Alors que les tambours de guerre résonnent sur toute la planète, une chanson bretonne publiée en 1834 par Alexandre Ledan rappelle la farouche determination des Bretons à défendre leur pays. La chanson s’appelle An electionou ( Les élections). Elle est publiée dans la revue bilingue Mignon al Labourer (L’ami de l’agriculteur). Les électeurs sont rares sous Louis Philippe (1% de la population), ils ont peu de pouvoir, se moque le chansonnier, si ce n’est de recruter la garde nationale du village, une milice de parade !
Pegen brav ez eo d’ar gouelioù
Gwelet hon holl yaouankiz
Oc’h orniñ beg o fuzuilhoù
Gant bokedoù brav eskiz !
Sellit o feson vaillant
Da ouel kaer ar sakramant
( Que c’est beau lors de nos fêtes, de voir notre jeunesse orner le bout de leurs fusils de jolis fleurs, regardez comme ils sont vaillants lors de la fête du Saint-sacrement).
Table Of Content
Pour leur donner du coeur à l’ouvrage le chansonnier nous rappelle les grands faits d’armes du passé :
Mar teufe Yann Saoz d’hon bro
War e fri en devezo
E-lec’h ur forc’h, e-lec’h ur bal
E ve pesantet dezhañ
Baionetez, sabrenn raktal
Da doullañ e gof bremañ
Soñj o defe da viken
Ouzh keltiked torr-e-benn.
(Si John l’Anglais venait à débarquer dans notre pays, sur son nez il attraperait. Au lieu d’une fourche ou d’une pelle on lui présentera tout de suite une baïonnette ou un sabre pour lui transpercer le ventre. Il se souviendra toujours des Celtes qui cassent les têtes).
Il n’y a pas que les Anglais qui sont en ligne de mire il y a aussi les vikings :
Pa zibarkas an Dannoaed
En hor bro, pell amzer ‘zo
E kroaz Mil-gwern voent pladet,
Ha kempennet tro-war-dro.
Eno e voent sur, ma feiz,
Frotet mat gant Paotred Breizh
( Quand les Danois débarquèrent dans notre pays il y a longtemps, il furent écrasés et battus à la Croix de Mil-Gwern . Là, ma foi, ils furent étrillés par les gars de Bretagne.)
Mais le souvenir des guerres napoléoniennes n’est pas loin avec, suite au Traité de Paris de 1815, l’occupation d’une partie de la France par les Anglais, les Russes les Autrichiens, les Allemands et même les Suisses ! Peu se souviennent que les Prussiens ont occupés une partie de la Haute Bretagne pendant trois ans de 1815à 1818 !
M’o defe biken ar Saozon
Na soudarded ar Rusi
C’hoant dont warnomp, en nep saezon
O defe un troadad fri ;
Reketomp kentoc’h bepred
Ma vezimp holl mignoned
(Si jamais les Anglais ou les soldats de Russie voulaient venir à nous, quelle que soit la saison, ils prendraient un coup sur leur nez ; Souhaitons plutôt que toujours nous soyons tous amis !)
Une belle morale pour cette chanson qui devrait servir de devise à notre XXIème siècle.
Gouzout Muioc’h / Pour aller plus loin
Alexandre Ledan, An electionou in Mignon al labourer, Archives départementales du Finistère. pp259-261
Alexandre Ledan, An electionou, Manuscrit, Bibliothèque de Morlaix. Carnet N°4, p.334-342. Site du CRBC de Brest
Référence historiques
Kroaz Mil Gwern e Gwiseni : Ouest-France 27/10.2016 lire en ligne
Wikipedia : Traité de Paris 1815, lire en ligne
Georges Carrot, La garde nationale et la politique des réserves 1789-1971, Persée lire en ligne
Quand la Bretagne chante la résistance : un écho du passé face aux dérives d’aujourd’hui
Une chanson bretonne de 1834 rappelle la détermination des Bretons à défendre leur terre, un message qui résonne étrangement dans notre époque troublée.
Alors que les tambours de guerre résonnent sur toute la planète, une chanson bretonne publiée en 1834 par Alexandre Ledan, intitulée An electionou (Les élections), nous plonge dans un passé où la résistance était une nécessité. Dans une France où seulement 1% de la population avait le droit de vote sous Louis-Philippe, le chansonnier se moque de l’impuissance des électeurs, réduits à recruter une milice de parade pour défendre leur village.
Ce qui se passe réellement
Dans An electionou, Ledan évoque avec ironie la fierté des jeunes Bretons, ornant leurs fusils de fleurs lors des fêtes, tout en rappelant les luttes passées contre les envahisseurs. Les vers tels que : Mar teufe Yann Saoz d’hon bro (Si John l’Anglais venait à débarquer dans notre pays) illustrent une volonté farouche de défendre la terre bretonne. Les Danois et autres envahisseurs sont également dans le viseur, rappelant que l’histoire est jalonnée de combats pour la liberté.
Pourquoi cela dérange
Ce qui dérange, c’est le décalage entre la bravoure chantée et la réalité actuelle. Les discours politiques contemporains, souvent empreints de nationalisme et de militarisme, semblent ignorer les leçons du passé. La chanson, tout en célébrant la résistance, met en lumière l’absurdité de glorifier la guerre tout en étant impuissant face aux véritables enjeux de société.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences sont claires : un appel à la mobilisation pour défendre des valeurs, mais aussi une critique des gouvernements qui, au lieu de rassembler, divisent. La nostalgie d’un passé glorieux ne doit pas occulter les défis contemporains, comme la montée des extrêmes et des politiques autoritaires qui, sous couvert de patriotisme, menacent la démocratie.
Lecture satirique
En somme, la chanson de Ledan pourrait servir de miroir aux discours politiques actuels. Les promesses de sécurité et de grandeur nationale sont souvent déconnectées de la réalité vécue par les citoyens. Les dirigeants qui brandissent la baïonnette comme symbole de fierté devraient se rappeler que la véritable force réside dans l’unité et la solidarité, et non dans la militarisation des esprits.
Effet miroir international
À l’échelle mondiale, les parallèles avec les politiques autoritaires, notamment aux États-Unis ou en Russie, sont frappants. La glorification de la force et du nationalisme, tout en écrasant les voix dissidentes, rappelle les dérives que Ledan dénonçait déjà au XIXe siècle. Les leçons de l’histoire semblent se répéter, et il est temps de les prendre au sérieux.
À quoi s’attendre
Si les tendances actuelles persistent, nous pouvons nous attendre à une intensification des discours nationalistes et militaristes, qui ne feront qu’accentuer les divisions. La chanson de Ledan, avec sa morale sur l’amitié entre les peuples, devrait nous inciter à chercher des solutions pacifiques plutôt qu’à brandir des armes.
Sources
Source : www.tresor-breton.bzh




