À six mois de l’élection présidentielle de 2027, Marine Le Pen apparaît largement en tête des intentions de vote, mais les précédents scrutins rappellent qu’une avance dans les enquêtes d’opinion ne garantit pas la victoire. De François Hollande en 2012 à Alain Juppé, favori un temps en 2017, les trajectoires ont souvent évolué avant le vote.

Des favoris parfois confirmés

En 2022, les sondages placent Emmanuel Macron en tête dès la mi-octobre. Une enquête Ifop-Fiducial pour TF1 lui attribue alors 24 % des intentions de vote au premier tour, devant Marine Le Pen (17 %), Éric Zemmour (16 %) et Xavier Bertrand (15 %). Les instituts le donnent également gagnant au second tour. Le président sortant est finalement réélu avec 56 % des voix, contre 44 % pour Marine Le Pen.
Le scénario de 2012 est lui aussi relativement conforme aux premières prévisions. En novembre, une étude OpinionWay pour LCI place François Hollande en tête du premier tour, à 30 %, devant Nicolas Sarkozy (26 %). Marine Le Pen est créditée de 18 %, tandis que Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou obtiennent chacun 7 %. Le sondage prévoit une nette victoire de Hollande au second tour, avec 58 % des suffrages. Le résultat final est plus serré : il l’emporte avec 51 %.
2017, l’exemple d’un scénario bouleversé
Six mois avant le scrutin de 2017, les repères sont particulièrement incertains. La droite n’a pas encore désigné son candidat : François Fillon ne remporte la primaire qu’à la fin novembre, alors qu’Alain Juppé est présenté comme le favori quelques semaines auparavant. François Hollande, de son côté, n’a pas encore renoncé à se représenter.
Dans une enquête Kantar Sofres-Onepoint pour LCI, Alain Juppé et Marine Le Pen sont crédités de 28 % au premier tour, loin devant Emmanuel Macron, à 14 %. Le jour du scrutin, c’est pourtant Macron qui arrive en tête, devant Marine Le Pen et François Fillon. La photographie des intentions de vote réalisée plusieurs mois auparavant ne reflète donc pas l’ordre d’arrivée final.
La présidentielle de 2007 illustre une autre limite des sondages : la difficulté à estimer le poids d’un candidat. À la mi-octobre, une enquête TNS Sofres pour LCI donne 36 % à Nicolas Sarkozy et 34 % à Ségolène Royal, alors engagée dans la primaire socialiste. Au premier tour, ils recueillent respectivement 31 % et 25 %. François Bayrou, estimé à 7 % dans ce sondage, atteint finalement 18 %. Nicolas Sarkozy remporte ensuite le second tour avec 53 % des voix.
Des surprises jusque dans les scrutins plus anciens
Les précédentes élections montrent aussi que le duel attendu peut ne pas se produire. En 2002, les pronostics tablent sur une nouvelle confrontation entre Jacques Chirac et Lionel Jospin. Jean-Marie Le Pen se qualifie finalement pour le second tour à la place du candidat socialiste.
En 1995, un sondage Sofres envisage un second tour entre Jacques Delors et Édouard Balladur. La compétition oppose finalement Lionel Jospin à Jacques Chirac, qui l’emporte. En 1988, les enquêtes anticipent correctement l’arrivée en tête et la victoire de François Mitterrand. En 1981, elles prévoient que Valéry Giscard d’Estaing devancera le candidat socialiste au premier tour, mais pas sa défaite au second.
Les scrutins de 1974 et 1969 apportent d’autres démentis. En 1974, une enquête Sofres publiée un mois avant le vote place François Mitterrand devant Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d’Estaing ; Chaban-Delmas termine troisième, tandis que Giscard d’Estaing gagne avec environ 400 000 voix d’avance sur Mitterrand. En 1969, les sondages donnent Alain Poher vainqueur face à Georges Pompidou, qui l’emporte finalement. Et en 1965, Charles de Gaulle est annoncé largement gagnant dès le premier tour : il est mis en ballottage avant de remporter le second avec 55 % des voix.
Ces précédents ne permettent pas de prévoir l’issue de 2027. Ils montrent toutefois que les intentions de vote relevées plusieurs mois avant un scrutin peuvent annoncer le résultat, mais aussi manquer une qualification, sous-estimer un candidat ou mal anticiper le second tour.
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Auteur : Quentin Gérard







