Quand Ben Gourion insultait les juifs marocains enrôlés dans l’armée israélienne

En mai 2015, des dizaines de milliers d’Israéliens d’origine éthiopienne dénonçaient la discrimination persistante, rappelant que leurs prédécesseurs, les juifs d’origine arabe, avaient subi le même mépris.

En mai 2015, des dizaines de milliers d’Israéliens d’origine éthiopienne descendaient dans les rues pour dénoncer la discrimination qu’ils disent endurer depuis des années. Ils ont même menacé le pouvoir d’une « Intifada noire ». Soixante ans plus tôt, les juifs en provenance de pays arabes et musulmans étaient logés à la même enseigne, subissant toute sorte de mépris et de haine de la part de la classe dirigeante en Israël de l’époque : les Ashkénazes d’Europe.

C’est ce qui a été révélé dans un article paru dans le quotidien Haaretz écrit par Shay Hazkani, historien et enseignant à l’université de New York, sur le statut des soldats Sépharades enrôlés dans les rangs de l’armée israélienne. Même s’ils étaient numériquement plus nombreux que leurs « collègues » Ashkénazes, ils occupaient le bas de l’échelle.

Pour étayer son analyse, l’auteur s’appuie sur une étude confidentielle confiée en 1951 à un colonel de l’armée, Ezra Orson. Hazkani nous apprend qu’après avoir interviewé une dizaine d’experts et visité des sites militaires, le constat d’Orson est sans appel, pointant du doigt une « ségrégation » contre les juifs originaires des pays arabes.

Ce qui se passe réellement

L’historien assure que cette « ségrégation » n’était pas le fait du hasard ou de comportements isolés de la part de certains hauts gradés, mais la conséquence d’une politique tracée par l’establishment. Hazkani cite des extraits d’un discours du Premier ministre David Ben Gourion (14 mai 1948 – 26 janvier 1954).

En avril 1950, devant des chefs de l’armée, l’homme politique, Ashkénaze d’origine polonaise, n’avait pas hésité à traiter les Sépharades de « canailles ». « Les juifs en provenance du Maroc n’ont jamais fréquenté d’école. Leurs traditions sont celles des Arabes (…) Jusqu’à présent, je n’ai repéré aucun changement dans leurs comportements et je pense qu’il faut attendre la troisième génération pour voir les premiers signes du changement », a-t-il déclaré. Et d’ajouter que « les juifs marocains ont appris beaucoup des Marocains arabes. Je ne crois pas qu’il y a quelques choses à apprendre des juifs marocains arabes. La culture marocaine n’est pas la bienvenue ici ».

Pourquoi cela dérange

Cette vision rétrograde et méprisante de Ben Gourion soulève des questions sur l’hypocrisie de ceux qui se présentent comme les champions de l’égalité. Comment peut-on prôner l’unité tout en dénigrant une partie de sa propre communauté ? C’est un peu comme si un chef de cuisine prétendait aimer la gastronomie tout en crachant sur les plats de sa propre culture.

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences de ces discours sont palpables : une division au sein de la société israélienne qui perdure, alimentant des tensions raciales et culturelles. Les soldats Sépharades, malgré leur nombre, se retrouvent marginalisés, illustrant une réalité où les promesses d’égalité sont souvent contredites par des actes de discrimination.

Lecture satirique

Il est fascinant de constater à quel point les discours politiques peuvent être déconnectés de la réalité. Ben Gourion, en se posant en gardien de la culture israélienne, ne réalise pas qu’il renforce les stéréotypes qu’il prétend combattre. C’est un peu comme si un chef d’État prônait la diversité tout en ne servant que des plats d’un seul pays. Ironique, n’est-ce pas ?

Effet miroir international

Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres dérives autoritaires à travers le monde. Aux États-Unis, par exemple, les discours sur l’immigration et l’identité nationale se heurtent souvent à des préjugés similaires. La peur de l’autre, qu’il soit juif marocain ou immigrant latino, semble transcender les frontières.

À quoi s’attendre

Si l’histoire nous a appris quelque chose, c’est que les discours de haine et de mépris ne font que renforcer les divisions. À l’avenir, il est à craindre que ces tensions continuent de s’intensifier, à moins qu’un véritable dialogue ne soit engagé.

Sources

Source : www.yabiladi.com

Visuel — Source : www.yabiladi.com
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