Thaïlande : Quand la vérité dérange, les puissants sortent les griffes

Deux journalistes menacés de ruine par un politicien corrompu : un classique de la démocratie en danger.

En Thaïlande, la liberté de la presse semble être un concept aussi éphémère qu’un mirage dans le désert. Deux journalistes, Hathairat Phaholtap et son collègue, se retrouvent dans le viseur de l’influent vice-Premier ministre Suchart Chomklin, accusés de diffamation après avoir osé révéler des soupçons de pots-de-vin liés à une entreprise finlandaise exploitant des travailleurs thaïlandais victimes de traite humaine. Oui, vous avez bien lu : dénoncer la corruption peut vous coûter cher, très cher.

Ce qui se passe réellement

Pour la première fois de sa carrière, Hathairat Phaholtap fait face à des poursuites pour diffamation. Elle a déjà été menacée, tant verbalement que physiquement, mais cette fois, la mise en jeu de 50 millions de bahts (1,3 millions d’euros) de dommages et intérêts semble être la cerise sur le gâteau. Lors d’une conférence sur les procédures-bâillons à Bangkok, elle a déclaré : « Être poursuivie pour diffamation, c’est assez mineur au regard de ce que j’ai déjà traversé. Cette procédure ne m’arrêtera pas. Au contraire, elle me pousse à poursuivre davantage mon travail d’enquête. »

Ce type d’action, fréquemment utilisé par l’État et les grandes entreprises, vise à faire taire les voix critiques. Comme l’a souligné notre correspondant à Bangkok, Valentin Cebron, ces procédures-bâillons sont devenues le pain quotidien des journalistes, militants et lanceurs d’alerte. « De nombreux citoyens engagés sont poursuivis par des personnes plus puissantes, plus influentes, avec des moyens », a-t-elle ajouté. Les petites rédactions comme « The Isaan Record » peuvent se permettre des frais d’avocat, mais qu’en est-il des citoyens ordinaires ?

Sur son site, « Isaan Record » révèle avoir des preuves que deux hommes politiques et cinq hauts fonctionnaires ont accepté des pots-de-vin d’intermédiaires liés à des entreprises finlandaises, totalisant plus de 36 millions de bahts (environ 900 000 €). Un joli pactole pour ceux qui préfèrent l’argent à la transparence.

Pourquoi cela dérange

La situation met en lumière une incohérence flagrante : d’un côté, un gouvernement qui prétend promouvoir la justice et l’égalité, et de l’autre, des politiciens qui se vautrent dans la corruption. La réalité est que les procédures-bâillons sont devenues un outil de répression, un moyen de museler ceux qui osent dénoncer les abus de pouvoir.

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences sont désastreuses : la peur s’installe, et les journalistes hésitent à enquêter sur des sujets sensibles. Les citoyens, quant à eux, se retrouvent dans une situation où dénoncer les abus devient un acte de bravoure, souvent puni par la loi.

Lecture satirique

Il est ironique de voir un vice-Premier ministre, soupçonné de corruption, poursuivre des journalistes pour diffamation. Cela rappelle un peu ces films où le méchant se retourne contre le héros, tout en prétendant être le sauveur. La promesse d’une démocratie florissante se heurte à la réalité d’un régime qui préfère l’ombre à la lumière.

Effet miroir international

Ce scénario n’est pas unique à la Thaïlande. Des pays comme la Russie et les États-Unis montrent également comment les puissants utilisent la loi pour écraser la dissidence. La stratégie est la même : faire peur pour faire taire. Un vrai festival de la démocratie, n’est-ce pas ?

À quoi s’attendre

Si la tendance se poursuit, nous pouvons nous attendre à une intensification des attaques contre la presse indépendante. La question est : combien de journalistes devront encore se battre pour faire entendre la vérité avant que le silence ne devienne la norme ?

Sources

Source : www.rfi.fr

Visuel — Source : www.rfi.fr
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