À deux ans, les enfants qui passent le plus de temps devant des écrans obtiennent en moyenne des résultats plus faibles à une mesure du vocabulaire et sont plus souvent signalés comme présentant de possibles difficultés émotionnelles ou comportementales. Une enquête menée en Angleterre met aussi en évidence un écart social d’exposition. Elle ne permet toutefois pas d’affirmer que les écrans causent, à eux seuls, ces différences.

Ce que montre l’enquête anglaise

Les chiffres viennent de Children of the 2020s, une étude longitudinale commandée par le ministère britannique de l’Éducation et conduite par University College London avec Ipsos. Pour cette vague, 4 758 personnes responsables d’un enfant âgé d’environ deux ans ont répondu à un questionnaire entre octobre 2023 et février 2024. L’enquête concerne l’Angleterre, et non la France. (gov.uk)
En moyenne, les enfants regardaient la télévision, des vidéos ou d’autres contenus numériques pendant 127 minutes par jour. En ajoutant les jeux vidéo, pratiqués par 19 % des enfants, la durée moyenne atteignait 140 minutes. Près d’un enfant sur cinq se situait dans le groupe le plus exposé, où le temps d’écran combiné dépassait en moyenne cinq heures par jour. À titre de repère, l’Organisation mondiale de la santé recommande de ne pas dépasser une heure quotidienne d’écran sédentaire entre deux et quatre ans. (children2020s.ipsos.com)
Les écarts observés portent notamment sur le vocabulaire. Dans le groupe le plus exposé, les enfants pouvaient dire, en moyenne, 53 % des 34 mots retenus dans le questionnaire, contre 65 % dans le groupe le moins exposé. Il s’agit d’une mesure déclarée par la personne qui s’occupe principalement de l’enfant, pas d’un diagnostic ni d’un examen clinique. Pour les difficultés émotionnelles ou comportementales possibles, le questionnaire plaçait au-dessus d’un seuil d’alerte 39 % des enfants les plus exposés, contre 17 % des moins exposés. Ce seuil signale un besoin éventuel d’observation ou d’accompagnement : il ne signifie pas que ces enfants ont reçu un diagnostic. (children2020s.ipsos.com)
Un enjeu de développement… et de conditions de vie
Une explication avancée par les chercheurs est celle de l’« effet d’éviction » : lorsque les écrans occupent une place importante, ils peuvent réduire le temps consacré aux échanges avec l’adulte, aux jeux, à la lecture, à l’exploration ou au sommeil. Or ces activités offrent des occasions de parler, d’écouter, de bouger et d’apprendre à gérer ses émotions. C’est une hypothèse plausible sur les mécanismes en jeu, mais les chiffres de cette enquête ne mesurent pas directement ce qui a été remplacé par le temps d’écran.
Le temps d’écran n’est pas réparti de manière égale. En incluant les jeux vidéo, les enfants du quintile de revenus le plus bas cumulaient en moyenne 179 minutes par jour, contre 97 minutes dans le quintile le plus élevé. L’enquête observe également des durées plus longues lorsque la personne qui s’occupe principalement de l’enfant a un niveau d’études plus faible ou signale des symptômes dépressifs. Ces écarts décrivent des situations familiales différentes ; ils ne permettent pas d’en attribuer la responsabilité aux parents. Le rapport souligne que le stress, le manque de temps, la fatigue et les contraintes de travail ou de garde peuvent peser sur les activités du quotidien. (children2020s.ipsos.com)
La question des inégalités se situe donc à deux niveaux : les enfants des familles moins favorisées sont, en moyenne, davantage exposés aux écrans et moins souvent engagés dans certaines activités d’éveil à la maison. L’étude relève aussi que le revenu et la fréquence de ces activités sont associés aux résultats de vocabulaire. Elle ne démontre pas que les écrans créent ces écarts : elle suggère plutôt qu’ils s’inscrivent dans des conditions de vie déjà inégales, et pourraient contribuer à les renforcer si le temps d’écran remplace des interactions importantes.
Ce qu’on peut conclure — et ce qu’on ne sait pas encore
Les chercheurs ont pris en compte plusieurs caractéristiques familiales dans leurs analyses, et l’association entre forte exposition et vocabulaire plus faible persistait. Cela ne suffit pas à établir un lien de cause à effet. Les résultats décrivent les enfants au même âge et reposent en partie sur les réponses des adultes. D’autres facteurs — par exemple le contenu regardé, le fait de regarder seul ou accompagné, ou les événements qui conduisent une famille à utiliser davantage les écrans — peuvent aussi compter. Les auteurs précisent que l’enquête ne documentait que partiellement ces contextes. (children2020s.ipsos.com)
La conclusion raisonnable n’est donc ni que tout écran nuit au développement, ni que la durée serait sans importance. L’enquête attire l’attention sur une association statistique et sur sa dimension sociale, sans établir de causalité. Pour comprendre ce qui aide réellement les jeunes enfants, il faut aussi examiner le contenu, l’accompagnement par un adulte et les possibilités concrètes offertes aux familles pour partager des moments de lecture, de jeu et de conversation.
Source : Futuribles
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