Se parler à voix haute : un phénomène courant aux multiples bénéfices

Mise à jour le 2026-03-08 10:00:00 : Selon des experts, se parler à voix haute est fréquent et peut améliorer la motivation et la compréhension de soi.

Les gens qui se parlent à voix haute seraient nombreux dans la population, croient des experts. Ce monologue extérieur présenterait d’ailleurs plusieurs bénéfices pour ceux qui s’y adonnent, entre autres, une plus grande motivation ou, encore, une meilleure compréhension d’eux-mêmes.


Publié à

« Let’s go, t’es capable ! », « N’oublie pas tes clés, n’oublie pas tes clés, n’oublie pas tes clés », « Si a2+b2 = c2, alors mon hypoténuse est… » : toutes les raisons sont bonnes pour se parler à voix haute. On pourrait croire que ce phénomène est rare. Ce serait tout le contraire. Selon des études de l’Université de Mannheim, en Allemagne, relayées par le magazine Slate, au moins 96 % des gens, adultes comme enfants, se parlent régulièrement à voix haute.

« Selon moi, 100 % de la population se parle à voix haute : tout le monde le fait, assure Alain Morin, professeur à l’Université Mount Royal de Calgary, dont l’expertise se concentre sur le dialogue intérieur et le développement de la conscience de soi. Les gens, peu nombreux, qui disent qu’ils ne le font pas sont embarrassés de l’admettre ou simplement pas conscients de le faire. »

Tous, bien sûr, ne se parlent pas à la même fréquence. Ceux qui le font systématiquement sont plus rares, croit Mathieu Blanchet, neuropsychologue et psychologue clinicien.

PHOTO CAMILLE GLADU-DROUIN, FOURNIE PAR ANNE-SOPHIE DORÉ-COULOMBE

Anne-Sophie Doré-Coulombe

Pour Anne-Sophie Doré-Coulombe, c’est quelque chose de plutôt fréquent. « Je me parle quand je suis seule, souvent quand j’ai besoin de m’encourager », témoigne l’autrice-compositrice-interprète, connue sous le nom d’artiste de Belle Grand Fille. Elle se souvient de son « monde intérieur assez fertile », enfant, qui la menait à se raconter des histoires et à incarner des personnages. En tant qu’adulte, elle se dira souvent que « ça va bien aller », que « tout est correct ». En se rendant compte qu’elle fait une erreur, elle va se corriger. Au gym, elle aura tendance à se donner des encouragements. « Je me coache moi-même ! »

Cette propension à se parler à soi-même pour s’encourager est centrale au phénomène. « Il y a un effet motivationnel, soulève Alain Morin. La résolution de problèmes est plus susceptible d’activer notre dialogue extérieur. Plus le problème sera difficile, plus ce sera extériorisé. » Il semble que certains cerveaux assimilent mieux l’information si elle est dite à voix haute, comme certains font des listes, ajoute Mathieu Blanchet.

Voix régulatrice

« Se parler, surtout à la deuxième personne, permet de se dédouaner et de se mobiliser à agir autrement, estime Mathieu Blanchet. On crée une distance psychologique avec les émotions négatives, comme si quelqu’un d’autre nous le disait, comme un parent qui dirait “Fais pas ça, mon grand”. C’est moins menaçant pour l’ego. »

PHOTO FOURNIE PAR SASHA ÖMER

Sasha Ömer

Sasha Ömer confirme se parler souvent pour se motiver mais, principalement, « pour s’aligner » sur ses valeurs. « Je vais me dire de ne pas faire telle chose, par exemple. Me parler à voix haute, c’est comme la voix de la raison », explique le musicien et animateur du balado Creative Mood. S’entendre a un impact plus important sur lui, contrairement à sa voix intérieure.

Selon Alain Morin, ce dialogue extérieur permet également de réguler l’anxiété, de se calmer, de se motiver ou de se contrôler.

Et puis, il y a le bénéfice pour la formation de l’identité. « Les gens qui se connaissent bien, qui savent ce qu’ils veulent dans la vie, se sont parlé assez souvent », dit l’expert, précisant que dans ce cas, que ce soit à voix haute ou non, le dialogue avec soi-même est bienfaisant.

Sasha Ömer en est un exemple : « Quand je verbalise les choses, je me sens plus proche de moi », dit-il. « Mon sentiment d’identité [sense of self] se bâtit parce que je me parle, je me pose des questions. »

« Je me parle comme à une amie »

« La seule instance où ça peut ne pas être bon, c’est quand les gens ruminent à propos d’eux-mêmes, que ça devient répétitif, incontrôlable et que ça mène à de l’anxiété, de la dépression », soulève Alain Morin. À court terme, les gens qui s’encouragent de manière négative (en se disant d’arrêter d’être paresseux, par exemple) pourraient constater que cela les force à s’activer. « Mais à long terme, ça va affecter l’estime et la santé mentale », dit Mathieu Blanchet.

Rien n’indique toutefois que certaines personnalités le feront plus que d’autres, note le neuropsychologue. On remarque par contre que les personnes qui se parlent ont tendance à mieux performer, planifier et résoudre des problèmes.

« Ça me permet de rendre la motivation tangible, comme des mots d’affirmation, témoigne Anne-Sophie Doré-Coulombe. Je me parle comme à une amie, je me parle avec bienveillance, c’est aussi un processus d’autocompassion. »

Malgré tous les bénéfices que cela apporte au quotidien, rares sont ceux qui le font en public. Se parler à voix haute reste un comportement intime. « Il y a un contrat social qui veut qu’on ne le fasse pas en public, parce que les gens qui se parlent seuls dans la rue, cela a une connotation négative », relève Sasha Ömer. « Alors quand je marche sur le boulevard Saint-Laurent, je me garde une gêne ! »

Ce qu’il faut savoir

  • Le fait : 96 % des gens se parlent à voix haute.
  • Qui est concerné : Adultes et enfants.
  • Quand : Régulièrement.
  • Où : Partout dans le monde.

Sources

Source : La Presse

Visuel d’illustration — Source : www.lapresse.ca

Source d’origine : Voir la publication initiale

Date : 2026-03-08 10:00:00 — Site : www.lapresse.ca


Auteur : Cédric Balcon-Hermand — Biographie & projets

Application : Téléchargez Artia13 Actualité (Android)

Notre IA anti-désinformation : Analyzer Fake News (Artia13)


Publié le : 2026-03-08 10:00:00 — Slug : se-parler-a-voix-haute-la-voix-de-la-raison

Hashtags : #parler #voix #haute #voix #raison

Partager ici :
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire