LETTRE DE VARSOVIE
Table Of Content
Cette fois-ci aurait dû être la bonne. La mairie de Zamosc avait vu les choses en grand pour célébrer, le 5 mars, le 155ᵉ anniversaire de Rosa Luxemburg, son enfant du pays, née dans cette petite ville de l’est de la Pologne, en 1871, alors annexée par l’Empire russe. La penseuse marxiste critique de Lénine a été assassinée par des paramilitaires en janvier 1919 à Berlin.
Une conférence et l’apposition d’une plaque commémorative auraient dû constituer le clou des cérémonies autour de la militante révolutionnaire, auxquelles la branche polonaise de la fondation allemande Rosa Luxemburg devait prendre part, en compagnie d’une délégation d’ambassadeurs. Mais si la conférence a bel et bien eu lieu, l’apposition de la plaque, elle, a finalement été déprogrammée par la municipalité.
La faute à l’Institut de la mémoire nationale (IPN, Instytut Pamieci Narodowej, en polonais), qui avait fait savoir un peu plus tôt que cet hommage gravé dans le marbre tomberait sous le coup de la loi de « décommunisation » de 2016.
L’IPN, une institution publique chargée d’enquêter sur les crimes nazis et communistes, avait fait adopter, à l’époque où les nationaux-conservateurs du PiS (Droit et justice) étaient au pouvoir (2015-2023), cette législation interdisant « de faire la promotion du communisme ou de tout autre régime totalitaire par le biais des noms donnés aux bâtiments, installations et équipements publics ».
Il vous reste 75.08% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Rosa Luxemburg : célébration avortée d’une révolutionnaire en Pologne
Une plaque commémorative pour Rosa Luxemburg ? Pas sous notre régime !
La mairie de Zamosc avait prévu une grande fête pour le 155ᵉ anniversaire de Rosa Luxemburg, née dans cette petite ville polonaise. Mais, surprise ! La célébration a été amputée de son clou : l’apposition d’une plaque en son honneur. Pourquoi ? À cause de la loi de « décommunisation » de 2016, bien sûr !
Ce qui se passe réellement
Le 5 mars, la ville de Zamosc avait organisé une conférence pour rendre hommage à sa célèbre fille, Rosa Luxemburg, militante révolutionnaire assassinée en 1919. La branche polonaise de la fondation Rosa Luxemburg devait participer, accompagnée d’une délégation d’ambassadeurs. Mais la municipalité a décidé de déprogrammer l’apposition de la plaque commémorative, sous la pression de l’Institut de la mémoire nationale (IPN).
L’IPN, cette institution chargée de traquer les crimes nazis et communistes, a jugé que rendre hommage à une figure communiste était incompatible avec la législation en vigueur. En effet, la loi de décommunisation interdit de promouvoir le communisme ou tout autre régime totalitaire dans les noms des bâtiments et installations publiques.
Pourquoi cela dérange
Il est fascinant de voir comment un hommage à une figure historique peut être perçu comme une menace par ceux qui se disent les gardiens de la mémoire nationale. La contradiction est éclatante : d’un côté, on célèbre l’héritage d’une intellectuelle qui a lutté pour la justice sociale, et de l’autre, on l’efface du paysage public comme si elle n’avait jamais existé.
Ce que cela implique concrètement
Cette décision ne fait pas que rayer le nom de Luxemburg des mémoires locales ; elle illustre aussi une tendance inquiétante en Pologne. En interdisant de tels hommages, le gouvernement envoie un message clair : l’histoire doit être réécrite selon les normes d’un nationalisme conservateur.
Lecture satirique
Ironiquement, le PiS (Droit et Justice), qui prône la « défense de la patrie », semble avoir une vision très sélective de ce qui constitue un héritage national. En effaçant Rosa Luxemburg, ils choisissent de célébrer une version de l’histoire qui ne remet pas en question leur autorité. Mais qu’en est-il des valeurs de liberté et d’égalité qu’elle défendait ? Peut-être sont-elles trop radicales pour un gouvernement qui préfère le confort d’une histoire édulcorée.
Effet miroir international
Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres régimes autoritaires à travers le monde, où la réécriture de l’histoire est monnaie courante. Que ce soit en Russie, où le passé soviétique est glorifié tout en effaçant les voix dissidentes, ou aux États-Unis, où certaines figures historiques sont réévaluées selon des critères contemporains. La Pologne semble suivre cette tendance, préférant la censure à la réflexion.
À quoi s’attendre
Si cette tendance se poursuit, nous pourrions voir d’autres figures historiques, qui ne s’alignent pas avec la vision conservatrice du gouvernement, disparaître des mémoires collectives. La question demeure : jusqu’où ira cette politique de réécriture de l’histoire ?
Sources
Visuel — Source : www.lemonde.fr




