Disciplinés, en longues files, des militaires descendent des collines du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo (RD Congo), et prennent la direction de la frontière du Rwanda. Alors que, durant des mois, Kigali a nié avoir déployé des troupes dans l’est du Congo pour soutenir le mouvement rebelle M23, les images de leur départ – sous pressions états-uniennes – sont diffusées sans retenue.
Ils laissent derrière eux leurs alliés congolais, le mouvement armé M23 et sa structure politique, l’Alliance Fleuve Congo (AFC). Le chef de cette dernière, Corneille Nangaa (ancien président de la Commission électorale et proche de l’ex-président congolais Joseph Kabila) promettait voici un an d’atteindre Kinshasa et d’y détrôner Félix Tshisekedi. Le chef de l’État, qui doit terminer d’ici deux ans son deuxième et dernier mandat, est bien décidé à rester au pouvoir à la faveur d’une modification de la Constitution.
Table Of Content
- Jean-Luc Habyarimana, le fils de l’Akazu à Kinshasa
- Des sanctions contre les Forces de défense rwandaises
- L’armée, garante de la stabilité au Rwanda ?
- Armée congolaise, mercenaires étrangers et milices wazalendo…
- Les journalistes pris entre deux feux
- Ce qui se passe réellement
- Jean-Luc Habyarimana, le fils de l’Akazu à Kinshasa
- Des sanctions contre les Forces de défense rwandaises
- L’armée, garante de la stabilité au Rwanda ?
- Armée congolaise, mercenaires étrangers et milices wazalendo…
- Pourquoi cela dérange
- Ce que cela implique concrètement
- Lecture satirique
- Effet miroir international
- À quoi s’attendre
- Sources
Malgré la guerre contre Iran, les États-Unis entendent imposer la mise en œuvre de l’accord de paix conclu à Washington entre le Rwanda et la RD Congo le 4 décembre 2025. Séduits par les promesses économiques du chef de l’État congolais, ils veulent imposer cette « pax americana » à Paul Kagame, le président rwandais, qui invoque toujours des impératifs sécuritaires pour contrôler le Nord-Kivu et le Sud-Kivu par rebelles interposés.
Jean-Luc Habyarimana, le fils de l’Akazu à Kinshasa
Les soucis de sécurité avancés par Kigali ne sont pas un simple prétexte : trois décennies après le génocide des Tutsis du Rwanda, qui a fait près de 1 million de morts entre avril et juillet 1994, les rescapés des tueries et leurs descendants demeurent toujours traumatisés. Nombreux sont les Tutsis du Rwanda qui, au-delà des apparences paisibles et rassurantes de leur pays et des efforts dirigés vers les jeunes générations, redoutent un retour offensif des Hutus et de leur mouvement politico-militaire des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR). Ce dernier recrute parmi les descendants des réfugiés hutus installés en RD Congo en 1994, après le génocide, et ayant gardé l’espoir d’une revanche.
De plus, la présence à Kinshasa de Jean-Luc Habyarimana n’est pas passée inaperçue à Kigali. Le fils du président Juvénal Habyarimana, dont la mort, le 6 avril 1994, dans un attentat contre son avion fut le déclencheur du génocide des Tutsis, est considéré comme l’héritier politique de l’Akazu (« maisonnée », en kinyarwanda), l’aile radicale hutue qui dirigeait le pays avant et pendant le génocide. Très proche de sa mère, Agathe Kanziga, épouse Habyarimana, qui réside toujours en France, Jean-Luc Habyarimana est un ami de longue date de l’un des plus influents conseillers du président Félix Tshisekedi, Bula Mandungu Bula Nyiati. Ce dernier est le fils du gouverneur Bula Mandungu, qui fut l’un des intimes de Mobutu Sese Seko. Les deux cadets, fidèles à leurs héritages paternels respectifs, se sont connus lors de leur exil en Europe, après la mort de Juvénal Habyarimana et la chute de Mobutu.
Le durcissement du régime Tshisekedi à l’encontre du Rwanda, intervenu au cours de son premier mandat (à contre-courant des propos conciliateurs du début), ainsi que sa dernière campagne électorale marquée par des discours belliqueux sont souvent attribués à l’influence de Bula Mandungu. Ce dernier a également ouvert la RD Congo aux pays du Golfe, où il a vécu durant une dizaine d’années.
Des sanctions contre les Forces de défense rwandaises
Malgré tout, l’intransigeance manifestée par le chef de l’État rwandais ne repose pas uniquement sur un impératif sécuritaire, il est aussi économique. Désireux de reconstruire son pays, Paul Kagame a tenté d’orienter vers le Rwanda les flux de matières premières (cobalt, coltan, niobium) extraites du sous-sol de l’Est congolais. Ces minerais, provenant en grande partie des zones occupées par les rebelles du M23, sont retraités dans les usines de Kigali avant d’être réexportés vers les pays industrialisés, y compris l’Union européenne. Cette dernière, dans le cadre de sa stratégie « Global Gateways », a conclu avec Kigali un partenariat stratégique le 19 février 2024. L’UE souhaite ainsi s’assurer un approvisionnement durable en matières premières critiques tandis que le Rwanda a l’ambition de devenir une plaque tournante dans le secteur des minerais, apportant à ces derniers de la valeur ajoutée.
S’avérant incapable de vaincre sur le terrain les rebelles du M23 et leur protecteur rwandais, qui ont repris les hostilités en janvier 2025, et ayant perdu le contrôle des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, Félix Tshisekedi s’est décidé à solliciter la médiation de Washington. En échange de cette intervention, le président congolais a proposé d’ouvrir aux sociétés états-uniennes l’accès aux mines du Kivu, sinon du Katanga, où se déploient déjà les investissements chinois. Les « géants de la tech » ont été séduits par cette perspective, et Massad Boulos, proche de Donald Trump, le président états-unien, a été chargé de préparer la « pax americana ».
Depuis l’accord de décembre 2025, les pressions états-uniennes se sont intensifiées sur Kigali. Le 2 mars, elles se sont traduites par des mesures visant directement les Forces de défense rwandaises (FDR). Selon une étude1 produite fin mars à Bruxelles par l’Institut Egmont, le département états-unien du Trésor a décidé d’imposer des sanctions à quatre officiers supérieurs rwandais et aux Forces de défense rwandaises (FDR) en général. Toute entité ou individu relevant des Forces armées rwandaises pour plus de 50 % de ses revenus devrait ainsi se voir interdire de mener des transactions en dollars ou d’utiliser le système de transfert international Swift. Cette mesure vise également de nombreuses sociétés rwandaises étroitement liées à une armée qui demeure le pilier du système et elle risque aussi d’hypothéquer les fournitures de matériel militaire et logistique.
L’armée, garante de la stabilité au Rwanda ?
Les chercheurs de l’Institut Egmont rappellent à quel point les FDR demeurent un acteur économique essentiel, qu’il s’agisse de la construction, de l’agriculture, de la finance, de la production d’armes, des services hospitaliers, ou encore des académies militaires. De son côté, la holding Crystal Ventures, protégée par le Front patriotique rwandais (FPR, le parti au pouvoir), opère et investit dans plusieurs pays africains, dont la République centrafricaine, le Mozambique et le Zimbabwe. Cette omniprésence de l’armée a longtemps été considérée comme garante de la stabilité du Rwanda.
Historiquement, elle s’explique par la nécessité de reconstruire un pays qui, au lendemain du génocide des Tutsis, comptait 1 million de morts et 4 millions de réfugiés à l’extérieur du pays – soit près de la moitié de la population totale à l’époque… Les FDR, dont Paul Kagame demeure le chef incontestable et incontesté, se sont révélées le pivot de la reconstruction du pays. Une reconstruction longtemps citée en exemple malgré la persistance des inégalités sociales et les restrictions sur les libertés fondamentales.
Si elles s’appliquent avec rigueur, les sanctions états-uniennes actuelles risquent de miner de l’intérieur un équilibre fragile, le traumatisme du génocide demeurant présent dans toutes les mémoires. Elles risquent aussi d’accentuer l’usure d’un pouvoir qui se trouve aux commandes du pays depuis plus de trente ans.
Armée congolaise, mercenaires étrangers et milices wazalendo…
Assistant au départ des forces rwandaises, les habitants du Kivu ne se disent pas rassurés pour autant. Il apparaît en effet que le mouvement rebelle M23, qui se composait à l’origine de Tutsis originaires du Kivu réfugiés en Ouganda, ne sera pas facile à déloger. En une année de présence dans le Nord-Kivu et dans le Sud-Kivu, il a multiplié le recrutement et la formation de nouvelles recrues, pris des mesures administratives et tenté de s’installer comme un pouvoir de fait, sans pour autant obtenir le soutien populaire.
De leur côté, les Forces armées de la RD Congo (FARDC) ne rassurent pas davantage : les soldats étant peu ou mal payés, la troupe est indisciplinée et minée par la corruption. Des éléments de l’armée congolaise collaborent aussi avec des alliés pour le moins compromettants, dont des descendants des auteurs du génocide des Tutsis du Rwanda. Aux côtés des soldats congolais opèrent également des mercenaires étrangers recrutés à grands frais et dotés de drones d’origine turque entreposés à Kisangani, la capitale de la Province orientale. Sur les lignes de front se retrouvent aussi des milices « wazalendo » (« enfants du pays »), composés de jeunes Congolais. Travailleurs sans emploi, étudiants sans bourses ni moyens, poussés tant par la nécessité que par le patriotisme, ils ont choisi d’être embauchés aux côtés de l’armée nationale, évitant ainsi de végéter dans un pays pillé et envahi.
Face à cette situation et en l’absence de réelle redevabilité démocratique (voir encadré), la « paix bon marché » obtenue par Washington à force de pressions sur le Rwanda et sur la RD Congo demeure bien fragile.
Les journalistes pris entre deux feux
Dans le contexte de l’occupation, du pillage des ressources et du racket mené par les hommes en armes dans le Kivu, les journalistes se trouvent en première ligne. Ils sont littéralement pris entre deux feux et travaillent au péril de leur vie. Dans un rapport très détaillé publié le 30 mars et intitulé « Dans la peau d’un journaliste des Grands Lacs », l’ONG Reporters sans Frontières décrit le quotidien de ceux qu’on appelle encore en RD Congo les « chevaliers de la plume » et qui, en réalité, vivent dans des conditions de plus en plus périlleuses : entre 2021 et 2026, RSF a recensé au moins 630 exactions commises contre des journalistes.
RSF relate ainsi l’arrestation, le 29 mars, d’Espoir Kabata, le directeur d’une radio communautaire à Minova (Nord-Kivu). Le « crime » de ce journaliste chevronné ? Avoir annoncé le retrait probable des combattants de l’AFC/M23. Depuis lors, sa famille est sans nouvelles de lui. À Goma, un autre journaliste, Thomas Kubuya, directeur de la radio libre VBR–FM, également cité dans le rapport, assure avoir vu des militaires envahir sa maison de Goma, se saisir des clés de son véhicule et l’accuser d’être un adversaire de l’AFC/M23. Il déclare que sa famille est en danger et que les ravisseurs de son véhicule seraient des agents affectés à l’intendance du gouvernorat installé à Goma par les rebelles.
Quant à Nicaise Ki Bel Om Bel, un vétéran du journalisme, le premier à avoir documenté l’irruption des rebelles musulmans ADF Nalu dans l’Ituri ( le « grand Nord » de l’Est du Congo), il a dû se réfugier à Kinshasa après avoir fui de Bunia jusque Goma et gagné ensuite la capitale. Il nous a expliqué qu’il en savait trop pour vivre en sécurité dans l’est de son pays.
Rappelant le douloureux souvenir de la Radio des Mille Collines au Rwanda, Reporters sans frontières relève que « dans cette Afrique des Grands Lacs en proie à l’instabilité et aux conflits armés, informer demeure un défi quotidien, dans un environnement sécuritaire dégradé, la précarité économique, la désinformation ».
Qu’il s’agisse de la RD Congo, du Rwanda ou du Burundi, tous les journalistes désireux de travailler dans l’Afrique des Grands Lacs rencontrent des difficultés comparables : menaces de mort, disparitions, interdictions d’accès. Le journaliste burundais Antoine Kaburahe, fondateur du média Iwacu et interrogé par RSF, relève « l’instrumentalisation de la mémoire violente », qu’il s’agisse des massacres et de la répression au Burundi, du génocide au Rwanda ou encore des guerres dans l’est du Congo. Dans de tels contextes, toute critique est assimilée à une tentative de déstabilisation et criminalisée au nom de la sécurité nationale.
Cette faiblesse de la couverture médiatique, due entre autres aux menaces qui pèsent sur les journalistes locaux, n’entraîne pas seulement une baisse de l’attention et de l’assistance internationale. Elle cache aux puissances mondiales et aux investisseurs potentiels les difficultés sur le terrain, la complexité des enjeux politiques, les traumatismes et les aspirations profondes des populations. La méconnaissance du contexte local amène aussi les investisseurs potentiels à fermer les yeux sur les risques de nouvelles tragédies en gestation.
Les articles présentés sur notre site sont soumis au droit d’auteur. Si vous souhaitez reproduire ou traduire un article d’Afrique XXI, merci de nous contacter préalablement pour obtenir l’autorisation de(s) auteur.e.s.
Tension à la frontière : le Rwanda et la RDC dans un jeu de dupes
Des militaires rwandais quittent la RDC, laissant derrière eux un chaos politique. Qui en sortira vraiment gagnant ?
Dans un ballet militaire digne des plus grands drames, des soldats disciplinés descendent des collines du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), direction la frontière rwandaise. Pendant des mois, Kigali a nié avoir déployé des troupes pour soutenir le mouvement rebelle M23. Mais voilà, les images de leur départ, sous pression des États-Unis, circulent comme des bonbons dans une cour d’école. Ironie du sort, ces troupes laissent derrière elles leurs alliés congolais, l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dont le chef, Corneille Nangaa, avait promis de faire tomber Félix Tshisekedi à Kinshasa. Le président, quant à lui, semble déterminé à rester au pouvoir en modifiant la Constitution, comme un enfant qui refuse de partager son jouet.
Ce qui se passe réellement
Les États-Unis, malgré leur guerre contre l’Iran, semblent vouloir imposer la mise en œuvre d’un accord de paix signé à Washington en décembre 2025. Ils espèrent instaurer une « pax americana » au Rwanda, tout en laissant Paul Kagame invoquer des raisons sécuritaires pour contrôler le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Une belle danse diplomatique, n’est-ce pas ?
Jean-Luc Habyarimana, le fils de l’Akazu à Kinshasa
Les inquiétudes de Kigali ne sont pas qu’un simple prétexte. Trois décennies après le génocide des Tutsis, les cicatrices demeurent. Les Tutsis, bien que vivant dans un Rwanda apparemment paisible, craignent toujours un retour des Hutus. Et que dire de Jean-Luc Habyarimana, fils de l’ancien président rwandais, qui s’installe à Kinshasa ? Une coïncidence troublante, n’est-ce pas ?
Des sanctions contre les Forces de défense rwandaises
Les sanctions américaines contre les Forces de défense rwandaises (FDR) ne sont pas qu’un simple coup de semonce. Elles visent à affaiblir un système économique qui repose sur l’armée, tout en rappelant à Kagame que les temps ont changé. Mais qui peut vraiment croire que ces sanctions vont changer la donne dans un pays où l’armée est omniprésente ?
L’armée, garante de la stabilité au Rwanda ?
Les FDR, longtemps considérées comme le pilier de la stabilité rwandaise, sont désormais sous pression. La reconstruction du pays, après le génocide, est un exemple souvent cité, mais à quel prix ? Les inégalités sociales et les restrictions sur les libertés fondamentales persistent, et les sanctions américaines pourraient bien miner cet équilibre fragile.
Armée congolaise, mercenaires étrangers et milices wazalendo…
Les habitants du Kivu, bien que soulagés par le départ des forces rwandaises, ne se sentent pas en sécurité. Le M23, qui a su s’implanter, semble bien ancré. Pendant ce temps, les Forces armées de la RDC (FARDC) sont minées par la corruption et l’indiscipline. Des mercenaires étrangers et des milices locales, les « wazalendo », tentent de combler le vide, mais à quel coût ?
Pourquoi cela dérange
Cette situation met en lumière les incohérences des discours politiques. D’un côté, on prône la paix et la stabilité, de l’autre, on laisse les conflits perdurer, tout en jouant sur les peurs et les traumatismes des populations.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences sont directes : un retour à la violence, une instabilité accrue, et un peuple qui reste en proie à la peur. Les promesses de paix semblent s’évanouir dans l’air chaud du Kivu.
Lecture satirique
Il est fascinant de voir comment les discours politiques se déconnectent de la réalité. Les promesses de paix sont souvent suivies de décisions qui semblent plus intéressées par des enjeux économiques que par le bien-être des populations. Comme si la paix pouvait être achetée au prix fort.
Effet miroir international
Ce scénario rappelle les dérives autoritaires ailleurs dans le monde, où les puissances jouent avec les vies humaines comme des pions sur un échiquier. Les États-Unis, en cherchant à imposer leur vision, risquent de créer plus de chaos qu’ils n’en résolvent.
À quoi s’attendre
Si les tendances actuelles se poursuivent, on peut s’attendre à une intensification des conflits, à une détérioration des conditions de vie et à une montée des tensions ethniques. Les promesses de paix pourraient bien se transformer en illusions.




