Trump, le Roi des États-Unis : un néoroyalisme à l’américaine ?

Des millions de manifestants brandissent des pancartes « No Kings » tandis que Trump s’érige en monarque. Une ironie qui ne fait que souligner les dérives d’un pouvoir autoritaire.

Le penchant autoritaire, l’enrichissement et le fonctionnement clanique de Donald Trump ont fait émerger un nouveau concept : le néoroyalisme. Une théorie discutable selon les spécialistes. Des pancartes « No Kings » ont encore déferlé le week-end dernier dans les rues des grandes villes américaines. Plusieurs millions de personnes ont défilé pour la troisième fois en un an afin de dénoncer les dérives autoritaires de Donald Trump. Un cortège joyeux mais impuissant. En réponse, Trump a fait du Trump. Lors de la deuxième vague de protestation, le président américain avait partagé une vidéo générée par intelligence artificielle. Coiffé d’une couronne, il pilotait un avion de chasse siglé de la mention « Roi Trump », lequel aspergeait d’excréments les manifestants de Times Square…

Ce qui se passe réellement

À Washington, le président aux airs de monarque a redessiné la ville à son image. Il a refait la salle de balle de la Maison-Blanche et promis la construction de monuments au coût faramineux, comme Louis XIV construisait Versailles. Il a lancé la création d’une pièce de monnaie à son effigie, malgré une loi qui interdit de faire figurer un individu vivant sur des « billets et titres ».

Ces images illustrent la nouvelle théorie en vogue aux États-Unis. Née fin 2025 sous la plume de deux chercheurs, Stacie Goddard et Abraham Newman, elle a fait grand bruit dans le New York Times, avant d’être analysée par Politico, Bloomberg ou encore Vox. Selon eux, les États-Unis vivent dans un moment « néoroyaliste ». En clair, la politique étrangère américaine n’obéirait plus à des intérêts nationaux, mais aux intérêts privés d’un cercle restreint d’élites loyales au président – à la manière d’une cour royale féodale.

Fierté personnelle

Cette théorie promet d’éclairer certaines décisions farfelues de Donald Trump en matière de politique étrangère. Pourquoi capturer Maduro ? Vouloir annexer le Groenland ? Frapper l’Iran ? « La politique étrangère est devenue un instrument permettant de concentrer les ressources financières et le prestige au profit de M. Trump et de ses plus proches collaborateurs », développent Stacie Goddard et Abraham Newman dans le New York Times. Selon les chercheurs, les lubies de Trump s’expliqueraient surtout par ses tentatives d’enrichissement ou de fierté personnelle. Comme agirait un roi.

Comme Le Point en fait état en couverture de son dernier numéro, la ploutocratie américaine tend vers la kleptocratie. Cryptomonnaies, investissements immobiliers, produits dérivés… Trump a fait de sa présidence un business, dans un mélange des genres malsain. Même les dirigeants étrangers ont intégré son fonctionnement transactionnel en le couvrant de cadeaux, en échange de divers services.

Fin 2025, le président sud-coréen, Lee Jae-myung, lui a d’ailleurs offert… la réplique d’une couronne en or. « On observe dans le trumpisme une logique de cour, avec ses collaborateurs qui gravitent, ses obligés et d’autres qui marchandent leur loyauté », constate Lauric Henneton, spécialiste de la politique américaine à l’université Saint-Quentin-en-Yvelines.

Pourquoi cela dérange

À l’évocation de la théorie « néoroyaliste », le chercheur reste néanmoins sur sa faim. « Puisqu’on ne comprend pas Trump, on assiste à une inflation de théories des relations internationales, remarque l’auteur de La fin du rêve américain (Odile Jacob, 2017). Le moment Trump 2 a le mérite de fournir un prétexte à la compréhension du monde dans ce qu’il a d’irrationnel et d’inhabituel sous nos latitudes occidentales. »

Ce que cela implique concrètement

Car l’exercice du pouvoir de Trump marque sans aucun doute une rupture avec l’ordre libéral mondial établi post-guerre froide. Avant le néoroyalisme, les spécialistes des théories internationales faisaient leurs choux gras de la doctrine « Donroe ». Contraction de « Don » (surnom de Trump) et « Monroe » (du nom de la doctrine Monroe de 1823, par laquelle les États-Unis déclaraient l’hémisphère américain hors limites pour les puissances européennes), elle annonce un retour à la compétition entre grandes puissances mondiales.

Lecture satirique

Une théorie insatisfaisante aux yeux du chercheur Abraham Newman : « Ce qui rend incohérente la doctrine Donroe, c’est que nombre des mesures prises par l’administration Trump sont inutiles, coûteuses et compromettent la sécurité des États-Unis. » Pour l’inventeur du « néoroyalisme », seuls les intérêts privés de Trump et de son cercle guident ses choix. Prenons le Venezuela. Avant de stabiliser la région ou de lutter efficacement contre le narcotrafic, la capture de Maduro a permis à Trump et à son entourage de récupérer des marchés sur la vente de pétrole vénézuélien. Paul Singer, milliardaire proche de Trump, a par exemple récupéré l’exploitation de la filiale américaine de la compagnie d’état pétrolière vénézuélienne.

Effet miroir international

Plusieurs potentielles situations de conflits d’intérêts entre la famille Trump et l’administration américaine pourraient être citées, à commencer par les affaires nébuleuses du gendre de Donald Trump, Jared Kushner, diplomate et homme d’affaires dans le Golfe. Ou l’investissement dans des sociétés de drone en lien avec l’État américain par ses fils, Eric et Don Jr Trump. Plus récemment, de forts soupçons de délit d’initiés pèsent sur l’administration Trump depuis les gains mirobolants de certains parieurs, juste avant des annonces du président sur l’Iran. Seul un groupe très restreint était dans la confidence…

À quoi s’attendre

Selon le New Yorker, Trump et son entourage auraient engrangé plus de 4 milliards de dollars au cours des deux mandats. « Ce que décide l’administration Trump n’a pas vraiment de sens du point de vue de la politique “America First » (…) Trump et son cercle considèrent l’échiquier mondial comme un lieu d’influence et de richesse matérielle », estime Abraham Newman dans une interview au site Mother Jones.

Sources

Source : www.lepoint.fr

Visuel — Source : www.lepoint.fr
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