Ultimatum à la Trump : un cessez-le-feu qui sent le souffre

Un cessez-le-feu in extremis entre les États-Unis et l’Iran, vanté par Trump comme un triomphe, révèle les limites d’une diplomatie à l’ultimatum.

Il est 18 h 32 à Washington quand le couperet tombe – sur Truth Social, bien sûr. Donald Trump annonce un accord avec Téhéran, assorti d’un cessez-le-feu de quinze jours. Le timing frôle le mélodrame : l’ultimatum présidentiel expirait à 20 heures précises. Passé ce délai, le Pentagone devait déclencher l’apocalypse sur les infrastructures de la République islamique. « Toute une civilisation mourra ce soir », avait prévenu le locataire de la Maison-Blanche avec son sens habituel de la nuance. À 88 minutes près, le pire est évité. Ou reporté.

Ce qui se passe réellement

L’accord in extremis avec l’Iran offre à Trump une porte de sortie et réduit le risque d’une escalade sans fin, voire d’un embourbement en cas d’envoi de troupes au sol. Après quarante jours de bombardements et des milliards de dollars partis en fumée, Trump peut revendiquer une forme de « victoire » : le détroit d’Ormuz est rouvert et la théocratie a été décapitée. Le guide suprême Ali Khamenei est mort et son fils serait, selon certaines sources, hors d’état de nuire. Mais la répression féroce en Iran ne doit pas être oubliée malgré le fracas des bombes.

En réalité, la situation est plus mitigée. Trump a réussi un « deal », c’est un fait : la réouverture d’Ormuz va faire baisser la température et les prix de l’énergie. Faut-il pour autant saluer la réussite de cette diplomatie du chantage, à coups d’« ultimatrumps » ? Depuis le début de son second mandat, le président américain lance des ultimatums à tout bout de champ, de l’Ukraine à Gaza. Cette stratégie fonctionne dans certains cas (à Gaza), cale dans d’autres (Groenland). Concernant l’Iran, l’affaire est encore en cours et l’on verra comment se dessinent les contours de la fin de cette période de guerre ouverte. Mais elle révèle d’ores et déjà les limites de la méthode.

Pourquoi cela dérange

Le premier enseignement est amer pour les partisans du « gros bâton » : aussi gros soit celui-ci, il permet d’exfiltrer un dirigeant en pleine nuit comme au Venezuela, mais ne parvient pas à renverser un régime enraciné. Malgré une campagne de bombardements inédite par son ampleur dans l’histoire récente, la République islamique est loin d’être anéantie. Si les caciques sont au tapis, les mollahs semblent avoir été remplacés par des gardiens de la Révolution tout aussi extrémistes et cruels.

Ce que cela implique concrètement

Cette manière de faire cavalier seul isole chaque jour un peu plus Trump de ses alliés. L’Otan paraît cette fois véritablement en état de mort cérébrale ; aucun pays européen ne s’étant porté au secours de Trump malgré ses demandes répétées. Le sommet de l’Alliance, prévu à Ankara en juillet 2026, s’annonce glacial. Hors de l’Otan, le bilan n’est guère plus reluisant : le rapprochement avec Islamabad – un maréchal pakistanais ayant servi d’entremetteur avec Téhéran – exaspère l’Inde. Même les Sud-Coréens en ont pris pour leur grade, quand Trump s’est récemment félicité de sa bonne entente avec le dictateur nord-coréen Kim Jong-un.

Lecture satirique

À force de menacer ses adversaires d’apocalypse sans passer à l’action, Trump leur envoie un message inquiétant. Poutine, qui poursuit sa guerre en Ukraine, peut se croire libre d’ouvrir de nouveaux fronts. Quant à Xi Jinping, il a noté que deux groupes aéronavals américains et une constellation de bases au Moyen-Orient ont été incapables de rouvrir rapidement un détroit bloqué par un pays aussi affaibli que l’Iran. On imagine ce que l’Armée populaire de libération est capable de faire dans le détroit de Taïwan…

À quoi s’attendre

Les élections de mi-mandat de novembre seront le vrai juge de paix de la méthode des « ultimatrumps ». Principal espoir pour Trump : les démocrates sont quasiment aussi rejetés que lui par les électeurs. Rien n’indique qu’ils parviendront à reprendre le Sénat, même s’ils paraissent avoir plus de chances de conquérir la Chambre des représentants. Tout va se jouer dans les urnes. Et si Trump se retrouve avec une chambre hostile, il faudra tout son savoir-faire pour arracher des deals au Congrès. À coups d’ultimatums peut-être.

Sources

Source : www.lepoint.fr

Visuel — Source : www.lepoint.fr
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