L’avocat Robert Bilott, au bord de la rivière Ohio, à Covington (Kentucky), en face de Cincinnati (Ohio), en mai 2023.

En 1998, l’avocat Robert Bilott décide d’accompagner Wilbur Tennant, un éleveur de Parkersburg, en Virginie-Occidentale, dans sa bataille contre le géant américain de la chimie DuPont (devenu Chemours en 2015). Sans la rencontre improbable de ces deux hommes, l’existence des PFAS serait peut-être encore inconnue. Toujours impliqué dans des procédures aux Etats-Unis, il observe et conseille les communautés affectées par ces substances quasi indestructibles et toxiques dans le monde entier.

Nous avons recensé environ 70 procédures judiciaires liées aux PFAS en Europe, passées ou en cours, dont 23 affaires pénales, pour la plupart engagées par des collectivités locales et des organisations de la société civile. Cela vous étonne-t-il ?

Je ne m’attendais pas à un chiffre aussi élevé. Le nombre d’affaires pénales, surtout, me surprend. A vrai dire, cela ne s’est pas produit ici, aux Etats-Unis, où ce type d’action relève en général des autorités gouvernementales, et pas des personnes privées. Il y a bien eu une tentative en ce sens de la part du gouvernement fédéral en 2005, avec une enquête pénale sur DuPont, mais celle-ci a finalement été abandonnée. Ici, au mieux, les personnes peuvent réclamer des dommages-intérêts. Et dans une certaine mesure, cela a porté ses fruits. Les firmes ont été contraintes de payer ou ont accepté de verser des sommes d’argent dans le cadre de règlements à l’amiable. Mais cela a aussi suscité beaucoup de frustration, car les véritables responsables n’ont pas été mis en cause.

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PFAS : Quand la chimie s’invite à la fête des pollutions

L’avocat Robert Bilott, héros malgré lui, se bat contre les géants de la chimie, mais les promesses de justice semblent aussi indestructibles que les substances qu’il combat.

En 1998, Robert Bilott, avocat de son état, fait la rencontre improbable de Wilbur Tennant, un éleveur de Virginie-Occidentale. Ensemble, ils se lancent dans une bataille contre DuPont, le géant de la chimie, pour dénoncer les dangers des PFAS, ces substances toxiques qui, comme un mauvais invité, s’incrustent dans notre environnement sans jamais vraiment partir. Si leur combat a permis de mettre en lumière cette pollution insidieuse, il révèle aussi les limites d’un système judiciaire qui semble plus enclin à protéger les intérêts des entreprises qu’à défendre la santé publique.

Ce qui se passe réellement

Bilott a accompagné Tennant dans sa lutte contre DuPont, qui a déversé des PFAS dans l’environnement, causant des ravages sur la santé des habitants et des animaux. Aujourd’hui, il continue de conseiller les communautés affectées, alors que l’Europe commence à se réveiller avec environ 70 procédures judiciaires liées aux PFAS, dont 23 affaires pénales principalement portées par des collectivités locales et des organisations de la société civile. Une démarche qui, aux États-Unis, semble relever du rêve lointain.

Nous avons recensé environ 70 procédures judiciaires liées aux PFAS en Europe. Cela vous étonne-t-il ?

Bilott, visiblement surpris, souligne que les États-Unis n’ont pas connu une telle mobilisation. Les actions judiciaires y sont généralement réservées aux autorités gouvernementales. En 2005, une enquête fédérale sur DuPont a été abandonnée, laissant les victimes se contenter de dommages-intérêts, souvent dérisoires. Les entreprises, bien que contraintes de payer, échappent à la véritable responsabilité.

Pourquoi cela dérange

Ce qui est dérangeant, c’est l’absence de conséquences réelles pour les pollueurs. Les victimes se battent pour des compensations financières, mais les véritables responsables, ceux qui ont pris les décisions, restent souvent intouchables. La justice, dans ce cas, ressemble plus à une farce qu’à un véritable remède.

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences de cette pollution sont alarmantes : maladies, dégradations environnementales, et un sentiment d’impuissance croissant parmi les citoyens. Pendant ce temps, les entreprises continuent de prospérer, protégées par un système qui semble plus soucieux de préserver leurs profits que de garantir la santé publique.

Lecture satirique

Il est ironique de constater que les discours politiques promettant une protection de l’environnement se heurtent à la réalité d’une justice qui ne fait que des promesses. Les gouvernements, au lieu de prendre des mesures concrètes, semblent plus préoccupés par les intérêts économiques que par la santé de leurs citoyens. Une belle démonstration de la déconnexion entre le discours et la réalité.

Effet miroir international

Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres dérives autoritaires à travers le monde, où les intérêts des entreprises priment sur ceux des citoyens. Que ce soit aux États-Unis, en Russie ou ailleurs, la tendance est la même : les puissants protègent leurs intérêts, tandis que les plus vulnérables sont laissés pour compte.

À quoi s’attendre

Si la mobilisation des communautés en Europe est encourageante, il est crucial de rester vigilant. Les entreprises, face à une pression croissante, pourraient tenter de redoubler d’efforts pour préserver leur image, tout en continuant à polluer en toute impunité. La lutte pour la justice environnementale est loin d’être terminée.

Sources

Source : www.lemonde.fr

Robert Bilott, avocat : « L’action des communautés affectées par les PFAS change la donne »
Visuel — Source : www.lemonde.fr
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