Saint-Denis : Quand le racisme se dévoile sous le masque de la « bienveillance »
Des milliers de manifestants se sont rassemblés à Saint-Denis pour dénoncer le racisme, mais les discours politiques semblent plus préoccupés par la forme que par le fond.
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Ce samedi 4 avril, Saint-Denis a vibré au rythme d’un rassemblement contre le racisme, orchestré par le nouveau maire LFI, Bally Bagayoko. L’événement, qui aurait pu être une célébration des valeurs républicaines, s’est rapidement transformé en une scène où les élites politico-médiatiques ont été mises en accusation, révélant ainsi les contradictions d’un discours qui se veut inclusif.
Ce qui se passe réellement
Plusieurs milliers de personnes étaient rassemblées contre le racisme, samedi 4 avril, à Saint-Denis, à l’appel du nouveau maire LFI Bally Bagayoko, qui cristallise depuis son élection un débat devenu national sur la discrimination raciale. Il avait lancé un appel à ce rassemblement dimanche dernier, après des propos polémiques le visant tenus sur CNews. Les 27 et 28 mars, des liens ont été faits entre Bally Bagayoko et « la famille des grands singes ». Une attitude de « mâle dominant » lui avait également été notamment reprochée.
Une foule compacte était réunie dans une ambiance calme et musicale sur le parvis de l’Hôtel de ville, selon l’AFP, aux côtés de plusieurs syndicats et associations et de nombreuses personnalités politiques de gauche, dont l’Insoumis Jean-Luc Mélenchon et des délégations écologistes et socialistes.
« Nous venons dire avec fermeté et de manière définitive notre attachement viscéral aux valeurs de la République incarnées par celles et ceux qui sont héritiers et héritières de l’immigration », a déclaré Bally Bagayoko, s’en prenant aux « institutions défaillantes, parfois même complices ». « Il s’agit d’un SOS de toutes celles et ceux qui appartiennent à la communauté de destin que nous voulons construire », a ajouté l’édile d’origine malienne.
Une vague de racisme
Au mégaphone, le leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon a dénoncé « une vague de racisme écœurant venant des élites politico-médiatiques qui, sans réserve, sans frein, ont étalé leur mépris à l’égard d’une partie de notre peuple ».
Sara, élève avocate de 26 ans née à Saint-Denis, est venue « soutenir Bally » face aux « attaques inadmissibles » qu’il a subies. « Il y a des gens PS qui sont ici mais ils ont lancé la première pierre », a-t-elle taclé, en référence au maire sortant Mathieu Hanotin qui avait déclaré pendant la campagne que les narcotrafiquants appelaient à voter pour le candidat LFI.
Kantéba Camara-Sissoko, 55 ans, auxiliaire de puériculture, a quant à elle été « révoltée » par les propos tenus sur le nouveau maire. « Je me suis dit : ’je suis en train de rêver, c’est un cauchemar’. Nous sommes en 2026, c’est honteux d’entendre de tels propos ! » s’emporte cette nouvelle élue PCF à Gennevilliers, « réconfortée » par ce rassemblement.
Pour le maire Insoumis, « celles et ceux qui aujourd’hui réduisent en fait cette marche uniquement à l’étiquette de La France insoumise ont tort et sont indignes de ce combat qui est un combat contre le racisme, contre l’antisémitisme et contre l’islamophobie et toutes les formes de discriminations ».
Soutien du gouvernement
Interrogé sur l’absence notamment de la ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations Aurore Bergé, Bally Bagayoko a jugé que « s’il y a bien une ministre qui aurait dû être là, c’est bien elle ». Il l’a néanmoins remerciée de lui avoir témoigné sa solidarité par téléphone.
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a également déclaré : « La place d’un ministre, ce n’est pas d’être dans une manifestation citoyenne ». Avant d’ajouter toutefois : « Le combat est complètement partagé par le gouvernement et par l’État ».
Bally Bagayoko a dénoncé ce samedi le « silence » du chef de l’État Emmanuel Macron sur le sujet, ce qui « confirme le fait qu’il n’est pas engagé sur cette lutte » contre le racisme. Alors que le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait qualifié les propos « d’ignobles » et « absolument inacceptables », Bally Bagayoko a jugé ces soutiens gouvernementaux « toujours appréciables », bien qu’arrivés « relativement tard ».
Enquête ouverte
De son côté, CNews a dit contester « formellement que de quelconques propos racistes aient été tenus » sur son antenne et la direction a considéré auprès de l’AFP que des propos avaient été « délibérément déformés sur les réseaux sociaux, alimentant une polémique infondée ».
Jeudi, le parquet de Paris a indiqué qu’il avait ouvert une enquête pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion », au lendemain du dépôt de plainte de l’élu qui a également appelé lors d’un entretien à l’AFP à fermer la chaîne. Le préfet s’est constitué partie civile comme l’avait demandé le premier ministre, Sébastien Lecornu.
Pourquoi cela dérange
Ce rassemblement, bien que porteur d’un message fort, met en lumière les incohérences des discours politiques. D’un côté, on prône l’inclusion et la lutte contre le racisme, de l’autre, on laisse des propos dégradants se répandre sans réagir. La contradiction est frappante : comment défendre des valeurs républicaines tout en permettant à certains de les piétiner ?
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences de ces discours sont bien réelles. Ils alimentent un climat de méfiance et de division au sein de la société. La lutte contre le racisme ne peut se faire sans une prise de conscience collective et une véritable volonté politique de changer les choses.
Lecture satirique
Il est ironique de constater que ceux qui se présentent comme les champions de la lutte contre le racisme sont souvent les mêmes qui, dans l’ombre, laissent prospérer des discours de haine. La promesse d’un avenir inclusif se heurte à la réalité d’un présent où les mots sont souvent plus forts que les actes.
Effet miroir international
À l’échelle mondiale, cette situation rappelle les dérives autoritaires que l’on observe dans d’autres pays, où le racisme et la discrimination sont souvent banalisés par des discours politiques. Les parallèles sont frappants : la rhétorique de la « bienveillance » masque souvent des intentions bien plus sombres.
À quoi s’attendre
Si les tendances actuelles se poursuivent, on peut s’attendre à une intensification des luttes contre le racisme, mais aussi à une montée des tensions. La société française devra faire face à ses contradictions et à la nécessité d’un véritable changement.



