8 ans. Condamné à la perpétuité avec 22 ans de sûreté.
3. Jonathann Daval — Alexia Daval
- Meurtre conjugal. Condamné à 25 ans en 2020.
4. Jean-Baptiste Rambla — Cintia Lunimbu
- Meurtre à Toulouse. Condamné à la perpétuité avec 22 ans de sûreté.
5. Laurent Martin
- Double meurtre de son épouse et de sa fille. Condamné à 30 ans.
6. Cédric Bernasconi
- Viol et meurtre d’une femme enceinte de huit mois. Condamné à la perpétuité.
7. David Ramault — Angélique Six
- Enlèvement, viol et meurtre d’une adolescente de 13 ans. Condamné.
8. Mathieu Danel — Claire Reynier
- Meurtre de Claire Reynier. Condamné à la perpétuité avec 22 ans de sûreté.
9. Ludovic Bertin — Victorine Dartois
- Tentative de viol puis meurtre de Victorine Dartois. Condamné à la perpétuité avec 20 ans de sûreté.
10. Sandrine Pissarra — Amandine
- Violences et privations alimentaires ayant entraîné la mort de sa fille de 13 ans. Condamnée à la perpétuité.
11. Jean-Michel Cros — Amandine
Même dossier. Condamné à 20 ans.
12. Sébastien D. — Louna
- Mort d’un nourrisson après syndrome du bébé secoué. Père condamné à cinq ans, dont un avec sursis. Le grand-père a été acquitté.
13. Myriam Jaouen — Lisa
- Mort d’un bébé de 11 mois. Condamnée à 25 ans pour actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort.
14. Dominique Pelicot — Mazan
Organisation de viols aggravés sur son épouse. Condamné à 20 ans.
15. Dino Scala — violeur de la Sambre
Faits commis sur plusieurs décennies. Condamné pour 54 faits sexuels à 20 ans.
16. Georges Tron
Condamné en appel à cinq ans, dont trois ferme, pour viol et agressions sexuelles.
17. Brigitte Gruel
Condamnée en appel à deux ans avec sursis pour complicité dans le dossier Tron. Acquittée sur un autre volet.
18. Christophe Ruggia
Condamné en 2025 pour agressions sexuelles sur mineure. Appel annoncé.
19. Jean-Pierre Dartevelle
Ancien responsable de la Fédération française de tennis. Condamné en 2025 à dix ans pour viol sur mineure.
20. Julien P.
Ancien policier de la brigade de protection des mineurs. Condamné à 15 ans pour des viols sur enfants aux Philippines et des infractions liées à des fichiers pédopornographiques.
21. Seriman D.
Condamné en 2023 à 17 ans pour plusieurs viols et une tentative de viol.
22. Père incestueux de Seine-et-Marne
Condamné à 15 ans pour viols et agressions sexuelles sur sa fille.
23. Jean-Marie Morvan
Condamné à 11 ans pour viol et agression sexuelle incestueux sur sa petite-fille.
24. Premier père du « cercle pédophile »
Condamné à 20 ans dans ce dossier d’inceste et d’enregistrements d’abus.
25. Second père du « cercle pédophile »
Condamné à 18 ans dans le même dossier.
26. Affaire des colocataires de Juvisy
Un homme de 45 ans condamné à dix ans pour tentative de meurtre et violences avec arme.
27. Jean-Baptiste Mentz — Loana
Condamné en 2026 à 30 ans pour viol et meurtre de Loana, 10 ans.
28. Husamettin Dogan
Condamné dans l’affaire de Mazan, avec une peine portée à dix ans en appel.
29. Cédric G.
Condamné à 12 ans dans l’affaire de Mazan.
30. Hassan O.
Condamné par défaut à 12 ans dans l’affaire de Mazan.
31. Autres condamnés de Mazan
Le procès a conduit à 51 condamnations, avec des peines individuelles différentes.
32. Ludovic Bertin — viol de 2018
Condamnation distincte concernant un viol commis sur une autre jeune femme.
33. Dino Scala — nouvelles procédures
13 nouveaux dossiers sexuels font l’objet d’une procédure distincte. Ils ne doivent pas être présentés comme des condamnations.
34. Christophe Ruggia — appel
Volet procédural distinct de sa condamnation de première instance.
35. Georges Tron — seconde plaignante
Volet dans lequel il a été acquitté.
36. Brigitte Gruel — seconde plaignante
Volet dans lequel elle a été acquittée.
37. Amandine — responsabilité de Jean-Michel Cros
Condamnation autonome de 20 ans.
38. Amandine — responsabilité de Sandrine Pissarra
Condamnation autonome à la perpétuité.
39. Lisa — Myriam Jaouen
Dossier autonome concernant la mort d’un bébé de 11 mois.
40. Loana — Jean-Baptiste Mentz
Dossier autonome concernant la condamnation de 2026.
41. Victorine — Ludovic Bertin
Dossier autonome concernant le meurtre de Victorine.
42. Louna — grand-père acquitté
Cas important pour rappeler qu’une accusation n’est pas une condamnation.
43. Mazan — organisation des viols
Volet consacré au rôle de Dominique Pelicot.
44. Mazan — recrutement des participants
Volet consacré au recrutement des hommes via Internet.
45. Mazan — soumission chimique
Volet concernant la drogue administrée à la victime.
46. Nordahl Lelandais — agressions sexuelles
Les condamnations concernant les agressions sexuelles sur mineures constituent un volet distinct.
47. Jonathann Daval — dissimulation
Le dossier comporte également les éléments judiciaires relatifs à la dissimulation du crime.
48. Mathieu Danel — assassinat
La cour a retenu l’assassinat et prononcé la perpétuité.
49. Jean-Pierre Dartevelle — victime mineure
Volet spécifique concernant les faits commis alors que la victime était adolescente.
50. Violences sexuelles sur mineurs
Le ministère de la Justice a étudié les affaires traitées par les parquets entre 2017 et 2024, ce qui permet de replacer les faits divers individuels dans une perspective statistique.
Sources principales : ministère de la Justice, statistiques des condamnations 2024 ; SSMSI, données sur les mis en cause ; corpus documentaire des affaires judiciaires utilisé pour cette série.
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