Amour et colonialisme : Quand les palmiers cachent des inégalités
Meryem Benm’Barek, avec son nouveau film *Derrière les palmiers*, met en lumière les relations asymétriques entre riches Français et Marocains, révélant ainsi les tabous qui persistent au cœur de ces interactions. Une œuvre qui dérange, mais qui fait réfléchir.
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Sept ans après son premier film *Sofia*, Meryem Benm’Barek revient avec une œuvre tout aussi intime et sociale. Dans *Derrière les palmiers*, qui sort dans les salles françaises ce mercredi 1er avril, la cinéaste aborde cette fois des relations asymétriques. Celles entre les riches Français possédant des résidences secondaires dans son pays et les Marocains. Elle y explore “les liens entre l’intime et le politique, les rapports de pouvoir, les héritages coloniaux subtils, et la manière dont l’amour reconfigure notre regard sur le monde”, résume le site Le360.
Le protagoniste Mehdi, campé par Driss Ramdi, voit sa relation avec Selma (Nadia Kounda) bouleversée lorsqu’il rencontre Marie (Sara Giraudeau), une Française dont les parents ont acheté une luxueuse villa à Tanger que Mehdi et son père rénovent. Peu à peu, il délaisse Selma, attiré par les promesses illusoires de Marie de lui trouver un emploi d’architecte en France et de quitter les chantiers de son père.
Ce qui se passe réellement
La cinéaste de 41 ans a hésité avant de tourner dans sa ville d’origine, chargée d’émotions et de souvenirs pour elle. “Tanger… c’est une ville époustouflante. Pas seulement un décor : elle est chargée, vibrante, traversée par un tourisme subtil mais parfois pernicieux, particulièrement pertinent pour mes personnages. La mer est partout. On sent constamment la possibilité d’un avenir, juste à portée de main, mais jamais totalement accessible”, confie-t-elle au site de Casablanca.
Un sentiment au cœur de l’intrigue qui met en exergue les inégalités et les tensions sociales entre Marie et Mehdi. Mais aussi entre tous les autres côtés du triangle : Mehdi et Selma, comme Selma et Marie enfin. La cinéaste a choisi de mettre en miroir les trajectoires des deux femmes à travers le regard de Mehdi et le rapport à la sexualité – Marie incarne une sexualité facile et accessible, tandis que Selma, issue d’une classe sociale modeste, incarne une forme de pudeur et l’espoir de fonder une famille stable.
Cet aspect a divisé le public marocain.
Lors de sa projection compétition au Festival international du film de Marrakech en décembre 2025, “quelques spectateurs, surpris par certaines scènes jugées audacieuses dans le contexte marocain, ont préféré quitter la projection – signe, peut-être, que Benm’Barek touche là où ça fait mal : aux zones intimes où se logent nos tabous les mieux gardés”, relate l’hebdomadaire Maroc Hebdo.
Pourquoi cela dérange
La réalisatrice évoque “un risque nécessaire”. Pour parler d’amour, il est nécessaire de parler de sexualité. “Ne pas la montrer serait incohérent. La frustration sexuelle de Mehdi est la clé de ses décisions, si je ne la montre pas, personne ne comprend le film. Au-delà de ça, je pense que le tabou ne sert à rien”, explique-t-elle à Le360.
Ce que cela implique concrètement
Maroc Hebdo estime qu’elle aborde des sujets rarement traités avec autant de finesse au cinéma marocain, comme la gentrification, la domination sociale, ou l’héritage colonial. Ce dernier point transparaît notamment dans les relations entre ces Français et leurs employés de maison marocains.
Lecture satirique
Benm’Barek ne condamne pas. Elle constate. Elle observe comment l’intime et le politique se mélangent dans nos gestes les plus élémentaires : aimer, désirer, partir, rester. Et c’est peut-être cela qui dérange certains spectateurs : l’idée que l’amour, loin d’être un refuge, est une arène.
Effet miroir international
Alors que les inégalités persistent, il est difficile de ne pas faire le parallèle avec d’autres pays où les discours politiques se déconnectent de la réalité. Les promesses de justice sociale et d’égalité semblent souvent aussi illusoires que celles de Marie pour Mehdi.
À quoi s’attendre
Projection prudente, basée uniquement sur tendances visibles. Le film de Benm’Barek pourrait bien être un miroir déformant de nos propres sociétés, où l’amour et le pouvoir s’entrelacent de manière troublante.
Sources
Source : www.courrierinternational.com




