La servitude volontaire : un spectacle de marionnettes en temps de crise

Des files d’attente pour un test PCR, des masques portés en pleine nature : la crise sanitaire a révélé une docilité inquiétante face à l’autorité.

Ce qui se passe réellement

La vidéo « Zapping Coronacircus : Le meilleur du pire (des moutons dociles aux collabos zélés) » dure moins de vingt minutes. Elle n’a besoin d’aucun commentaire : elle montre, avec une efficacité glaçante, ce que des sociétés modernes ont accepté.

Files d’attente interminables sous la pluie pour un test PCR nasopharyngé obligatoire, tunnels de désinfection urbains comme dans un rituel de purification, « plages dynamiques » quadrillées où des familles sont séparées par des barrières, policiers verbalisant des joggeurs solitaires sans attestation, masques portés par réflexe même en pleine nature ou seul en voiture, écoles fermées pendant des mois, commerces « non essentiels » cadenassés, applaudissements collectifs aux fenêtres pour des soignants épuisés, et surtout l’acceptation massive du passe sanitaire comme sésame pour retrouver une vie sociale. Ce florilège visuel condense, sans pathos ni voix off, les contraintes inédites en temps de paix auxquelles des populations éduquées et attachées en principe aux libertés individuelles ont consenti entre 2020 et 2022.

Face à un virus dont les méta-analyses sérologiques ultérieures (Ioannidis 2021, Pezzullo et al. 2022) ont établi un taux de létalité par infection (IFR) médian de 0,034 % chez les 0-59 ans sans comorbidité majeure, les mesures furent universelles et souvent réclamées : confinements successifs, attestations de déplacement limitées, couvre-feux, port obligatoire du masque, fermeture des écoles et des lieux culturels, puis le passe sanitaire conditionnant l’accès aux restaurants, trains, cinémas et universités. En France, l’état d’urgence sanitaire fut prorogé jusqu’à quinze fois, concentrant un pouvoir discrétionnaire exceptionnel entre les mains de l’exécutif.

Ce qui frappe dans ce montage, c’est l’absence de révolte massive visible. Non pas l’absence totale de contestation – il y en eut –, mais l’adhésion collective, parfois enthousiaste, à cet asservissement quotidien. C’est précisément le phénomène qu’Étienne de La Boétie, jeune humaniste de 18 ans, analysait en 1548 dans son Discours de la servitude volontaire. La Boétie répond avec une lucidité fulgurante : la servitude n’est pas imposée par la force brute d’une tyrannie extérieure, mais consentie volontairement de l’intérieur. La tyrannie est visible et brutale ; la servitude volontaire est insidieuse, car elle repose sur l’habitude, la peur du vide et le conformisme.

Pourquoi cela dérange

La peur de mourir, amplifiée jour après jour, a joué le rôle de catalyseur ultime : elle a fait basculer l’obéissance en une forme d’obédience non critique, une perte totale de boussole morale et intellectuelle. L’être humain, confronté à la mort possible, délègue sa pensée et son jugement plutôt que de risquer l’isolement. « Soyez résolus de ne plus servir, et vous voilà libres », écrivait La Boétie. Mais quand la peur l’emporte sur le courage, la servitude devient la nouvelle normalité.

Les instances parlementaires et scientifiques, censées être les garde-fous de la démocratie, ont présenté une opposition quasi inexistante. L’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté en procédure d’urgence des lois d’exception, avec des débats réduits au minimum et des votes massifs en faveur du gouvernement. Le Conseil scientifique COVID-19 a rendu près de 90 avis presque toujours suivis, sans débats internes publics ni dissensions notables.

Ce que cela implique concrètement

Cette absence de contre-pouvoir institutionnel illustre parfaitement le théorème de Gödel appliqué au système social : dans tout système axiomatique, il existe toujours une construction logique pour démontrer qu’une assertion est vraie ou fausse. Même les mensonges les plus visibles ont reçu le consentement formel des instances décisionnaires.

L’instauration de fausses vérités et de vrais mensonges s’est faite sans aucun challenge réel. Le discours officiel martelait que « tout le monde, tous les pays faisaient pareil ». C’était faux. La Suède, le Japon, l’Islande, l’Uruguay ou encore la Tanzanie n’ont pas imposé de confinement généralisé ; leurs bilans comparatifs montrent des trajectoires équivalentes sans sacrifier les libertés fondamentales. Pourtant, ces contre-exemples ont été systématiquement occultés.

Lecture satirique

Combien de citoyens ont confié à des proches : « J’ai trop à perdre à m’opposer, mes voisins veulent me dénoncer si je fais un faux passe » ? Les criminels ont changé de look : ce ne sont plus ceux qui viennent vous voler, mais ceux qui ne se conforment pas aux décisions, aussi absurdes soient-elles. Cette inversion des valeurs révèle l’état réel d’autonomie d’une société où la peur individuelle a primé sur le courage civique.

Cette gangrène de la servitude s’est étendue jusqu’aux cercles les plus privilégiés. Lors d’un dîner à Ville-d’Avray, une directrice d’édition m’a traité de « criminel » pour avoir présenté une interview d’un expert. Aucune réaction des hôtes : silence gêné, malaise palpable. Ces personnes n’exprimaient pas une conviction raisonnée, mais une servitude au « mensonge de groupe ».

Effet miroir international

Cette servitude volontaire moderne n’est pas sans rappeler les dérives autoritaires observées ailleurs, que ce soit aux États-Unis ou en Russie, où la peur et le conformisme règnent en maîtres. Les élites, supposées éclairer et guider, se sont asservies au narratif dominant, préférant le silence ou l’hystérie collective à la remise en cause.

À quoi s’attendre

Ce premier article pose le constat factuel et philosophique. Les suivants analyseront les mécanismes de programmation collective, la trahison des élites, le bilan coût-bénéfice et les leçons pour l’avenir démocratique. Car ce devoir de mémoire n’est pas une nostalgie amère : c’est une exigence pour que jamais plus une telle docilité ne soit présentée comme une vertu.

Sources

Source : www.francesoir.fr

Visuel — Source : www.francesoir.fr
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