Tracey Emin : Démone, Martyre et Héroïne, mais à quel prix ?
La rétrospective de Tracey Emin à la Tate Modern attire les foules, mais derrière l’engouement, que cache cette célébration artistique ?
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À qui douterait de la célébrité de Tracey Emin au Royaume-Uni, la visite de sa rétrospective à la Tate Modern apporte une réponse sans équivoque. On y circule mal, tant le public, de tous âges, genres et conditions sociales, y est dense. Ainsi faut-il de l’obstination pour réussir à regarder un petit moment les dessins, monotypes et broderies qui ont l’infortune d’être accrochés dans la salle où est projeté son monologue vidéo How it Feels (1996), tant est nombreuse la foule qui leur tourne le dos. Il n’y a rien de surprenant à cette passion : depuis près de trente ans, Emin est simultanément la démone, la martyre et l’héroïne de la scène artistique britannique.
Ce qui se passe réellement
La démone : Emin n’a jamais rien caché de sa vie sexuelle. Le premier scandale qu’elle suscita fut la présentation, à la Royal Academy of Arts, en 1997, de la pièce Everyone I Have Ever Slept With 1963-1995, une tente sur laquelle étaient cousus les noms de toutes celles et ceux avec qui elle avait dormi, de son frère jumeau à ses amants, éphémères ou plus durables. Le deuxième fut l’installation My Bed (1998) : son lit défait, sali, jonché de préservatifs, de détritus et d’objets divers, comme le tapis sur lequel il est posé, un ready-made et la relique d’un amour qui venait de finir. La première pièce a été détruite dans un incendie ; la seconde, devenue l’œuvre la plus connue d’Emin, est là, presque seule dans sa salle.
Pourquoi cela dérange
La célébration d’Emin soulève des questions sur la nature même de l’art contemporain. Pourquoi une telle fascination pour une œuvre qui, à première vue, semble n’être qu’un amas de désordre personnel ? La société applaudit la vulnérabilité, mais ne serait-ce pas une manière de détourner le regard des véritables enjeux sociétaux ?
Ce que cela implique concrètement
Cette glorification de l’intimité et du désespoir personnel peut-elle vraiment être considérée comme un progrès ? Pendant que l’artiste se débat avec ses démons, les véritables crises sociales, politiques et économiques continuent de se développer en arrière-plan, souvent ignorées par ceux qui se pressent pour admirer l’œuvre d’Emin.
Lecture satirique
Il est presque comique de voir comment la société valorise la souffrance personnelle tout en négligeant les souffrances collectives. Les discours politiques actuels, souvent déconnectés de la réalité, semblent se nourrir de cette dichotomie. Pendant que les artistes comme Emin sont célébrés, les véritables luttes sociales sont reléguées au second plan, comme si l’art pouvait servir de pansement sur des blessures béantes.
Effet miroir international
À l’échelle mondiale, cette tendance à célébrer l’individu au détriment du collectif rappelle les dérives autoritaires où l’individu est souvent utilisé comme symbole, masquant les véritables enjeux sociétaux. Que ce soit aux États-Unis ou en Russie, les figures artistiques sont souvent mises en avant pour détourner l’attention des problèmes réels.
À quoi s’attendre
À l’avenir, il sera intéressant de voir si cette tendance à glorifier le désespoir personnel continuera à dominer le paysage artistique, ou si un retour à des préoccupations plus collectives émergera. Les artistes, comme les politiciens, doivent se demander : que voulons-nous vraiment célébrer ?



