Le recul de la natalité en France s’explique par plusieurs facteurs : coût de la vie, conditions de logement, santé et choix personnels. Les inquiétudes face à l’avenir, notamment environnementales, pourraient aussi peser dans les projets familiaux. Mais les études disponibles éclairent des liens et des mécanismes possibles : elles ne démontrent pas que la crise climatique cause, à elle seule, la baisse des naissances.
Ce que montrent les données
Selon le bilan démographique de l’Insee publié en janvier 2026, la France a enregistré environ 645 000 naissances en 2025, soit 24 % de moins qu’en 2010. L’indicateur conjoncturel de fécondité — une mesure calculée à partir des taux observés chaque année, et non le nombre final d’enfants qu’auront effectivement les femmes — s’établissait à 1,56 enfant par femme. Le solde naturel, différence entre naissances et décès, est devenu négatif en 2025, à environ 6 000 personnes. Ces chiffres décrivent une évolution démographique ; ils n’en désignent pas une cause unique. (insee.fr)
En France, une enquête étudiée par l’Ined relève une association entre inquiétude pour les générations futures et intentions de fécondité. Parmi les personnes âgées de 25 à 39 ans, 35 % de celles qui se disent très inquiètes pensent probablement ou certainement avoir un enfant — ou un enfant supplémentaire — contre 46 % des moins inquiètes. Elles déclarent aussi souhaiter, en moyenne, 0,11 enfant de moins. Il s’agit de déclarations et d’intentions, non d’une mesure des naissances futures : ce rapprochement ne suffit pas à établir que l’inquiétude provoque une baisse de la fécondité. (ined.fr)
Comment l’environnement entre dans les choix familiaux
Les économistes Paolo Melindi-Ghidi et Thomas Seegmuller, de l’Aix-Marseille School of Economics, ont proposé un modèle qui ajoute les préoccupations environnementales aux arbitrages habituellement étudiés en économie de la famille. Dans cette approche, un projet d’enfant implique des coûts financiers, du temps et des dépenses d’éducation. Les ménages peuvent aussi accorder une valeur à la qualité de l’environnement dans lequel ils vivent et où grandiront leurs enfants.
Le modèle examine ce qui se passe lorsque le nombre d’enfants et la satisfaction liée à l’environnement sont substituables : une amélioration de la qualité environnementale pourrait alors réduire, pour certains ménages, la satisfaction supplémentaire associée à un enfant de plus. C’est une hypothèse de fonctionnement des préférences, pas une conclusion selon laquelle vivre dans un environnement plus propre ferait mécaniquement renoncer à la parentalité.
Leur article, publié en 2025 dans la revue Environmental and Resource Economics, examine aussi des données concernant les États américains. Les chercheurs y décrivent une association entre l’intensité carbone de l’économie et la fécondité, et construisent un modèle pour rendre compte de ce constat. Une comparaison entre territoires ne permet toutefois pas, à elle seule, d’isoler l’effet de la pollution : d’autres différences économiques, sociales ou politiques peuvent intervenir. (ideas.repec.org)
Une décision prise dans un contexte plus large
L’environnement s’ajoute à des contraintes très concrètes. Dans son rapport de 2025, le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) s’appuie sur une enquête menée avec YouGov dans 14 pays, représentant ensemble plus d’un tiers de la population mondiale. Une personne sur cinq interrogée s’attend à ne pas avoir le nombre d’enfants souhaité ; les répondants citent notamment les difficultés financières, l’insécurité de l’emploi, le logement et les inquiétudes sur l’état du monde. Ces résultats internationaux ne se transposent pas automatiquement à la France, mais ils montrent que les intentions familiales ne se réduisent pas à une préférence abstraite pour avoir — ou non — des enfants. (unfpa.org)
Une même inquiétude peut d’ailleurs coexister avec des situations très différentes : certaines personnes repoussent un projet faute de stabilité matérielle, d’autres ne souhaitent pas devenir parents, et d’autres encore peuvent être empêchées par des problèmes de santé ou d’accès aux soins. Parler de « baisse des désirs d’enfants » ne rend donc pas compte, à lui seul, de l’écart possible entre la famille souhaitée et celle que l’on peut effectivement construire.
Ce qu’on peut conclure — et ce qui reste incertain
Les données disponibles invitent à prendre au sérieux le contexte environnemental dans l’étude des choix de fécondité, sans en faire l’explication générale du recul des naissances. L’enquête française porte sur des intentions déclarées ; le travail des économistes combine un modèle théorique et des comparaisons entre États américains. Ni l’un ni l’autre ne permet de mesurer précisément quelle part de la baisse française serait attribuable aux préoccupations climatiques.
La conclusion la plus prudente est donc que l’avenir environnemental peut compter parmi les éléments auxquels certaines personnes pensent lorsqu’elles envisagent une famille. Son poids se mêle à celui des conditions économiques, du logement, de la santé et des aspirations individuelles. Comprendre la natalité suppose de distinguer ces facteurs plutôt que de chercher une cause unique — ou de transformer le nombre d’enfants souhaités en objectif politique uniforme.
Source : CNRS le Journal thématique : Sociétés
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