Syrie : Justice ou illusion ? La farce tragique d’un pays en ruines

Plus d’un demi-million de morts et 13 millions de déplacés, et pourtant, la justice semble être un concept aussi lointain que la paix en Syrie.

La guerre civile qui a fait rage en Syrie de mars 2011 jusqu’à la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024 constitue l’une des pires tragédies humaines de ce XXIe siècle : plus d’un demi-million de morts, 13 millions de déplacés et un pays doté d’un fabuleux patrimoine culturel en ruine. La brutalité de l’ex-président syrien, dopée par le soutien militaire sans limite de Vladimir Poutine, ne peut rester impunie. La Syrie ne renaîtra pas de ses cendres sans que justice soit faite. Du moins en partie.

Ce qui se passe réellement

Des millions de Syriens qui aspiraient à un printemps démocratique et qui ont été cassés par la dictature d’El-Assad, ont le droit de voir leurs bourreaux sévèrement sanctionnés. À l’image de Mazen al-Hamada, que Le Temps avait longuement rencontré après qu’il eut été broyé par le régime et éliminé dans la sordide prison de Saidnaya, au nord de Damas, parce qu’il en savait trop.

Cinq responsables du régime syrien pourraient être jugés cette année encore. Une première à saluer, mais qui fait sourire jaune. Un processus de justice transitionnelle est en cours grâce à la coopération entre la CIJA, la Commission internationale pour la justice et la responsabilité, et le gouvernement intérimaire du président Ahmed al-Charaa. Mais avec un parlement fonctionnel qui semble aussi probable qu’un miracle, la loi de justice transitionnelle digne de ce nom reste un rêve lointain.

Pourquoi cela dérange

La question la plus sensible consiste à savoir qui juger pour les graves crimes commis. Permettre une réconciliation au sein d’une société aux abois nécessite de trouver le bon équilibre. Mais qui peut vraiment croire qu’un pays dévasté par la guerre et les règlements de compte internes puisse trouver cet équilibre ? Les procès ne concernent que quelques figures importantes du régime de Bachar el-Assad. Faut-il se limiter, par réalisme, aux cas les plus emblématiques ?

Ce que cela implique concrètement

Les atrocités commises par les djihadistes devront un jour être aussi jugées. Mais pour l’heure, l’espoir est de voir un début de justice en Syrie. Même partielle et sélective. Pour que le pays, écartelé entre une majorité sunnite et des minorités alaouite, kurde et druze prêtes à en découdre, ne s’effondre pas complètement.

Lecture satirique

Ah, la justice syrienne ! Un spectacle où les acteurs principaux sont des figures du régime qui, comme par magie, apparaissent devant un tribunal, tandis que les véritables responsables, ceux qui ont orchestré la tragédie, continuent de régner dans l’ombre. C’est un peu comme si on jugeait les figurants d’un film catastrophe sans jamais s’attaquer au réalisateur.

Effet miroir international

Et pendant ce temps, les gouvernements occidentaux, en quête de légitimité, se frottent les mains en collaborant avec le président intérimaire Ahmed al-Charaa, comme s’ils avaient oublié que ce dernier a lui aussi un passé chargé. Une belle leçon d’hypocrisie politique, n’est-ce pas ?

À quoi s’attendre

Les projections sont sombres. Si la justice ne s’applique qu’à une poignée de responsables, la Syrie risque de rester un champ de ruines, où les cicatrices de la guerre ne guériront jamais. Les promesses de paix et de réconciliation semblent aussi vides que les rues de Damas.

Sources

Source : www.letemps.ch

Visuel — Source : www.letemps.ch
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