Trump, le triomphe flou : victoire ou mirage en Iran ?
Alors que Donald Trump clame une victoire éclatante en Iran, les États-Unis peinent à définir ce qu’ils ont réellement gagné. La confusion règne, et le prétendu perdant pourrait bien sortir renforcé de ce conflit.
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INTRODUCTION : En pleine cacophonie médiatique, Donald Trump s’érige en héros d’une guerre qu’il a déclenchée sans consultation, vantant une victoire militaire qui semble aussi solide qu’un château de cartes. Pendant ce temps, l’Iran, toujours en place avec son uranium enrichi, se frotte les mains.
Ce qui se passe réellement
Alors même que Donald Trump proclame une victoire dans sa guerre contre l’Iran, ce que les États-Unis ont précisément gagné reste flou. Aussi, le prétendu perdant pourrait, à certains égards, être dans une meilleure position qu’il y a 40 jours.
« Le monde vient d’assister à un triomphe militaire historiquement rapide et réussi », a déclaré la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, lors d’un point presse mercredi. « L’opération Epic Fury a été une victoire historique et écrasante sur le champ de bataille, une victoire militaire avec un grand “V” », a affirmé le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth au Pentagone.
Si les 39 jours de frappes aériennes menées par les États-Unis ont détruit une grande partie de l’aviation, de la marine ainsi que des capacités de missiles et de drones de l’Iran, la guerre lancée par Trump sans consulter ni ses alliés ni le Congrès s’est terminée -du moins interrompue- dans une grande incertitude. La théocratie conservatrice iranienne est toujours en place et possède encore son uranium enrichi. S’en emparer faisait partie des nombreuses raisons avancées par Trump pour justifier la guerre.
À quoi l’Iran a-t-il vraiment renoncé ?
Même les termes du cessez-le-feu ne font pas consensus. « Il n’est pas du tout clair ce qui a été convenu à ce stade, a déclaré Mona Yacoubian, analyste de l’Iran au Center for Strategic and International Studies. Aucun consensus clair sur lesquels des dix points les deux parties acceptent, sachant que la proposition vient de l’Iran. »
John Bolton, l’un des conseillers à la sécurité nationale de Trump lors de son premier mandat et critique de longue date de l’Iran, a déclaré ne pas être sûr qu’un accord, même temporaire, soit en place. « Il n’y a pas vraiment encore d’accord de cessez-le-feu. Trop de points restent contestés », a-t-il affirmé.
Au cœur de la confusion se trouve la question de savoir ce que l’Iran a réellement accepté d’abandonner en échange de la fin de la guerre. Trump lui-même a évoqué un « plan en dix points » proposé par l’Iran, qu’il a qualifié de « base de négociation viable ». Cependant, le plan iranien incluait des dispositions telles que le maintien du contrôle sur le détroit d’Hormuz, la levée de toutes les sanctions américaines et une promesse des États-Unis de ne plus jamais attaquer.
Trump et ses collaborateurs ont rapidement affirmé qu’il ne s’agissait pas du plan en dix points auquel il faisait référence, mais d’un autre plan proposé par l’Iran, plus conforme à ses attentes. Mercredi, Leavitt a également déclaré que les journalistes devraient ignorer complètement les déclarations publiques iraniennes. « Ce que l’Iran dit publiquement ou diffuse à la presse est très différent de ce qu’il communique en privé aux États-Unis, au président et à son équipe. »
Elle n’a pas souhaité entrer dans les détails ni expliquer, par exemple, comment Trump pouvait, d’un côté, exiger une ouverture « COMPLÈTE » du détroit mardi soir, puis déclarer à ABC News qu’il serait favorable à une « coentreprise » avec l’Iran pour prélever des droits de passage sur les navires, permettant aux deux pays d’en tirer profit. Exiger un paiement pour le passage dans une voie maritime est sans précédent et va à l’encontre du principe de liberté de navigation commerciale, que les États-Unis défendent depuis leur fondation.
La situation encore pire qu’avant pour les Etats-Unis
« Une fois tout terminé, je ne pense pas qu’il y aura beaucoup d’éléments positifs, si ce n’est un affaiblissement temporaire de leur armée », a déclaré Jim Townsend, qui a travaillé au Pentagone et à l’OTAN et est aujourd’hui au Center for a New American Security.
Robert Kagan, ancien du département d’État sous l’administration Reagan, estime que Trump n’a pas seulement échoué à atteindre ses objectifs, mais qu’il a en réalité nui aux intérêts américains. « Les États-Unis sont objectivement dans une situation pire qu’avant le début de la guerre. L’Iran a obtenu une forme de légitimation internationale pour imposer des droits de passage et contrôler le transit dans le détroit. Il utilisera cela pour exiger un allègement des sanctions de tout pays souhaitant l’emprunter. Il sera soutenu en cela par la Russie et la Chine. L’Iran n’a fait aucune concession sur l’enrichissement. Je ne vois pas comment Trump empêcherait la Russie et la Chine de réapprovisionner l’Iran en armes », a-t-il déclaré. « La Chine est devenue un acteur majeur dans le Golfe d’une manière inédite. Le fait que nous négociions sur la base du plan iranien en dix points est un signe évident de défaite. »
Trita Parsi, analyste d’origine iranienne au Quincy Institute for Responsible Statecraft, estime que l’ambiguïté de la fin du conflit remet en question la pertinence même de son déclenchement par Trump. « Il aurait sans aucun doute été dans une meilleure position s’il avait mis fin à la guerre le 3 mars ou s’il ne l’avait jamais commencée. »
Pourquoi cela dérange
Les incohérences dans les discours de Trump et de son administration sont frappantes. D’un côté, ils se vantent d’une victoire militaire, de l’autre, ils peinent à définir ce qu’ils ont réellement accompli. La promesse d’une Iran affaibli se heurte à la réalité d’une théocratie toujours en place, renforcée par des concessions qui semblent plus avantageuses pour Téhéran que pour Washington.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences de cette guerre mal définie pourraient être désastreuses pour les États-Unis, qui se retrouvent dans une position de faiblesse face à un Iran légitimé sur la scène internationale. Les sanctions, loin d’être levées, pourraient même être renforcées, tandis que l’Iran pourrait utiliser sa position pour négocier des alliances avec des puissances comme la Russie et la Chine.
Lecture satirique
En somme, Trump nous offre un spectacle de contradictions où il est à la fois le héros et le perdant. Il exige une ouverture totale du détroit d’Hormuz tout en proposant une coentreprise avec l’Iran pour percevoir des droits de passage. Une belle façon de défendre la liberté de navigation, n’est-ce pas ?
Effet miroir international
Ce scénario rappelle les dérives autoritaires observées dans d’autres pays, où les dirigeants se vantent de victoires tout en laissant leurs peuples dans l’incertitude. Un parallèle inquiétant avec des régimes qui utilisent la guerre pour masquer leurs échecs internes.
À quoi s’attendre
Les mois à venir pourraient voir une intensification des tensions, tant avec l’Iran qu’avec les alliés des États-Unis, qui pourraient commencer à remettre en question la fiabilité de Washington. Une situation à surveiller de près, car les conséquences pourraient s’étendre bien au-delà du Moyen-Orient.
Sources
Source : www.huffingtonpost.fr



