Qui est méprisant ? Ces dernières années, l’accusation de « mépris de classe » est venue à la bouche ou parvenue aux oreilles de tout un chacun. Pour François Bégaudeau, cette formule d’inspiration bourdieusienne a été largement dévoyée, au point d’être devenue un outil à l’usage de l’extrême droite et du marché global. Dans Du mépris, publié chez Cause perdue, la maison d’édition indépendante qu’il a cocréée, l’auteur livre cette mise au clair sur le poncif accusatoire et invoque le recours à la « culture populaire » face à la bourgeoisie.

Comment en êtes-vous venu à écrire un essai sur le mépris ?

François Bégaudeau

romancier et essayiste

Le mépris est un affect qui me passionne, un grand sujet psychologique, et c’est par ailleurs un mot qu’on rencontre beaucoup aujourd’hui sur la scène des discours. Cela ne date pas d’hier que les gens se reprochent d’être méprisants, mais l’accusation a maintenant un usage politique.

On parlait peu de « mépris de classe » dans les années 1980-1990, une période où la notion de classe sociale elle-même avait commencé à disparaître des débats. Aujourd’hui, cette expression est au cœur du jeu discursif politique et prend des sens multiples. Les gens de gauche en accusent la bourgeoisie, soit. Mais on entend aussi la formule dans la bouche de l’extrême droite comme de la droite libérale.

On a, par exemple, pu lire ici ou là que Nicolas Sarkozy avait subi du « mépris de classe » de la part de la noblesse d’État. Dans mes essais, j’essaye toujours de démêler une embrouille, une confusion. Manifestement, ici, il y en a une.

Vous écrivez cependant que « le focus sur le mépris de classe, loin de remettre le doigt sur le rapport de classe, l’édulcore, l’évince ». La formule accusatrice n’aurait donc pas permis de réhabiliter la lecture de classe ?

Dans un premier temps, oui. Au moment des gilets jaunes, par exemple, on s’est remis à parler de rapports…

Qui est méprisant ? L’extrême droite se drape dans le mépris de classe

L’accusation de « mépris de classe » a pris d’assaut le discours politique, mais qui en est vraiment le maître ?

Dans un monde où l’accusation de mépris de classe est devenue monnaie courante, François Bégaudeau s’attaque à ce concept dévoyé. Dans son essai *Du mépris*, il dénonce l’utilisation de cette formule par l’extrême droite, qui semble avoir trouvé un nouvel outil pour masquer ses propres contradictions. Mais qui est vraiment méprisant ici ?

Ce qui se passe réellement

François Bégaudeau, romancier et essayiste, souligne que le mépris est devenu un sujet de débat politique. Alors que dans les années 80-90, la notion de classe sociale était presque absente des discussions, aujourd’hui, elle est au cœur des discours, souvent manipulée par des acteurs politiques de tous bords. L’extrême droite, en particulier, s’approprie cette accusation pour se poser en victime d’un prétendu mépris de la bourgeoisie. Un comble pour ceux qui ont souvent méprisé les classes populaires !

Pourquoi cela dérange

Le mépris de classe, loin de remettre en question les rapports de classe, les édulcore. En accusant la bourgeoisie de mépris, l’extrême droite détourne l’attention des véritables injustices sociales. Au lieu de parler de lutte des classes, on se retrouve avec des discours qui ne font que renforcer les clivages. C’est un peu comme si l’on accusait un crocodile de mépriser un poisson parce qu’il préfère les steaks !

Ce que cela implique concrètement

Cette manipulation du discours a des conséquences directes. Les véritables luttes sociales sont étouffées sous un flot de faux-semblants. Les Gilets jaunes, par exemple, ont tenté de ramener la question des classes sur le devant de la scène, mais leur message a été noyé dans un océan de mépris accusatoire. La réalité, c’est que ceux qui crient au mépris sont souvent ceux qui l’exercent le plus.

Lecture satirique

Il est fascinant de voir comment des figures comme Nicolas Sarkozy se plaignent de mépris de classe tout en ayant été eux-mêmes les architectes de politiques qui creusent les inégalités. C’est un peu comme si un chef de cuisine se plaignait que ses clients n’aiment pas son plat, alors qu’il a oublié de mettre du sel. La déconnexion entre promesses et réalité est frappante, et la satire est ici notre meilleure arme pour dénoncer cette hypocrisie.

Effet miroir international

À l’étranger, des leaders autoritaires utilisent également le mépris comme un outil de manipulation. Que ce soit aux États-Unis ou en Russie, le mépris de classe est souvent utilisé pour diviser et régner. Les discours se ressemblent, et les conséquences sont les mêmes : un éloignement croissant entre les élites et le peuple.

À quoi s’attendre

Si cette tendance se poursuit, nous pouvons nous attendre à une montée des tensions sociales. Les véritables problèmes économiques et sociaux seront masqués par des accusations de mépris, laissant les véritables injustices dans l’ombre. La question est : qui va vraiment en payer le prix ?

Sources

Source : www.humanite.fr

François Bégaudeau, romancier : « Le mépris est une arme politique bien supérieure à la haine »
Visuel — Source : www.humanite.fr
Partager ici :
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire