Lors de son discours de réception du Prix de la paix des libraires allemands, le juriste et écrivain Philippe Sands a dénoncé ce qu’il décrit comme le silence de l’Allemagne sur Israël, Gaza et la Cisjordanie. Il a appelé à appliquer le droit international sans distinction entre alliés et adversaires, tout en mettant en garde contre les restrictions au débat public.
Une critique adressée à l’Allemagne
Dans ce discours publié par Voxeurop le 14 octobre 2026, Philippe Sands oppose la réaction allemande face à plusieurs crises internationales à son attitude envers les territoires palestiniens. Il rappelle que Berlin a dénoncé des violences visant notamment les Yézidis et les Ouïghours, ainsi que des situations en Syrie, en Iran, au Myanmar et au Soudan. Mais, selon lui, les prises de parole allemandes sur Israël, Gaza et la Cisjordanie sont restées trop discrètes.
Le juriste juge également préoccupantes les restrictions imposées au débat sur le sujet. Il estime que les critiques des actions israéliennes ne devraient pas être automatiquement assimilées à de l’antisémitisme ou à une hostilité envers Israël. Il reconnaît que des responsables allemands ont commencé à s’exprimer plus fermement, mais considère leurs interventions encore limitées.
La mémoire de l’histoire allemande rend cette question particulièrement sensible, souligne-t-il. Pour Sands, elle ne devrait toutefois pas empêcher de dénoncer des crimes présumés lorsqu’ils sont commis par des alliés. Il défend une responsabilité politique fondée sur l’application universelle des règles, plutôt que sur les relations entre États.
Le droit international comme cadre commun
Sands revient sur les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, qu’il qualifie d’effroyables. Il rappelle avoir alors cosigné une tribune avec d’autres juristes britanniques et juifs, dans laquelle ils reconnaissaient le droit d’Israël à se défendre tout en affirmant que ce droit devait respecter le droit international.
Dans son discours, il considère que des crimes internationaux ont été commis en Israël le 7 octobre, puis à Gaza et en Cisjordanie. La qualification juridique de ces actes demeure disputée, note-t-il. Il met en garde contre un débat qui se concentrerait uniquement sur la question du génocide : selon lui, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité ne sont pas moins graves et doivent eux aussi donner lieu à des poursuites lorsqu’ils sont établis.
Sa conclusion s’appuie sur une conception de l’État de droit dans laquelle les mêmes normes s’appliquent aux États, à leurs adversaires comme à leurs partenaires. Le droit international, reconnaît-il, n’est ni parfait ni toujours efficace. Il le présente néanmoins comme un cadre indispensable face à l’usage de la force et à l’impunité.
Du silence familial à la prise de parole publique
Le discours relie cette position à l’histoire personnelle de Sands. Petit-fils de survivants de la Shoah, il raconte avoir grandi dans une famille où le passé était peu évoqué et où les références allemandes étaient absentes. Il dit n’avoir découvert qu’à l’âge adulte des documents familiaux, notamment des actes de naissance, des passeports et des ordres de déportation.
Cette expérience a nourri son travail d’écrivain et de juriste. Dans ses ouvrages, explique-t-il, il s’intéresse aux silences des familles, des communautés et des pays, ainsi qu’à la manière dont les récits peuvent faire apparaître des faits que les institutions ou les individus préfèrent taire. Il cite notamment les juristes Hersch Lauterpacht et Rafael Lemkin, associés à la construction du droit international après la Seconde Guerre mondiale.
Sands appelle enfin à protéger les écrivains et les juristes contre les menaces et les sanctions, afin qu’ils puissent décrire les violences et questionner les pouvoirs. Pour lui, la mémoire historique n’a de portée que si elle conduit à défendre les mêmes principes dans les crises présentes.
Source : Voxeurop (voxeurop.eu)
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Auteur : Adrian Burtin



