Qui libérera Christophe Gleizes ? Entre le pape et la diplomatie des otages

Condamné à 7 ans de prison, le journaliste français est l’otage d’un bras de fer franco-algérien. La visite pontificale n’y changera rien, selon le journal-Pravda d’Alger.

Christophe Gleizes, le journaliste sportif détenu par Alger depuis le 29 juin 2025, sera-t-il libéré avant – ou juste après – la visite historique du pape Léon XIV à Alger, prévue du 13 au 15 avril ? Condamné en première instance à Tizi Ouzou après un reportage en Kabylie, l’homme attend son sort depuis des mois. Sur la question de sa libération imminente, les petits couloirs de la diplomatie française grimacent : avec les susceptibilités algériennes explosives, on navigue à vue.

Ce qui se passe réellement

Le précédent de Boualem Sansal, presque soumis aux yoyos d’une véritable bourse de rumeurs pendant un an, a laissé des traces amères et bride les pronostics de cette tragédie ; pour le journaliste français, la « grâce » algérienne, même sous l’autorité du pape, demeure incertaine. Alger s’est installé, depuis peu, dans la diplomatie des otages, sans raison apparente d’y renoncer aujourd’hui. D’ailleurs, on reste sceptique sur l’engagement du souverain pontife lui-même, peu enclin « au politique », bien qu’enclin au « spirituel ». Alors, imaginer Alger faire le « geste » pour plaire à son illustre visiteur ? Là encore, on hésite à espérer.

D’abord parce que, et surtout, c’est l’affaire Amir DZ qui semble verrouiller le jeu de la négociation franco-algérienne. Cet influenceur algérien établi en France, victime d’une tentative de kidnapping, sinon de meurtre, que l’on impute directement à Alger, reste un sujet de fixation pour la capitale algérienne. D’autant que la France, où l’indépendance de la justice a même décidé de l’incarcération d’un président de la République, Sarkozy lui-même, ne peut pas influer pour libérer le vice-consul algérien mis en cause dans ce dossier et qu’Alger réclame avec insistance, tout en gardant, dans l’autre main, la carte « Christophe Gleizes ».

Une rencontre perçue comme un court-circuitage

« Ça sera un scandale d’État si Macron pèse sur le juge pour libérer le diplomate algérien », jure-t-on. D’autant que celui-ci est incarcéré avec d’autres sous le titre d’« association de malfaiteurs » : « on ne peut libérer l’un pour aller faire le procès des autres, de petites mains », expliquent certains observateurs.

Le pape Léon XIV réussira-t-il comme aurait réussi, en prête-nom efficace, le président allemand pour Sansal ? Si tout allait dans le sens du bon épilogue cette fois, voilà qu’un éditorial très piqué du très officiel El Moudjahid, le journal-Pravda d’Alger, publie une violente remontrance sous le titre « Le dernier acte du cirque Macron ». La rencontre de Macron avec le pape Léon, prévue les 9 et 10 avril 2026 au Vatican, à la veille du départ du pape vers Alger le 13, est perçue comme un court-circuitage en bonne et due forme.

Le porte-voix d’Alger précise : « Il s’agit là d’un épisode diplomatique où les coïncidences semblent trop parfaites pour être fortuites. » Qu’y voit Alger ? Une manœuvre d’accaparement habile. « Que pourrait chercher ou demander le président français au pape ? Essayerait-il de tirer profit de la visite du souverain pontife en Algérie pour tenter d’influer indirectement sur un dossier judiciaire, qui est celui du journaliste Christophe Gleizes, condamné par le tribunal, puis par la cour d’appel de Tizi Ouzou à sept ans de prison ferme pour apologie du terrorisme ? (peine confirmée le 3 décembre 2025, NDLR)

Isolement diplomatique catastrophique

Macron est ouvertement accusé de chercher l’intercession du pape pour libérer le journaliste. Est-ce un tort ? Un calcul ? Peut-être. Alger l’accepte-t-il ? Non. Et elle s’explique avec véhémence, anticipant la fin de non-recevoir qu’elle va peut-être lui opposer cette semaine.

On avance déjà la raison dans El Moudjahid : « faire intervenir une tierce autorité spirituelle dans une affaire judiciaire relevant d’un État indépendant n’est pas un geste anodin ni innocent, surtout lorsque l’on prend bien connaissance du fond du dossier ». Contre le journaliste français, les grands versets sont déjà l’atteinte à « l’intégrité du territoire », à la « souveraineté nationale ». Cela aggrave le chef d’inculpation d’une tentative de déstabilisation en association avec le fameux mouvement autonomiste kabyle, le MAK, classé organisation terroriste en Algérie depuis 2021. On sait combien subir les colères de ces concepts quasi divins dans certains régimes politiques peut coûter.

À la fin, Macron, au Vatican, est accusé d’agitation sans lendemain, presque. « M. Macron, affaibli sur la scène intérieure, cherche peut-être à afficher une posture de protection et d’influence à l’international. Tel est le dernier acte du cirque Macron. » La messe est dite, et sans le pape vraisemblablement.

Pour Gleizes, l’espoir apparaît ténu. Mais certains le nourrissent encore : isolé, Alger peut céder à l’intercession du pape, car cela rejaillirait un peu sur son statut international, entamé par un isolement diplomatique catastrophique. En Algérie, on peut estimer qu’une telle issue – obtenue sous l’égide du souverain pontife – permettrait à Tebboune de céder sans perdre la face, tout en donnant à voir un régime qui reste fort, notamment face à son ex-colonisateur. Peut-être est-ce d’ailleurs cette libération, préparée en coulisses à Alger par Tebboune, que Macron aurait court-circuitée pour en devenir le coauteur ; ce qui expliquerait que les autorités algériennes ne le lui pardonnent pas. À suivre. Et croisons les doigts pour notre confrère.

Pourquoi cela dérange

La situation de Gleizes met en lumière les incohérences de la diplomatie française, qui semble parfois plus préoccupée par les apparences que par les droits humains. La volonté de Macron d’impliquer le pape dans une affaire judiciaire soulève des questions éthiques et politiques, tout en révélant une certaine impuissance face à un régime algérien qui joue habilement de ses cartes.

Ce que cela implique concrètement

La détention de Gleizes et l’absence de progrès dans sa libération illustrent les tensions persistantes entre la France et l’Algérie, exacerbées par des enjeux politiques internes et externes. Cela pourrait également avoir des répercussions sur la perception de la France dans le monde arabe et au-delà, où l’on scrute les actions de Paris avec un regard critique.

Lecture satirique

Le cirque diplomatique autour de Gleizes rappelle les grandes manœuvres de la politique internationale, où les droits humains semblent souvent relégués au second plan. La promesse d’une libération sous l’égide du pape apparaît comme une tentative désespérée de redorer le blason d’un président en perte de vitesse, tout en mettant en lumière les contradictions d’un discours qui prône les valeurs universelles.

Effet miroir international

Cette situation n’est pas sans rappeler les dérives autoritaires d’autres régimes, où la justice est souvent instrumentalisée à des fins politiques. La comparaison avec des pays comme la Russie ou les États-Unis, où la liberté de la presse est également menacée, souligne l’universalité des enjeux liés à la liberté d’expression.

À quoi s’attendre

La situation de Gleizes reste incertaine, mais les tendances actuelles laissent entrevoir un possible statu quo. Les manœuvres diplomatiques pourraient continuer à stagner, à moins qu’une pression internationale significative ne vienne changer la donne.

Sources

Source : www.lepoint.fr

Visuel — Source : www.lepoint.fr
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