Quand la sécurité devient une blague : l’ironie du Honduras
À San Pedro Sula, la lutte contre les gangs se transforme en une farce tragique où l’extorsion devient un « service » et la violence, une norme.
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Il suffit de se rendre dans le quartier Rivera Hernández de San Pedro Sula pour constater l’échec de la stratégie contre les gangs du gouvernement du Honduras, qui a voulu mettre en place des mesures répressives comparables à celles imposées par Nayib Bukele au Salvador. Mais qui aurait cru que la solution à la violence serait de faire appel à la Mara Salvatrucha pour assurer la sécurité ?
Ce qui se passe réellement
À l’entrée du quartier, un chauffeur de taxi, identifié sous le nom de “Monsieur J.”, explique les petits changements dans son travail : “Vous savez, ce qu’on verse ne s’appelle plus de l’‘extorsion’. Ce sont des frais pour l’usage des équipements. Si vous utilisez la station de taxis, il faut rémunérer le gang. Si vous ne l’utilisez pas, vous ne payez pas. C’est aussi simple que ça.” Monsieur J. vit dans l’un des quartiers les plus dangereux du Honduras et, depuis près de cinquante ans, il est témoin de la violence des gangs. Selon lui, Rivera Hernández est aujourd’hui l’un des lieux les plus “sûrs” du pays. La façon dont il le justifie paraît toutefois contradictoire :
“Maintenant, nous sommes plus en sécurité, car c’est la Mara Salvatrucha qui gouverne.”
Le Honduras enregistre depuis longtemps l’un des taux d’homicides les plus élevés d’Amérique latine, et le quartier de Rivera Hernández, à San Pedro Sula, est cité comme la preuve la plus fiable de cette violence.
Pourquoi cela dérange
Cette situation soulève des questions sur la logique des politiques de sécurité. Si la violence est désormais régulée par les gangs, où est la place de l’État ? La promesse d’une sécurité retrouvée se transforme en une acceptation cynique de la domination des gangs, où l’extorsion devient un « service » et non plus un crime.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences sont désastreuses. Les habitants vivent sous la menace permanente d’une violence institutionnalisée, où le choix se résume à payer pour « l’utilisation » d’un service. La normalisation de cette extorsion pose la question de la légitimité de l’État et de son rôle dans la protection de ses citoyens.
Lecture satirique
Il est fascinant de voir comment les discours politiques promettent des solutions radicales tout en livrant les citoyens à la loi des gangs. La promesse de sécurité se heurte à la réalité d’une gouvernance par la peur, où les gangs deviennent les véritables autorités. Ironiquement, la solution à la violence est devenue une forme de partenariat avec le mal.
Effet miroir international
Cette situation rappelle les dérives autoritaires observées ailleurs, où des gouvernements, sous prétexte de sécurité, renforcent leur contrôle en s’alliant avec des forces obscures. Que ce soit aux États-Unis, en Russie ou ailleurs, la logique est la même : sacrifier la liberté au nom de la sécurité.
À quoi s’attendre
Si cette tendance se poursuit, on peut s’attendre à une banalisation de la violence et à une acceptation croissante de l’autoritarisme. Les citoyens, désabusés, pourraient finir par croire que vivre sous la coupe des gangs est la nouvelle normalité.
Sources
Source : www.courrierinternational.com