Une opération policière menée en Turquie du 12 au 14 septembre a visé des associations, des militants LGBT+ et des lieux communautaires. Plus d’une centaine de personnes ont été arrêtées ; au moins 83 ont été placées en détention provisoire et plus de 160 font l’objet d’enquêtes pénales, selon les chiffres rapportés par Amnesty International. Les organisations de défense des droits dénoncent une campagne qui mêle arrestations, censure et pressions sur la société civile.

Des arrestations et des restrictions en ligne

Baptisée « Ailem Güvende », soit « Ma famille est en sécurité », l’opération a été justifiée par les autorités turques au moyen de soupçons d’obscénité, de travail du sexe ou d’infractions liées aux stupéfiants. Les interventions ont également été accompagnées de restrictions visant des médias, des sites et des comptes sur les réseaux sociaux associés à des défenseurs des droits humains et des personnes LGBT+.
La contestation de ces opérations a elle aussi donné lieu à des interpellations : plus d’une centaine de personnes ont été arrêtées lors de manifestations, puis libérées. La vague de septembre est présentée comme l’une des plus importantes répressions visant la communauté LGBT+ en Turquie ces dernières années.
La journaliste Tuğba Tekerek et sept membres de l’organisation Kaos GL ont également été placés en détention provisoire. Tekerek est visée à la suite d’un article qu’elle a écrit. Dans une lettre ouverte, elle conteste les accusations qui la désignent comme administratrice du compte Instagram de Kaos GL. La justice turque a par ailleurs bloqué l’accès au média d’opposition T24, estimant que 118 articles publiés au cours de l’année pourraient relever de la « propagande LGBT ».
Des appels à la libération des détenus
L’Union européenne a qualifié la situation d’« extrêmement préoccupante » et appelé Ankara à respecter les libertés d’expression, d’association et de réunion pacifique. Une porte-parole a indiqué que les inquiétudes avaient été communiquées aux autorités turques, publiquement et par voie diplomatique. L’UE demande également le respect des garanties judiciaires, la libération des personnes détenues arbitrairement et l’abandon des accusations qu’elle juge infondées.
Un appel conjoint signé par 450 associations réclame la libération des personnes encore détenues, la fin des raids et de la censure, ainsi que la possibilité pour les organisations LGBT+ de travailler sans intimidation. Les signataires dénoncent aussi le recours à la défense de la « famille », des femmes et des enfants pour justifier des discriminations.
En France, la Fédération des Centres LGBTI+ et Centres LGBTQIA+ demande au gouvernement de condamner les opérations, de demander des explications à Ankara et de soutenir les associations et les défenseurs des droits humains. Ümit Metin, coordinateur général de l’Assemblée citoyenne des originaires de Turquie (ACORT), appelle lui aussi à une réaction politique française. Il s’inquiète notamment des conséquences possibles du climat répressif pour les personnes qui pourraient quitter le pays.
Une répression qui s’inscrit dans la durée
Les militants interrogés replacent ces arrestations dans un contexte de restrictions plus anciennes. Les marches des fiertés à Istanbul sont interdites depuis 2015, rappelle Metin. En 2021, le gouvernement avait également invoqué la défense des valeurs familiales pour présenter l’homosexualité comme une menace, alors que la Turquie se retirait de la Convention d’Istanbul contre les violences faites aux femmes.
Yildiz Tar, rédacteur en chef de Kaos GL, estime que le discours anti-LGBT+ permet au pouvoir de détourner l’attention d’autres difficultés et de mobiliser une partie de l’opinion. Il juge que le nom donné à l’opération de septembre illustre cette stratégie, tout en affirmant qu’aucun élément ne montre que les personnes LGBT+ menacent la famille.
Metin inscrit pour sa part cette campagne dans un mouvement plus large de répression politique, qu’il estime étendu à d’autres composantes de la société. Il relie la rhétorique anti-LGBT+ à la volonté, selon lui, de consolider le soutien d’un électorat conservateur dans un contexte de difficultés économiques. Il craint que la répression ne s’intensifie, alors que Recep Tayyip Erdoğan envisagerait de briguer un nouveau mandat en 2028, selon un de ses conseillers cité dans le texte de Voxeurop.
Les restrictions visant les militants et les médias s’ajoutent à une pression durable sur la presse turque. Reporters sans frontières a recensé 174 journalistes détenus en Turquie entre 2016 et 2026. Pour Metin, les attaques contre les personnes LGBT+ s’inscrivent ainsi dans un recul plus général des libertés dans le pays.
Source : Voxeurop (voxeurop.eu)
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Auteur : Adrian Burtin







