TAP Air Portugal : Quand la privatisation devient un jeu de chaises musicales
Les géants de l’aviation, Air France-KLM et Lufthansa, se lancent dans la course à la privatisation de TAP Air Portugal. Une manœuvre audacieuse en pleine tempête mondiale.
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Ce matin, le secteur aérien européen fait parler de lui. Les deux titans des airs, Air France-KLM et Lufthansa, se sont officiellement engagés dans la course à la privatisation de TAP Air Portugal, avec l’ambition d’acquérir jusqu’à 49,9 % du capital, dont 5 % réservés aux salariés. Mais pourquoi un tel intérêt alors que le contexte international semble aussi favorable qu’un vol en plein orage ?
Ce qui se passe réellement
Il est vrai que cela peut sembler paradoxal : le conflit au Moyen-Orient perturbe le transport mondial, et la flambée des prix du kérosène cloue des avions au sol. Pourtant, TAP Air Portugal, avec son hub à Lisbonne, possède des atouts indéniables. Ses liaisons vers l’Amérique du Sud, notamment le Brésil, ainsi que vers les pays africains lusophones et les États-Unis, sont éloignées des zones de conflit. Pour Air France-KLM et Lufthansa, cela représente une opportunité en or pour compléter leur réseau et capter davantage de trafic long-courrier.
La compagnie TAP bénéficie d’une position géographique idéale, mais financièrement, est-elle intéressante ?
La compagnie a connu des jours meilleurs. Nationalisée lors de la crise du Covid en 2020, elle a bénéficié d’un plan de sauvetage de 3,2 milliards d’euros du gouvernement portugais, en échange d’une restructuration. Aujourd’hui, elle est bénéficiaire, mais reste endettée. Avec 7 700 salariés et une flotte d’une centaine d’avions Airbus, elle a transporté environ 17 millions de passagers l’an dernier, affichant une progression de 3,4 %.
C’est donc le moment idéal pour le gouvernement portugais d’ouvrir son capital ?
Oui, et ce, pour récupérer une partie de l’argent injecté, tout en conservant 50,1 % du capital. L’idée est d’attirer un grand groupe aérien pour développer le réseau et investir dans la flotte. Mais, comme souvent, la privatisation est synonyme de vulnérabilité face à des concurrents plus grands.
Pourquoi cela dérange
La question qui se pose est : pourquoi privatiser une compagnie qui a déjà été sauvée par l’État ? Cela ressemble à un jeu de domino où l’on espère que la prochaine pièce ne tombera pas sur la tête des salariés. Les promesses de croissance et d’investissement sont souvent accompagnées de la réalité amère des suppressions de postes.
Ce que cela implique concrètement
La privatisation partielle de TAP pourrait renforcer la concentration du secteur aérien européen, posant la question de l’affaiblissement de la concurrence. Et qui dit concentration, dit souvent réduction des choix pour les consommateurs et augmentation des tarifs. Un bel exemple de l’ironie de la « liberté de marché ».
Lecture satirique
Les discours politiques autour de cette privatisation sont aussi légers qu’un vol en classe économique. On nous promet des investissements et une meilleure connectivité, mais on oublie de mentionner que chaque fusion est souvent synonyme de licenciements. Un peu comme si l’on promettait un repas gastronomique tout en servant des plats réchauffés.
Effet miroir international
Dans un monde où les politiques autoritaires se multiplient, cette privatisation rappelle les manœuvres de certains gouvernements qui, sous couvert de modernisation, sacrifient l’intérêt public au profit de quelques-uns. Un parallèle qui n’est pas à prendre à la légère, surtout quand on voit comment certains pays, comme les États-Unis ou la Russie, gèrent leurs entreprises publiques.
À quoi s’attendre
À court terme, on peut s’attendre à une intensification de la concurrence entre les grands groupes aériens. Mais à long terme, la question reste : qui paiera le prix de cette privatisation ? Les salariés, les consommateurs, ou les contribuables qui devront encore mettre la main à la poche ?



