Sauna, Sisu et les Énigmes du Finnois : Une Langue à Part

En Finlande, le sauna est presque aussi courant que les voitures, mais la langue finnoise, elle, reste un mystère pour beaucoup. Ironie d’un pays qui attire les foules tout en parlant une langue que peu comprennent.

Il existe un mot finnois qui est devenu universel et que presque toutes les langues ont emprunté : « sauna » [prononcer sa-ou-na]. Je m’étonne qu’il ne figure pas sur le drapeau de la Finlande, où l’on compte 3 millions de saunas pour 5,5 millions d’habitants. Vérification faite : il y en a presque autant que de voitures. J’ai pu le constater de visu lors des trois semaines de vacances hivernales que je viens d’y passer en compagnie de ma femme pour y faire du ski de fond — et pour ma douce moitié, du sauna et de la nage en eau froide, en veux-tu, en v’là. Une belle occasion de m’intéresser aussi de plus près à la langue, le finnois.

Ce qui se passe réellement

Réussir à décoder le finnois a été un défi, car elle ressemble à bien peu d’autres, et ça l’est sûrement pour de nombreux autres touristes aussi, la Finlande faisant partie des destinations en vogue en Europe en ce moment. Grâce à un ingénieux slogan soulignant la fraîcheur de ses étés (Coolcation !), la Finlande a connu une année record, avec 7,2 millions de nuitées en 2025 — principalement des Européens fuyant un été particulièrement torride au sud de la Baltique.

En plus de « sauna », j’ai relevé deux autres mots finnois difficiles à traduire et qui ont l’air de faire leur chemin dans d’autres cultures. Tout d’abord, « sisu » [si-sou] évoque une forme de résilience tenace et discrète et a donné son nom à un film historique racontant un épisode de la Seconde Guerre mondiale. Quant à « löyly » [le-u-lu], c’est le mot pour la vapeur des saunas, laquelle est associée à un sentiment de bien-être.

Pourquoi cela dérange

On dénombre seulement cinq millions de locuteurs du finnois dans le monde. La plupart vivent en Finlande. Le reste se retrouve dans les pays limitrophes et quelques hameaux perdus dans le Minnesota et le Michigan. Comme le basque, le finnois fait partie de la petite minorité de langues européennes qui n’appartiennent pas au tronc commun indo-européen, dont j’ai déjà parlé dans une autre chronique.

Le finnois appartient à la famille des langues dites ouraliennes (donc autour de l’Oural, dans l’actuelle Russie). Il n’a aucune ressemblance avec le suédois ou avec aucune autre langue germanique, pas plus qu’avec le russe. Mis à part des emprunts à ces langues, de même qu’au français et à l’anglais, le finnois est dans une classe à part. Parmi les langues officielles de l’UE, son plus proche parent est l’estonien.

Ce que cela implique concrètement

Les Finlandais ont leur propre manière de dire les choses, à commencer par la façon dont ils se désignent eux-mêmes. En finnois, la Finlande se nomme Suomi, le pays des suomalaiset (Finlandais), qui parlent la langue suomi (finnois). Comme le français et toutes les langues latines, c’est une langue vocalique, c’est-à-dire basée sur l’alternance consonne-voyelle, et plutôt chantante.

Il y a 28 ou 29 lettres en finnois (le w n’est plus utilisé, mais certains le comptent encore). Les trois autres lettres sont le å, le ä, le ö, qui ne sont pas des variantes du a et du o, mais des lettres propres qui suivent le z. Ce qui prête à confusion les premières fois qu’on cherche dans un lexique.

Lecture satirique

La correspondance de la langue écrite avec la langue orale est très forte, car toutes les lettres se prononcent. Si elles sont doubles, on allonge la voyelle et on prononce deux fois la consonne. C’est souvent assez subtil. Je cite ici mon guide de conversation (Parler le finnois en voyage, Harrap’s), qui donne un excellent exemple : tapa (la coutume), tapaa (il rencontre) et tappaa (il tue). Ces voyelles longues et consonnes doubles sont une des principales difficultés de prononciation pour un francophone, avec le h aspiré et le r, très roulé. En trois semaines, je n’ai jamais pu prononcer « hiihto » (ski).

Effet miroir international

Le finnois a plusieurs particularités. C’est une langue dite agglutinante, qui se construit par l’addition de racines et de particules. Le nom de la station centrale du métro de Helsinki, Rautatientori, se traduit par « Marché du chemin de fer ». Ses trois racines, rauta-tien-tori, signifient « fer-chemin-marché ».

La langue fonctionne aussi avec un système de déclinaison, comme le latin ou l’allemand. De la même manière que « rose » peut se dire « rosa, rosam, rosae » en latin, selon la fonction du mot dans la phrase (sujet, complément direct ou indirect, etc.), le finnois a ses propres suffixes. Mais alors qu’il existe quatre déclinaisons en allemand et six en latin, chaque mot finnois peut en prendre… 15, qui couvrent à peu près toutes les fonctions grammaticales.

À quoi s’attendre

Bref, on s’est fait un beau cadeau en allant en Finlande, mais le finnois, ce n’est quand même pas un cadeau !

Sources

Source : lactualite.com

Visuel — Source : lactualite.com
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