La Russie pourrait chercher à reprendre pied sur le marché européen du gaz, alors que de nouveaux projets de production de gaz naturel liquéfié (GNL) doivent accroître la concurrence dans les prochaines années. C’est l’analyse du magazine russe Monocle, qui estime que Moscou dispose d’une fenêtre de temps limitée pour tenter de retrouver des débouchés en Europe.

Un signal de Vladimir Poutine
Le 27 octobre, lors d’un forum réunissant des pays exportateurs de gaz, Vladimir Poutine a évoqué la possibilité de reprendre les livraisons vers l’Europe. Selon Monocle, cette ouverture répond avant tout à un enjeu économique : assurer l’avenir des exportations russes, plutôt que venir en aide aux acheteurs européens.
Dans une analyse publiée le 2 novembre, le journaliste Evgueni Ogorodnikov présente cette proposition comme une tentative de profiter d’un marché où les prix sont déjà élevés et pourraient encore augmenter dans les mois à venir. Il anticipe une période difficile pour les acheteurs de gaz, mais il s’agit d’une prévision attribuée à l’auteur, et non d’une évolution présentée comme acquise.
Des infrastructures tournées vers l’Europe
Le magazine souligne que Gazprom a bâti pendant des décennies une partie importante de son modèle sur les ventes au marché européen. Le recul de ces débouchés laisse, selon lui, des capacités de production et des infrastructures — notamment des gazoducs, des stations de compression et des installations de stockage — inutilisées ou sous-exploitées.
Monocle estime aussi que l’augmentation des livraisons vers la Chine ne suffirait pas à rentabiliser les équipements situés dans la partie occidentale de la Russie. La perte du marché européen aurait ainsi fortement réduit les revenus de Gazprom à l’exportation, selon l’analyse du magazine.
Une concurrence qui pourrait se renforcer
L’argument central de l’article est celui du calendrier. Dans les cinq prochaines années, de nouveaux projets de production de GNL doivent entrer en service aux États-Unis, au Canada, en Afrique et au Moyen-Orient. Si ces capacités arrivent sur le marché comme prévu, les fournisseurs se disputeront davantage les clients européens.
Pour Monocle, les acheteurs pourraient alors s’engager par des contrats de long terme auprès d’autres fournisseurs. La Russie risquerait, selon le magazine, de perdre durablement une partie de ses anciens débouchés si elle ne revient pas rapidement dans la compétition. Cette perspective reste toutefois une analyse du média russe, qui défend l’intérêt d’un retour du gaz russe en Europe ; elle ne signifie pas qu’une reprise des livraisons a été décidée.
Source : Courrier international – Actualités France et Monde, vidéos, infographies (www.courrierinternational.com)
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