Tourisme à Rocinha : Quand la pauvreté devient un décor à selfies
À Rocinha, la favela emblématique de Rio, le tourisme explose, mais à quel prix ? Entre selfies et réalité, la ligne est floue.
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Dans un monde où les réseaux sociaux dictent les tendances, deux touristes équatoriennes, Johanna et Jelsy, ont décidé de faire un détour par Rocinha, la plus grande favela de Rio de Janeiro. Vêtues de crop tops aux couleurs du drapeau brésilien, elles immortalisent leur passage avec un drone, comme si la pauvreté était devenue un accessoire de mode. « Nous avons découvert ces points de vue sur TikTok et nous nous sommes dit que c’était très beau », déclare Johanna. Un bel exemple de déconnexion entre le virtuel et le réel.
Ce qui se passe réellement
Rocinha, avec ses 72 000 habitants, est devenue une destination touristique prisée, attirant 41 000 visiteurs en janvier 2026, soit une hausse vertigineuse de 97 % par rapport à l’année précédente. Ce phénomène est alimenté par des vidéos filmées par drone, qui transforment la misère en spectacle. Les touristes, en quête de sensations fortes, semblent oublier que derrière les couleurs vives se cachent des réalités bien plus sombres.
Pourquoi cela dérange
Ce tourisme voyeuriste soulève des questions éthiques. Les habitants de Rocinha, souvent stigmatisés et marginalisés, deviennent des figurants dans un décor de carte postale. La promesse d’un échange culturel se heurte à la réalité d’une exploitation. Les touristes, en quête d’authenticité, ne voient que ce qu’ils veulent voir : des paysages pittoresques, mais pas les luttes quotidiennes des habitants.
Ce que cela implique concrètement
La montée du tourisme à Rocinha pourrait entraîner une gentrification, où les habitants risquent d’être évincés au profit de projets lucratifs. Les bénéfices de ce tourisme ne profitent pas à la communauté, mais à des entreprises extérieures, laissant les résidents dans une précarité accrue.
Lecture satirique
Les discours politiques autour du tourisme à Rocinha sont souvent déconnectés de la réalité. Les autorités vantent les mérites de cette nouvelle manne financière, tout en ignorant les conséquences sur la vie des habitants. C’est un peu comme si l’on célébrait un festin tout en oubliant ceux qui sont affamés. La promesse d’un développement durable se heurte à la réalité d’un tourisme de masse qui ne fait qu’aggraver les inégalités.
Effet miroir international
Ce phénomène n’est pas isolé. À l’échelle mondiale, des politiques autoritaires exploitent également des images de pauvreté pour justifier des discours nationalistes. Que ce soit aux États-Unis ou en Russie, la mise en scène de la misère devient un outil de manipulation, transformant des vies en simples statistiques.
À quoi s’attendre
Si cette tendance se poursuit, nous pourrions assister à une transformation radicale de Rocinha, où les habitants seront de plus en plus invisibilisés. La question demeure : jusqu’où ira cette exploitation avant que la réalité ne rattrape le spectacle ?



