Pour le Sénat, seuls les réseaux sociaux qui nuisent l’« épanouissement physique, mental ou moral » des adolescents de moins de 15 ans devraient être interdits. La chambre haute a approuvé, mardi 31 mars, la proposition de loi (PPL) adoptée fin janvier par l’Assemblée nationale.
Table Of Content
- Une vérification d’âge pour tous les utilisateurs d’ici janvier 2027
- Des systèmes de captation de l’attention
- Oui, on s’en doute : vous en avez assez
- Ce qui se passe réellement
- Une vérification d’âge pour tous les utilisateurs d’ici janvier 2027
- Pourquoi cela dérange
- Ce que cela implique concrètement
- Lecture satirique
- Effet miroir international
- À quoi s’attendre
- Sources
Le texte en question, poussé par Renaissance, a été largement remanié par les sénateurs en commission, notamment sur la liste des plateformes concernées par une telle législation. Le Sénat estime qu’il revient au ministère chargé du Numérique de décider des réseaux sociaux en question, après consultation de l’Arcom. Les plateformes échappant à la loi resteraient quant à eux accessibles, avec accord parental.
Une vérification d’âge pour tous les utilisateurs d’ici janvier 2027
Une majorité de députés avait adopté, dans la nuit du lundi 26 au mardi 27 janvier, une proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Avec cette mesure, ses partisans – dont le camp présidentiel et Emmanuel Macron en personne – estiment pouvoir protéger la santé des adolescents. Le président de la République, Emmanuel Macron, attaché à cette réforme qui marquerait son second quinquennat, avait alors salué « une étape majeure ».
« Parce que le cerveau de nos enfants n’est pas à vendre. Ni aux plateformes américaines, ni aux réseaux chinois », a-t-il ajouté, sur son compte X. S’il est adopté définitivement, la France deviendrait le deuxième pays à se doter d’une législation aussi restrictive pour les mineurs, après l’Australie qui a interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, début décembre.
Le gouvernement souhaite aller vite, avec une interdiction mise en œuvre dès la rentrée 2026 pour les nouveaux comptes, et une vérification d’âge effective pour tous les utilisateurs – y compris les comptes déjà existants – d’ici le 1er janvier 2027. Le texte originel, porté par la députée Laure Miller, prévoyait que « l’accès à un service de réseau social en ligne fourni par une plateforme en ligne (soit)interdit aux mineurs de quinze ans ».
Le texte avait reçu le soutien du camp gouvernemental, de l’extrême droite (RN-UDR) et de la majorité des élus socialistes. Seuls la France insoumise et deux députés du groupe écologiste avaient voté contre. Durant les débats, le député insoumis Arnaud Saint-Martin a dénoncé « une forme de paternalisme numérique » et une réponse « simpliste ».
Plusieurs amendements visant à contraindre les plateformes de réseaux sociaux – fustigés par Laure Miller et Anne le Hénanff – ont été adoptés. Il y aura « encore de multiples occasions de réajuster le texte », a toutefois estimé l’entourage de la députée macroniste.
Des systèmes de captation de l’attention
Le texte entendait aussi étendre l’interdiction des téléphones portables aux lycées, comme c’est déjà le cas dans les écoles et les collèges. Les députés ont adopté une réécriture de cette mesure, prévoyant désormais que le règlement intérieur des lycées précise « les lieux et les conditions d’utilisation » des téléphones portables. À défaut, cette utilisation est « interdite pendant les cours » et « dans les couloirs, mais autorisée dans une zone définie de la cour », prévoit l’amendement.
Les réseaux comme TikTok, Snapchat ou encore Instagram, devenus omniprésents dans la vie des adolescents, nuisent gravement à leur santé mentale, a alerté au début du mois l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Les risques listés sont nombreux, entre cyberharcèlement, comparaison permanente ou exposition à des contenus violents. Sont également pointés les systèmes de captation de l’attention, au détriment du sommeil.
Depuis cet été, la publication par la Commission européenne de nouvelles lignes directrices a permis d’ouvrir la voie à une régulation, dans le droit national, de l’accès aux réseaux sociaux sous un certain âge. « Les plateformes ne respectant pas l’interdiction (…) seront passibles de sanctions pouvant s’élever jusqu’à 6 % de leur chiffre d’affaires », a déclaré Laure Miller.
Pour que l’interdiction devienne une réalité, un système de vérification d’âge efficace pourrait être mis en place. Des travaux sont en cours au niveau européen. Un « tiers de confiance », qui ne serait « ni l’État ni les plateformes de réseaux sociaux » pourrait procéder soit par reconnaissance faciale, soit par téléchargement de documents d’identité, a avancé, lundi 26 janvier, le chef de file des élus macronistes, Gabriel Attal.
Reste à savoir si la mise en application de ce texte sera réalisable. La principale difficulté du texte réside dans l’obligation de conformité avec le droit européen – plus précisément avec son règlement sur les services numériques (DSA). L’objectif du camp présidentiel est de ne pas subir le même sort qu’une loi de 2023, censée instaurer une majorité numérique à 15 ans, n’ayant jamais pu être appliquée.
Oui, on s’en doute : vous en avez assez
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Réseaux sociaux : la France, championne du monde du paternalisme numérique
Le Sénat a décidé d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, au nom de la protection des adolescents. Une belle promesse, mais à quel prix ?
Le 31 mars, le Sénat a approuvé une proposition de loi (PPL) visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux adolescents de moins de 15 ans. Une initiative qui, sous couvert de protection, pourrait bien masquer un paternalisme numérique à la française. Après tout, qui mieux que l’État pour savoir ce qui est bon pour nos enfants ?
Ce qui se passe réellement
Cette proposition, soutenue par Renaissance et largement remaniée par les sénateurs, stipule que seuls les réseaux sociaux nuisant à l’« épanouissement physique, mental ou moral » des jeunes devraient être interdits. Le ministère chargé du Numérique aura la lourde tâche de décider quels réseaux sont concernés, après consultation de l’Arcom. Les plateformes échappant à la loi resteront accessibles, mais avec un accord parental. En somme, un joli tour de passe-passe législatif.
Une vérification d’âge pour tous les utilisateurs d’ici janvier 2027
Le texte, adopté par une majorité de députés, a été salué par Emmanuel Macron comme une « étape majeure » pour protéger la santé des adolescents. Mais qui peut croire que l’interdiction des réseaux sociaux va réellement résoudre les problèmes de santé mentale des jeunes ? La France deviendrait ainsi le deuxième pays à adopter une législation aussi restrictive, après l’Australie. Une belle compétition pour savoir qui sera le plus autoritaire.
Le gouvernement prévoit une mise en œuvre rapide, avec une interdiction dès la rentrée 2026 pour les nouveaux comptes et une vérification d’âge pour tous les utilisateurs d’ici 2027. Mais qui va s’assurer que cette vérification soit efficace ? Un « tiers de confiance » ? On espère juste qu’il ne s’agisse pas d’un algorithme de TikTok.
Pourquoi cela dérange
Cette législation soulève de nombreuses incohérences. D’un côté, on veut protéger les jeunes des dangers des réseaux sociaux, mais de l’autre, on leur laisse accès à d’autres plateformes avec un simple accord parental. C’est un peu comme interdire la viande rouge tout en permettant les hamburgers. Les députés insoumis dénoncent un « paternalisme numérique », et on ne peut que leur donner raison. Qui a dit que la liberté d’expression était un droit inaliénable ?
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences de cette loi pourraient être désastreuses. Les adolescents, déjà en proie à des problèmes de santé mentale, pourraient se retrouver encore plus isolés. Au lieu de les éduquer à une utilisation responsable des réseaux sociaux, on choisit la solution de facilité : les interdire. Une approche qui rappelle les méthodes autoritaires de certains régimes, où la censure est la norme.
Lecture satirique
En somme, cette initiative semble plus être une opération de communication qu’une véritable volonté de protéger les jeunes. Le gouvernement, en se posant en sauveur, oublie que la meilleure manière d’éduquer est de dialoguer, pas de censurer. Ce n’est pas le cerveau de nos enfants qui est à vendre, mais bien la liberté d’expression qui est en jeu.
Effet miroir international
Ce type de législation ne fait pas que rappeler les dérives autoritaires à l’étranger. Aux États-Unis, des lois similaires sont mises en place, souvent sous couvert de sécurité nationale. En Russie, la censure est devenue une norme. La France, en adoptant cette loi, ne fait que suivre une tendance inquiétante qui menace les libertés individuelles.
À quoi s’attendre
Si cette loi est adoptée, il est fort probable que d’autres pays emboîtent le pas. La France pourrait devenir un modèle de paternalisme numérique, où l’État décide ce qui est bon pour ses citoyens. Une perspective qui fait froid dans le dos.
Sources



